Marceline Desbordes-Valmore

Poésies, 1822


À l’amour


 
Reprends de ce bouquet les trompeuses couleurs,
          Ces lettres qui font mon supplice,
          Ce portrait qui fut ton complice ;
Il te ressemble, il rit, tout baigné de mes pleurs.
 
          Je te rends ce trésor funeste,
    Ce froid témoin de mon affreux ennui.
    Ton souvenir brûlant, que je déteste,
          Sera bientôt froid comme lui.
    Oh ! reprends tout. Si ma main tremble encore,
C’est que j’ai cru te voir sous ces traits que j’abhorre.
Oui, j’ai cru rencontrer le regard d’un trompeur ;
Ce fantôme a troublé mon courage timide.
Ciel ! on peut donc mourir à l’aspect d’un perfide,
          Si son ombre fait tant de peur !
 
Comme ces feux errants dont le reflet égare,
La flamme de ses yeux a passé devant moi ;
Je rougis d’oublier qu’enfin tout nous sépare ;
          Mais je n’en rougis que pour toi.
Que mes froids sentiments s’expriment avec peine !
Amour... que je te hais de m’apprendre la haine !
Éloigne-toi, reprends ces trompeuses couleurs,
          Ces lettres, qui font mon supplice,
          Ce portrait, qui fut ton complice ;
Il te ressemble, il rit, tout baigné de mes pleurs !
 
Cache au moins ma colère au cruel qui t’envoie,
Dis que j’ai tout brisé, sans larmes, sans efforts ;
    En lui peignant mes douloureux transports,
          Tu lui donnerais trop de joie.
Reprends aussi, reprends les écrits dangereux,
Où, cachant sous des fleurs son premier artifice,
Il voulut essayer sa cruauté novice
          Sur un cœur simple et malheureux.
Quand tu voudras encore égarer l’innocence,
    Quand tu voudras voir brûler et languir,
    Quand tu voudras faire aimer et mourir,
          N’emprunte pas d’autre éloquence.
L’art de séduire est là, comme il est dans son cœur !
          Va ! tu n’as plus besoin d’étude.
Sois léger par penchant, ingrat par habitude,
Donne la fièvre, amour, et garde ta froideur.
    Ne change rien aux aveux pleins de charmes
    Dont la magie entraîne au désespoir :
Tu peux de chaque mot calculer le pouvoir,
Et choisir ceux encore imprégnés de mes larmes...
Il n’ose me répondre, il s’envole..... il est loin.
Puisse-t-il d’un ingrat éterniser l’absence !
Il faudrait par fierté sourire en sa présence :
          J’aime mieux souffrir sans témoin.
 
Il ne reviendra plus, il sait que je l’abhorre ;
Je l’ai dit à l’amour, qui déjà s’est enfui.
S’il osait revenir, je le dirais encore :
Mais on approche, on parle.... hélas ! ce n’est pas lui !
 

Commentaire(s)
Déposé par Cochonfucius le 17 mai 2014 à 11h31

Multiples chimères
_______________


Élever plusieurs chimères,
C’est mon travail de rimeur ;
Leurs âmes parfois amères
Ont des mouvements charmeurs.

Chaque chimère éphémère
Chante ses propos trompeurs,
Chante ses propos sommaires
Puis se noie dans la torpeur.

Parfois, l’une d’elle reste
(Est-ce une chose funeste ?)
Au jardin, parmi les fleurs.

Elle goûte la chaleur,
Les parfums qui se mélangent
Et ce sonnet bien étrange.

[Lien vers ce commentaire]

Votre commentaire :
Nom : *
eMail : * *
URL :
Commentaire * :
pèRE des miséRablEs : *
* Saisie requise.
* Cette adresse ne sera pas publiée et ne sera utilisée que pour communiquer avec vous en cas de souci.
 

Mon florilège

(Tоuriste)

(Les textes et les auteurs que vous aurez notés apparaîtront dans cette zone.)

