Émile Debraux

(1798-1831)

Un autrе pоèmе :

Lа Соlоnnе

 

 

Émile Debraux


Il est à moitié cuit


 
 

Air : Je n’y tiens pas la main.


 
Donne-moi donc un conseil, camarade,
Mon frère, hier, tout triste paraissait ;
Je fis venir, craignant qu’il fût malade,
Un grand docteur pour voir ce qu’il avait ;
Dis-moi, l’ami, dis-moi si j’ai bien fait.
Quand il n’aurait qu’un tout petit délire,
V’là la médecine à côté de son lit ;
Hélas ! mon cher, je n’ai plus rien à dire :
        Il est à moitié cuit.
 
Des scélérats ayant suivi la trace,
Certain bandit depuis un’ heur’ brûlait ;
Déjà chacun, abandonnant la place,
Tranquillement chez soi s’en retournait,
Et sur son sort jasait ou jabottait.
L’avez-vous vu ? d’mandait une commère ;
Il souffre encore, à ce que l’on m’a dit.
Rassurez-vous, lui répond-on, la mère,
        Il est à moitié cuit.
 
L’amour pleurait, la reine de Cythère
Lui demanda : qu’as-tu donc, mon cher fils ?
Hélas ! maman, j’ pleur’ des tours que mon frère,
C’ coquin d’hymen, joue à mes favoris,
En les rangeant sous l’drapeau des maris.
Voilà Pierrot, le coq de son village,
Qui me fêtait jusqu’à dix fois par nuit,
Depuis huit jouis il s’est mis en ménage,
        Il est à moitié cuit.
 
Un chansonnier, chose extraordinaire,
Venait d’ succomber d’une indigestion ;
Un ange, un diable, à son heure dernière,
Comme il mourait sans l’absolution,
Se disputaient pour sa possession.
Ah ! ç’en est fait, dit l’ange, je détale ;
Lui, que j’estimais comme un pauvre d’esprit
Il est auteur d’un’ chanson libérale,
        Il est à moitié cuit.
 
Dans l’paradis, lorsque l’premier des hommes
D’un certain fruit s’fut montré l’amateur,
Le Tout-Puissant, qui tenait à ses pommes,
Par le toupet saisissant le voleur,
S’ mit à crier, dans sa mauvaise humeur :
« Va-t’en rôtir dans l’infernale flamme. »
Et puis après, se ravissant, il dit :
« Bah ! laissons-le, j’y ai fait cadeau d’un’ femme,
        Il est à moitié cuit. »
 
Nous sommes deux pour cette chansonnette,
Braves garçons, un peu mauvais sujets !
Aimant le jeu, le vin et la fillette,
Braillant partout d’assez méchants couplets,
Mais possédant un cœur vraiment français.
Telle est de plus notre rage d’écrire,
Que si la mus’ de l’un d’ nous s’engourdit,
En tout’ sûr’té, d’ lui vous pouvez dire :
        « Il est à moitié cuit. »
 

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