Marceline Desbordes-Valmore

Pauvres fleurs, 1839


Au Christ


 
Que je vous crains ! que je vous aime !
Que mon cœur est triste et navré !
Seigneur ! suis-je un peu de vous-même
Tombé de votre diadème :
Ou suis-je un pauvre ange égaré ?
 
Du sable où coulèrent vos larmes
Mon âme jaillit-elle un jour ?
Tout ce que j’aime a-t-u des armes,
Pour me faire trouver des charmes
Dans la mort, que but votre amour ?
 
Seigneur ! parlez-moi, je vous prie !
Je suis seule sans votre voix ;
Oiseau sans ailes, sans patrie,
Sur la terre dure et flétrie,
Je marche et je tombe à la fois !
 
Fleur d’orage et de pleurs mouillée,
Exhalant sa mourante odeur,
Au pied de la croix effeuillée,
Seigneur, ma vie agenouillée
Veut monter à votre grandeur !
 
Voyez : je suis comme une feuille
Qui roule et tourbillonne au vent ;
Un rêve las qui se recueille ;
Un lin desséché que l’on cueille
Et que l’on déchire souvent
 
Sans savoir, d’indolence extrême,
Si l’on a marché sur mon cœur,
Brisé par une main qu’on aime,
Seigneur ! un cheveu de nous-même,
Est si vivant à la douleur !
 
Au chemin déjà solitaire,
Où deux êtres unis marchaient.
Les voilà séparés... mystère !
On a jeté bien de la terre
Entre deux cœurs qui se cherchaient !
 
Ils ne savent plus se comprendre ;
Qu’ils parlent haut, qu’ils parlent bas,
L’écho de leur voix n’est plus tendre ;
Seigneur ! on sait donc mieux s’entendre,
Alors qu’on ne se parle pas ?
 
L’un, dans les sillons de la plaine,
Suit son veuvage douloureux ;
L’autre, de toute son haleine,
De son jour, de son aile pleine.
Monte ! monte ! et se croit heureux !
 
Voyez : à deux pas de ma vie,
Sa vie est étrangère à moi,
Pauvre ombre qu’il a tant suivie.
Tant aimée et tant asservie !
Qui mis tant de foi dans sa foi !
 
Moi, sous l’austère mélodie
Dont vous m’envoyez la rumeur,
Mon âme soupire agrandie,
Mon corps se fond en maladie
Et mon souffle altéré se meurt
 
Comme l’enfant qu’un rien ramène,
L’enfant dont le cœur est à jour,
Faites-moi plier sous ma chaîne ;
Et désapprenez-moi la haine,
Plus triste encore que l’amour !
 
Une fois dans la nuit profonde
J’ai vu passer votre lueur :
Comme alors, enfermée au monde,
Pour parler à qui me réponde,
Laissez-moi vous voir dans mon cœur !
 
Rendez-moi, Jésus que j’adore,
Un songe où je m’abandonnais :
Dans nos champs que la faim dévore,
J’expiais... j’attendais encore ;
Mais j’étais riche et je donnais !
 
Je donnais et, surprise sainte,
On ne raillait plus ma pitié ;
Des bras du pauvre j’étais ceinte,
Et l’on ne mêlait plus l’absinthe
Aux larmes de mon amitié !...
 
Je donnais la vie au coupable,
Et le temps à son repentir !
Je rachetais à l’insolvable ;
Et pour payer l’irréparable,
J’offrais l’amour seul et martyr.
 

Commentaire(s)
Votre commentaire :
Nom : *
eMail : * *
URL :
Commentaire * :
pèRE des miséRablEs : *
* Saisie requise.
* Cette adresse ne sera pas publiée et ne sera utilisée que pour communiquer avec vous en cas de souci.
 

Mon florilège

(Tоuriste)

(Les textes et les auteurs que vous aurez notés apparaîtront dans cette zone.)