Compte lecteur

Se connecter

Créer un compte

Agora

Évаluations récеntes
☆ ☆ ☆ ☆ ☆

Du Βеllау : «Τu sоis lа biеnvеnuе, ô biеnhеurеusе trêvе !...»

Hеrvillу : Ρuérilités

Dеsfоrgеs-Μаillаrd : Lе Τаbас

Μеndès : Lе Rоssignоl

Αntоinе dе Νеrvèzе

Νеrvаl

Viеlé-Griffin : «Dоrmir еt rirе d’аisе...»

Hugо : Lе Μеndiаnt

Lаhоr : Οurаgаn nосturnе

Lаhоr : Dаnsе mасаbrе

☆ ☆ ☆ ☆

Νеlligаn : Lа Ρаssаntе

Vаlérу : «Lа lunе minсе vеrsе unе luеur sасréе...»

Hugо : Viеillе сhаnsоn du јеunе tеmps

Lе Ρеtit : Αu Lесtеur сuriеuх

Dеsbоrdеs-Vаlmоrе : Αllеz еn pаiх

Сrоs : Siх tеrсеts

Hugо : Βêtisе dе lа guеrrе

Hugо : Lе Sасrе dе lа Fеmmе

Сrоs : Βеrсеusе : «Ιl у а unе hеurе bêtе...»

Hugо : Сrépusсulе

Cоmmеntaires récеnts

De Сосhоnfuсius sur Rеflеts (Μаеtеrlinсk)

De Сосhоnfuсius sur Сésаr (Vаlérу)

De Сосhоnfuсius sur «À lа sаintе, mаrtуrе еt viеrgе...» (Lе Μоuël)

De Μаriа sur «Αprès unе јоurnéе dе vеnt...» (Rilkе)

De Vinсеnt sur «Αu prеmiеr trаit, quе mоn œil rеnсоntrа...» (Τуаrd)

De Frаnçоis Соppéе sur Lе Соup dе tаmpоn (Соppéе)

De Gеоrgеs Соurtеlinе sur Lе Соup dе mаrtеаu (Соurtеlinе)

De vinсеnt sur «Ν’еs-tu lаssе, аussi, dе rêvеr d’hiеr ?...» (Viеlé-Griffin)

De Lа Μusérаntе sur L’Éсhеllе (Αutrаn)

De Vinсеnt sur Lа Grеnоuillе blеuе (Fоrt)

De L’аmоr sur Αriаnе (Hеrеdiа)

De Ρiеrrоt sur Sоnnеt à lа nuit (Rоllinаt)

De Ρеrvеrs nаrсissе sur «Ρuisquе lеs сhаmps јоuissеnt dе mа bеllе...» (Τоurs)

De Vinсеnt sur «Εst-il riеn dе plus vаin qu’un sоngе mеnsоngеr...» (Сhаssignеt)

De ΒiΒ lа bаlеinе sur «Quаnd је tе vis еntrе un milliеr dе Dаmеs...» (Βаïf)

De Сhristiаn sur Lеs Ρоrсs (Vеrhаеrеn)

De Сrаpаudinе sur Splееn : «Μеs intimеs dоulеurs...» (Ο'Νеddу)

De Αmаndinе ΟZΑUR sur Sоnnеt fоutаtif (Lе Ρеtit)

De Αmаndinе ΟZΑUR sur À Сhаrlеs dе Sivrу (Vеrlаinе)

De Αmаndinе ΟZΑUR sur «Αimе, si tu lе vеuх, је nе l’еmpêсhе pаs...» (Viоn Dаlibrау)

De riс(h)аrd sur Lеs Соnquérаnts (Hеrеdiа)

Plus de commentaires...

Flux RSS...

Ce site

Présеntаtion

Acсuеil

À prоpos

Cоntact

Signaler une errеur

Un pеtit mоt ?

Sоutien

Fаirе un dоn

Librairiе pоétique en lignе