Marceline Desbordes-Valmore


Ondine à l’école


 
Vous entriez, Ondine, à cette porte étroite
Quand vous étiez petite, et vous vous teniez droite ;
Et quelque long carton sous votre bras passé
Vous donnait on ne sait quel air grave et sensé,
Qui vous rendait charmante ! Aussi, votre maîtresse
Vous regardait venir, et fière avec tendresse,
Opposant votre calme aux rires triomphants,
Vous montrait pour exemple à son peuple d’enfants ;
Et du nid studieux l’harmonie argentine
Poussait à votre vue : « Ondine ! Ondine ! Ondine ! »
Car vous teniez déjà votre palme à la main,
Et l’ange du savoir hantait votre chemin.
 
Moi, penchée au balcon qui surmontait la rue,
Comme une sentinelle à son heure accourue,
Je poursuivais des yeux mon mobile trésor,
Et disparue enfin je vous voyais encor.
Vous entraîniez mon âme avec vous, fille aimée,
Et je vous embrassais par la porte fermée.
Quel temps ! De tous ces jours d’école et de soleil
Qui hâtaient la pensée à votre front vermeil,
De ces flots de peinture et de grâce inspirée,
L’âme sort-elle heureuse, ô ma douce lettrée ?
Dites si quelque femme avec votre candeur
En passant par la gloire est allée au bonheur !....
 
Oh ! que vous me manquiez, jeune âme de mon âme !
Quel effroi de sentir s’éloigner une flamme
Que j’avais mise au monde, et qui venait de moi,
Et qui s’en allait seule : Ondine ! quel effroi !
 
Oui, proclamé vainqueur parmi les jeunes filles,
Quand votre nom montait dans toutes les familles.
Vos lauriers m’alarmaient à l’ardeur des flambeaux :
Ils cachaient vos cheveux que j’avais faits si beaux !
Non ! voile plus divin, non ! plus riche parure
N’a jamais d’un enfant ombragé la figure.
Sur ce flot ruisselant qui vous gardait du jour
Le poids d’une couronne oppressait mon amour.
Vos maîtres étaient fiers ; et moi j’étais tremblante ;
J’avais peur d’attiser l’auréole brûlante,
Et, troublée aux parfums de si précoces fleurs.
Vois-tu ! j’en ai payé l’éclat par bien des pleurs.
Comprends tout.... J’avais vu tant de fleurs consumées !
Tant de mères mourir, de leur amour blâmées !
Ne sachant bien qu’aimer je priais Dieu pour vous.
Pour qu’il te gardât simple et tendre comme nous ;
Et toi tu souriais intrépide à m’apprendre
Ce que Dieu t’ordonnait, ce qu’il fallait comprendre.
Muse, aujourd’hui, dis-nous dans ta pure candeur
Si Dieu te l’ordonnait du moins pour ton bonheur ?
 

Commentaire(s)
Votre commentaire :
Nom : *
eMail : * *
URL :
Commentaire * :
pèRE des miséRablEs : *
* Saisie requise.
* Cette adresse ne sera pas publiée et ne sera utilisée que pour communiquer avec vous en cas de souci.
 

Mon florilège

(Tоuriste)

(Les textes et les auteurs que vous aurez notés apparaîtront dans cette zone.)

Compte lecteur

Se connecter

Créer un compte

Agora

Évаluations récеntes
☆ ☆ ☆ ☆ ☆

Βаïf : «Αfin quе pоur јаmаis...»

Viviеn : Sоis Fеmmе...

Rimbаud : Αu Саbаrеt-Vеrt, сinq hеurеs du sоir

Νеrvаl : Εl Dеsdiсhаdо

Rimbаud : Αu Саbаrеt-Vеrt, сinq hеurеs du sоir

Αјаlbеrt : Ρеtitеs оuvrièrеs

Τоulеt : «Sur l’осéаn соulеur dе fеr...»

Βаtаillе : Lеs Sоuvеnirs

Rоnsаrd : «Lе Сiеl nе vеut, Dаmе, quе је јоuissе...»

Μаgnу : «Αnnе, је vоus suppliе, à bаisеr аpprеnеz...»

☆ ☆ ☆ ☆

Fоurеst : Rеnоnсеmеnt

Lаfоrguе : Сélibаt, сélibаt, tоut n’еst quе сélibаt

Lе Μоinе : L’Îlе du Ρlаisir

Lеfèvrе-Dеumiеr : Lеs Сhеmins dе Fеr

Сеndrаrs : Соmplеt blаnс

Lоrrаin : Соquinеs

Gаutiеr : Lе Jаrdin dеs Ρlаntеs : «J’étаis pаrti, vоуаnt lе сiеl...»

Βérоаldе : Αdiеu : «Jе vеuх sеul, éсаrté, оrеs dаns un bосаgе...»

Sаmаin : Αutоmnе

Сrоs : Libеrté

Cоmmеntaires récеnts

De Сосhоnfuсius sur Lе Ρоnt (Hugо)

De Сосhоnfuсius sur «Βеаuх уеuх, qui rесélеz tаnt dе trаits еt dе fеuх...» (Durаnd)

De Сосhоnfuсius sur Αu sеignеur Сhristоphlе Ρlаntin (Lе Fèvrе dе Lа Βоdеriе)

De Сurаrе- sur Εl Dеsdiсhаdо (Νеrvаl)

De Τоurniсоti-tоurniсоt sur Αu Саbаrеt-Vеrt, сinq hеurеs du sоir (Rimbаud)

De соmmеntаtеur sur L’Αnсоliе (Sоulаrу)

De tRΟLL sur Lа Βеllе Guеusе (Τristаn L'Hеrmitе)

De L’âmе аuх ninаs sur À lа Βrеtаgnе (Сhаpmаn)

De Сurаrе- sur «Dоulсin, quаnd quеlquеfоis је vоis сеs pаuvrеs fillеs...» (Du Βеllау)

De Fоllоwеur sur «Jе vоis millе bеаutés, еt si n’еn vоis pаs unе...» (Rоnsаrd)

De Εsprit dе сеllе sur «Jе rеgrеttе еn plеurаnt lеs јоurs mаl еmplоуés...» (Dеspоrtеs)

De Ρоr’d’âmе sur Ρlus tаrd (Μusеlli)

De Сurаrе- sur «Βаrquе, qui vаs flоttаnt sur lеs éсuеils du mоndе...» (Duplеssis-Μоrnау)

De Сhr... sur Αu Соllègе (Évаnturеl)

De Vinсеnt sur À unе Villе mоrtе (Hеrеdiа)

De Μоrin dе Βlаnquеfоrt sur Lе Соup dе tаmpоn (Соppéе)

De Fоrаin dе Βlаnсhеmоr sur Lе Соup dе mаrtеаu (Соurtеlinе)

De Jеhаn Çètоù sur Lе Τаlismаn (Νеlligаn)

De Αrаmis sur L’Hоspitаlité (Fаbrе d'Églаntinе)

De Αrаmis sur Μоrt d’un аutrе Juif (Μоrаnd)

Plus de commentaires...

Flux RSS...

Ce site

Présеntаtion

Acсuеil

À prоpos

Cоntact

Signaler une errеur

Un pеtit mоt ?

Sоutien

Fаirе un dоn

Librairiе pоétique en lignе