Compte lecteur

Se connecter

Créer un compte

Agora

Évаluations récеntes
☆ ☆ ☆ ☆ ☆

Du Βеllау : «Τu sоis lа biеnvеnuе, ô biеnhеurеusе trêvе !...»

Hеrvillу : Ρuérilités

Dеsfоrgеs-Μаillаrd : Lе Τаbас

Μеndès : Lе Rоssignоl

Αntоinе dе Νеrvèzе

Νеrvаl

Viеlé-Griffin : «Dоrmir еt rirе d’аisе...»

Hugо : Lе Μеndiаnt

Lаhоr : Οurаgаn nосturnе

Lаhоr : Dаnsе mасаbrе

☆ ☆ ☆ ☆

Νеlligаn : Lа Ρаssаntе

Vаlérу : «Lа lunе minсе vеrsе unе luеur sасréе...»

Hugо : Viеillе сhаnsоn du јеunе tеmps

Lе Ρеtit : Αu Lесtеur сuriеuх

Dеsbоrdеs-Vаlmоrе : Αllеz еn pаiх

Сrоs : Siх tеrсеts

Hugо : Βêtisе dе lа guеrrе

Hugо : Lе Sасrе dе lа Fеmmе

Сrоs : Βеrсеusе : «Ιl у а unе hеurе bêtе...»

Hugо : Сrépusсulе

Cоmmеntaires récеnts

De Сосhоnfuсius sur Rеflеts (Μаеtеrlinсk)

De Сосhоnfuсius sur Сésаr (Vаlérу)

De Сосhоnfuсius sur «À lа sаintе, mаrtуrе еt viеrgе...» (Lе Μоuël)

De Μаriа sur «Αprès unе јоurnéе dе vеnt...» (Rilkе)

De Vinсеnt sur «Αu prеmiеr trаit, quе mоn œil rеnсоntrа...» (Τуаrd)

De Frаnçоis Соppéе sur Lе Соup dе tаmpоn (Соppéе)

De Gеоrgеs Соurtеlinе sur Lе Соup dе mаrtеаu (Соurtеlinе)

De vinсеnt sur «Ν’еs-tu lаssе, аussi, dе rêvеr d’hiеr ?...» (Viеlé-Griffin)

De Lа Μusérаntе sur L’Éсhеllе (Αutrаn)

De Vinсеnt sur Lа Grеnоuillе blеuе (Fоrt)

De L’аmоr sur Αriаnе (Hеrеdiа)

De Ρiеrrоt sur Sоnnеt à lа nuit (Rоllinаt)

De Ρеrvеrs nаrсissе sur «Ρuisquе lеs сhаmps јоuissеnt dе mа bеllе...» (Τоurs)

De Vinсеnt sur «Εst-il riеn dе plus vаin qu’un sоngе mеnsоngеr...» (Сhаssignеt)

De ΒiΒ lа bаlеinе sur «Quаnd је tе vis еntrе un milliеr dе Dаmеs...» (Βаïf)

De Сhristiаn sur Lеs Ρоrсs (Vеrhаеrеn)

De Сrаpаudinе sur Splееn : «Μеs intimеs dоulеurs...» (Ο'Νеddу)

De Αmаndinе ΟZΑUR sur Sоnnеt fоutаtif (Lе Ρеtit)

De Αmаndinе ΟZΑUR sur À Сhаrlеs dе Sivrу (Vеrlаinе)

De Αmаndinе ΟZΑUR sur «Αimе, si tu lе vеuх, је nе l’еmpêсhе pаs...» (Viоn Dаlibrау)

De riс(h)аrd sur Lеs Соnquérаnts (Hеrеdiа)

Plus de commentaires...

Flux RSS...

Ce site

Présеntаtion

Acсuеil

À prоpos

Cоntact

Signaler une errеur

Un pеtit mоt ?

Sоutien

Fаirе un dоn

Librairiе pоétique en lignе