Marceline Desbordes-Valmore


Le Puits de Notre Dame à Douai


 
Vieux puits emmantelé de mousse et de gazons,
Flot caché qui lavais le rang de nos maisons,
Centre d’égalité pour tout le voisinage,
Innocent cabaret du vieux et du jeune âge
Par le riche et le pauvre envahi chaques jours
Je te salue, ô toi qui te donnes toujours !
 
Dieu n’aura pas permis que l’on séchât ta source.
Et les enfants nouveaux y dirigent leur course,
Et les femmes encore y vont entretenir
Leurs bonheurs d’autrefois qui font mon souvenir.
 
Car au soleil couchant, du fond de leurs familles,
Glissaient au rendez-vous les plus petites filles,
Pareilles aux ramiers que l’on se plaît à voir
S’abattre et s’étaler au bord d’un abreuvoir,
Dans le gravier qui brille imbiber leur plumage
Et roucouler entre eux leur bonheur sans nuage.
 
De même, retenant les cris clairs et charmants,
On se reconnaissait par des chuchotements,
— (J’en étais !) — soulevant jusqu’au flot sédentaire
Tous nos fronts ravivés de moiteur salutaire ;
Et là se ranimaient les agneaux languissants
Trop serrés tout le jour dans nos bras caressants.
 
Quel calme ! Quel espace ! Et quel mouvant silence !
Ne songeant plus si l’heure au clocher se balance,
Ni si, dans l’univers, d’autres enfants bénis
Sont rentrés au bercail et les ramiers aux nids.
Un liseur de légende ayant vu parmi l’ombre
Nos blonds essaims tourner alentour de l’eau sombre,
En eût fait des ondins à demi-réveillés,
Dansant la bouche close et les cheveux mouillés.
 
Et quand vient me chercher le rêve aux longues ailes
Vers ces enfants.... depuis changés en demoiselles,
Je descends haletante à ses chastes lueurs,
Mais plusieurs sont absents et leurs noms sous des fleurs.
Je ne retrouve plus Albertine envolée,
Ni mes sœurs, toutes trois dans une autre vallée.
Je sais qu’elles sont bien, mais le rêve éperdu
Me ramène plus triste. Il ne m’a rien rendu.
 
Que dis-je? Il m’a donné de replonger mon âme
Dans cette eau jaillissant aux pieds de Notre-Dame,
Et d’aller librement, humblement me rasseoir
Sur les bancs consacrés aux prières du soir.
Beau rêve ! Il m’a permis de reposer ma tête,
Non comme l’hôte heureux et comblé de la fête,
Mais comme le banni fatigué de gémir
Cherchant de l’ombre à part afin d’oser dormir.
 
 

ENVOYÉ À LA BIEN-AIMÉE
qui avait voulu voir le pays de sa mère


Toi, ne passe jamais à l’angle de la rue
Où notre église encor n’est pas toute apparue,
Sans t’arrêter au bruit qui filtre sous tes pas
Pour écouter un peu ce qu’il chante tout bas.
Il chante le passé, car il a vu nos pères ;
Il a la même voix que dans les temps prospères.
Livre tes longs cheveux au ruisselant miroir,
Et regarde longtemps ce que j’y voudrais voir :
Ton visage étoilé dans les cercles humides
Parsemant leurs clartés de sourires limpides,
Et les multipliant au fond du puits songeur
Pour y porter le jour comme ils font dans mon cœur !
 
Alors qu’il soit béni le salubre nuage
Ayant de tous les tiens miré l’errante image !
Monte sur la margelle et bois à ton plein gré
Son haleine qui manque à mon sang altéré.
 

Commentaire(s)
Votre commentaire :
Nom : *
eMail : * *
URL :
Commentaire * :
pèRE des miséRablEs : *
* Saisie requise.
* Cette adresse ne sera pas publiée et ne sera utilisée que pour communiquer avec vous en cas de souci.
 

Mon florilège

(Tоuriste)

(Les textes et les auteurs que vous aurez notés apparaîtront dans cette zone.)

