Marceline Desbordes-Valmore

Les Pleurs, 1833


Le Mal du pays


 

  Ce front facile à se rider, ces joues légèrement creusée, gardaient l’empreinte du sceau dont le malheur marque ses sujets, comme pour leur laisser la consolation de se reconnaître d’un regard fraternel, et de s’unir pour lui résister.
Madame de Balzac.
   
          Clémentine adorée, âme céleste et pure,
          Qui parmi les rigueurs d’une injuste maison,
          Ne perd point l’innocence en perdant la raison.
                                                        André Chénier.


Je veux aller mourir aux lieux où je suis née ;
Le tombeau d’Albertine est près de mon berceau ;
Je veux aller trouver son ombre abandonnée ;
Je veux un même lit près du même ruisseau.
 
Je veux dormir. J’ai soif de sommeil, d’innocence,
D’amour ! d’un long silence écouté sans effroi,
De l’air pur qui soufflait au jour de ma naissance,
Doux pour l’enfant du pauvre et pour l’enfant du roi.
 
J’ai soif d’un frais oubli, d’une voix qui pardonne.
Qu’on me rende Albertine ! elle avait cette voix
Qu’un souvenir du ciel à quelques femmes donne ;
Elle a béni mon nom... autre part... autrefois !
 
Autrefois !... qu’il est loin le jour de son baptême !
Nous entrâmes au monde un jour qu’il était beau :
Le sel qui l’ondoya fut dissous sur moi-même,
Et le prêtre pour nous n’alluma qu’un flambeau.
 
D’où vient-on quand on frappe aux portes de la terre ?
Sans clarté dans la vie, où s’adressent nos pas ?
Inconnus aux mortels qui nous tendent les bras,
Pleurants, comme effrayés d’un sort involontaire.
 
Où va-t-on quand, lassé d’un chemin sans bonheur,
On tourne vers le ciel un regard chargé d’ombre ?
Quand on ferme sur nous l’autre porte, si sombre !
Et qu’un ami n’a plus que nos traits dans son cœur ?
 
Ah ! quand je descendrai rapide, palpitante,
L’invisible sentier qu’on ne remonte pas,
Reconnaîtrai-je enfin la seule âme constante
Qui m’aimait imparfaite et me grondait si bas ?
 
Te verrai-je, Albertine ! ombre jeune et craintive ?
Jeune, tu t’envolas peureuse des autans :
Dénouant pour mourir ta robe de printemps,
Tu dis : « Semez ces fleurs sur ma cendre captive. »
 
Oui ! je reconnaîtrai tes traits pâles, charmants,
Miroir de la pitié qui marchait sur tes traces,
Qui pleurait dans ta voix, angélisait tes grâces,
Et qui s’enveloppait dans tes doux vêtements !
 
Oui, tu ne m’es qu’absente, et la mort n’est qu’un voile,
Albertine ! et tu sais l’autre vie avant moi.
Un jour, j’ai vu ton âme aux feux blancs d’une étoile ;
Elle a baisé mon front, et j’ai dit : « C’est donc toi ! »
 
Viens encor, viens ! j’ai tant de choses à te dire !
Ce qu’on t’a fait souffrir, je le sais ! j’ai souffert.
Ô ma plus que sœur, viens ! ce que je n’ose écrire,
Viens le voir palpiter dans mon cœur entrouvert !

Commentaire (s)
Déposé par Jorge Arias le 17 novembre 2013 à 19h19

Je suis  très emu  }a la lecture du poème. Il  a  verité, un souffle  très  fort  et  puissant. L’originalité des images  est  presque  absolue,  il  n’ya  pas, oi  presque, du sentiment  conventionel. Le  poème  a,  aussi,  comme  voulait  Platon,  un  énigme, Qui  est, qui  fût "Albertine"? Mais  je n’ai  acune  curiosité sur  la vie  de  M.D.V. Amant  ou  amie,   même  un  être  imaginaire, cela est  égal,  sans  portée. Restera  toujours le poème  avec  sa vie  à lui. L’invocation a l’état  préalable  au nasisance, comme  un equivalent de la mort  (vers  17-18)  est  étrange  et magnifique;  l’angoisse  de
Où va-t-on quand, lassé d’un chemin sans bonheur,
On tourne vers le ciel un regard chargé d’ombre ?
Quand on ferme sur nous l’autre porte, si sombre !
Et qu’un ami n’a plus que nos traits dans son cœur ?   est  unique.

Et le  dernier,  et  pudique semi  énigme,  

Ô ma plus que sœur, viens ! ce que je n’ose écrire,
Viens le voir palpiter dans mon cœur entrouvert !

       avec,  la  douce analogie  du  sexe  féminin avec le  coeur  entrouvert,  la  voix muette  de  "ce que je n’ose  écrire"  est  très beau,

—  



.







Ô ma plus que sœur, viens ! ce que je n’ose écrire,
Viens le voir palpiter dans mon cœur entrouvert !

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