Tristan Derème



 

à Stuart Merrill.


Terrible passion, voici que tu m’exiles ;
et des flots inouïs viennent battre les îles
où je mène parmi le feuillage tremblant
vers les sources d’azur le troupeau noir et blanc.
Car j’ai quitté les toits, les livres, les musées,
pour la mer et les prés où fument les rosées.
Ô livres du futur, ô chèvres, ô brebis,
qui paissez sous le ciel étoilé de rubis,
loin des cours où Dorchain tourne sa manivelle,
imprégnez votre chair de cette herbe nouvelle
afin qu’au jour affreux où je ne serai plus,
lorsque vous quitterez ces agrestes talus
pour les jardins publics où le buis en bordure
encadre les palmiers d’une maigre verdure
et pour la ville amère où la foule aux tambours
écorche le poète et hurle aux calembours,
sur les trottoirs et dans les sombres avenues,
poèmes, vous portiez des odeurs inconnues !
Alors, troupeau mordu des caniches galeux,
encore émerveillé des paysages bleus,
strophes, vous buterez, secouant vos clarines,
des cornes et des pieds au cristal des vitrines ;
brebis graves, chevreaux, ma joie et mon tourment,
vous gonflerez le soir de votre bêlement
en broutant des lilas aux rouilles des grillages,
et la rue entendra bruire des feuillages.
Vous bondirez sur les pavés, vous sauterez
dans les rigoles, boucs de lumière enivrés ;
et le droguiste en gros pointant ses arrivages
sentira le parfum des montagnes sauvages ;
et les vierges au seuil paisible des maisons
enfonceront leurs mains dans vos chaudes toisons.
Les yeux fermés, elles verront les îles fraîches,
la forêt bleue où le soleil taille des brèches
l’écume qui blanchit les arbres du verger
et les chevaux cabrés dans l’aube et le berger
qui fumera là-bas, dédaigneux de la gloire,
la pipe de la mort sous la verdure noire.
 

La Flûte fleurie, 1913

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 26 octobre 2019 à 11h48

Antimécanoptère
----------

L’antimécanoptère, une entité discrète,
Quand il vole au printemps ça fait battre son coeur ;
Mais quand l’automne arrive, il est plein de langueur,
Aristote en son oeuvre aux anciens jours en traite.

Ses amis sont lointains, sa demeure est secrète,
Ses grandes ailes sont d’une sombre couleur ;
Il semble n’éprouver ni plaisir, ni douleur,
Lui qui son jeune temps nullement ne regrette.

S’il visite un village, il se cache en un puits,
Vérifiant qu’en ce lieu personne ne le suit ;
D’ailleurs,  même au grand jour, nul n’a vu son visage.

La tradition de l’Inde en offre un témoignage,
Qui nous présente même une fable sur lui ;
Seulement, c’est écrit en un obscur langage.

[Lien vers ce commentaire]


Mon florilège

(Tоuriste)

(Les textes et les auteurs que vous aurez notés apparaîtront dans cette zone.)

Compte lecteur

Se connecter

Créer un compte

Agora

Évаluations récеntes
☆ ☆ ☆ ☆ ☆

Μаrоt : Dе sоi-mêmе

Rоnsаrd : «Yеuх, qui vеrsеz еn l’âmе, аinsi quе dеuх Ρlаnètеs...»

Соppéе : «Sеptеmbrе аu сiеl légеr tасhé dе сеrfs-vоlаnts...»

Ρеllеrin : «Εllе аimаit сеuх dоnt lе gоussеt...»

Соrbièrе : Lе Ρоètе еt lа Сigаlе

Соrbièrе : Lа Сigаlе еt lе pоètе

Fоrt : Εn rеvеnаnt dе Sаint-Μаrtin

☆ ☆ ☆ ☆

Ρоpеlin : Lеs Сеrisеs

Сrоs : Vеrtigе

Αpоllinаirе : «Τu tе sоuviеns, Rоussеаu, du pауsаgе аstèquе...»

Vеrlаinе : «Lе sоlеil, mоins аrdеnt, luit сlаir аu сiеl mоins dеnsе...»

Dеlаruе-Μаrdrus : Ρоssеssiоn

Dеlаruе-Μаrdrus : Ρоssеssiоn

Vignу : Lеs Dеstinéеs

Cоmmеntaires récеnts

De Сосhоnfuсius sur L’Αmоur (Gérаrd)

De Сосhоnfuсius sur Lе Lоup еt l’Αgnеаu (Lа Fоntаinе)

De Jаdis sur Ρуrrhа (Lесоntе dе Lislе)

De Сосhоnfuсius sur Kееpsаkе (Sаmаin)

De Jаdis sur «Ρаr l’аppеl sоuriаnt dе sа сlаirе étеnduе...» (Lа Villе dе Μirmоnt)

De Jаdis sur «Τu tе sоuviеns, Rоussеаu, du pауsаgе аstèquе...» (Αpоllinаirе)

De Vinсеnt sur Un Ρеintrе (Hеrеdiа)

De Lе Gаrdеur d’Οiеs sur Ρоssеssiоn Frаnçаisе (Lеvеу)

De Frаnсisсо sur Dаns l’аubеrgе fumеusе... (Jаmmеs)

De Vinсеnt sur Lа Τоur dе Νеslе (Βеrtrаnd)

De Сhristiаn sur Lézаrd (Βruаnt)

De Dаmе Sаlаmаndrе sur «J’аi pоur mаîtrеssе unе étrаngе Gоrgоnе...» (Rоnsаrd)

De Jеаn-Ρаul ΙΙΙ sur «Εllе аimаit сеuх dоnt lе gоussеt...» (Ρеllеrin)

De јеаn-pаul sur «J’еntrаis сhеz lе mаrсhаnd dе mеublеs, еt là, tristе...» (Νоuvеаu)

De Сhristiаn sur Lа dеrnièrе rоndе (Frаnс-Νоhаin)

De Βirgittе sur Sоnnеt à mоn аmi R... (Αrvеrs)

De Vinсеnt sur Τrаnquillus (Hеrеdiа)

De Μаrсеlinе sur À mа bеllе lесtriсе (Βоuilhеt)

De Snоwmаn sur À Zurbаrаn (Gаutiеr)

De Саrlа Οliviеr sur Émilе Νеlligаn

De Сhristiаn sur «Jе vоus еnvоiе un bоuquеt...» (Rоnsаrd)

Plus de commentaires...

Flux RSS...

Ce site

Présеntаtion

Acсuеil

À prоpos

Cоntact

Signaler une errеur

Un pеtit mоt ?

Sоutien

Fаirе un dоn

Librairiе pоétique en lignе