Compte lecteur

Se connecter

Créer un compte

Agora

Évаluations récеntes
☆ ☆ ☆ ☆ ☆

Vеrhаеrеn : Lеs Ρоrсs

Vеrhаеrеn : Lеs Ρоrсs : «Αvес lеurs grоins...»

Dеrèmе : «Μоn Diеu, mаdаmе, il fаut nоus соnsоlеr...»

Fаbié : Sаvоir viеillir

Sоulаrу : L’Αnсоliе

Sаmаin : Sоir : «С’еst un sоir tеndrе соmmе un visаgе dе fеmmе...»

Rоdеnbасh : Sеs уеuх

Βаudеlаirе : Βrumеs еt Ρluiеs

Vаn Lеrbеrghе : «С’еst lе prеmiеr mаtin du mоndе...»

Сhаrlеs Vаn Lеrbеrghе

☆ ☆ ☆ ☆

Βаudеlаirе : Βrumеs еt Ρluiеs

Αubigné : Ρrièrе du sоir

Μоréаs : «Été, tоus lеs plаisirs...»

Viviеn : Lа Ρlеurеusе

Sоulаrу : Sоnnеt dе Déсеmbrе

Sсudérу : L’Hivеr

Dеrèmе : «J’аvаis tоuјоurs rêvé d’étеrnеllеs аmоurs...»

Rоdеnbасh : Lе Sоir dаns lеs vitrеs

Rоdеnbасh : «Lа lunе dаns lе сiеl nосturnе s’étаlаit...»

Fоurеst : Histоirе (lаmеntаblе еt véridiquе) d’un pоètе subјесtif еt inédit

Cоmmеntaires récеnts

De Сосhоnfuсius sur L’Αbеillе (Vаlérу)

De GΑGΝΑΙRΕ sur Αpоllinаirе

De Сосhоnfuсius sur «Εntrеr dаns lе bоrdеl...» (Sаint-Αmаnt)

De Сосhоnfuсius sur Unе prоmеnаdе аu Jаrdin dеs Ρlаntеs (Μussеt)

De Lа fоuinе sur «J’аimе lа sоlitudе еt mе rеnds sоlitаirе...» (Νеrvèzе)

De ΙsisΜusе sur Соuplеs prédеstinés (Νоuvеаu)

De Lа fоuinе sur Ρâlе sоlеil d’hivеr (Lаfоrguе)

De piсh24 sur Μуrthо (Νеrvаl)

De Gаrdiеn dеs Αlbаtrоs sur «Unе flеur pаssаgèrе, unе vаinе pеinturе...» (Gоmbаud)

De Gаrdiеn dеs Αlbаtrоs sur Αutоmnе (Αpоllinаirе)

De piсh24 sur Sеnsаtiоn (Rimbаud)

De piсh24 sur Lе Gоût dеs lаrmеs (Rоllinаt)

De Gоrdеаuх sur Ρsеudо-sоnnеt quе lеs аmаtеurs dе plаisаntеriе fасilе (Fоurеst)

De Сhristiаn sur «Quiсоnquе, mоn Βаillеul, fаit lоnguеmеnt séјоur...» (Du Βеllау)

De ΟUSSΕΝΙ sur «Étrаngеr, је sеns bоn...» (Τоulеt)

De Сurаrе- sur Lе Сhênе еt lе Rоsеаu (Lа Fоntаinе)

De Μаrсеlinе Dеsbоrdеs sur «Sаns sоupirеr vivrе iсi је n’аi pu...» (Rоnsаrd)

De Сhristiаn sur «L’аutоmnе suit l’été еt lа bеllе vеrdurе...» (Grévin)

De Сurаrе- sur Rеmоntrаnсе à un Ρоètе buvеur d’еаu (Соllеtеt)

De Μаrсеlinе Dеsbоrdеs- sur «Lе pеintrе qui vоudrаit аnimеr un tаblеаu...» (Αubigné)

De Gаrdiеn dеs Αlbаtrоs sur Lе Ρêсhеur d’éсrеvissеs (Rоllinаt)

Plus de commentaires...

Flux RSS...

Ce site

Présеntаtion

Acсuеil

À prоpos

Cоntact

Signaler une errеur

Un pеtit mоt ?

Sоutien

Fаirе un dоn

Librairiе pоétique en lignе