Marceline Desbordes-Valmore


Un ruisseau de la Scarpe


 
Oui, j’avais des trésors... j’en ai plein ma mémoire,
J’ai des banquets rêvés où l’orphelin va boire.
Oh ! quel enfant des blés, le long des chemins verts,
N’a dans ses jeux errants possédé l’univers ?
 
Emmenez-moi, chemins !... Mais non, ce n’est plus l’heure,
Il faudrait revenir en courant où l’on pleure,
Sans avoir regardé jusqu’au fond le ruisseau
Dont la vague mouilla l’osier de mon berceau.
 
Il courait vers la Scarpe en traversant nos rues
Qu’épurait la fraîcheur de ses ondes accrues,
Et l’enfance aux longs cris saluait son retour
Qui faisait déborder tous les puits d’alentour.
 
Écoliers de ce temps, troupe alerte et bruyante,
Où sont-ils vos présents jetés à l’eau fuyante :
Le livre ouvert, parfois vos souliers pour vaisseaux,
Et vos petits jardins de mousse et d’arbrisseaux ?
 
Air natal ! Aliment de saveur sans seconde,
Qui nourrit tes enfants et les baise à la ronde ;
Air natal imprégné des souffles de nos champs,
Qui fait les cœurs pareils et pareils les penchants.
 
Et la longue innocence, et le joyeux sourire
Des nôtres, qui n’ont pas de plus beau livre à lire
Que leur visage ouvert et leurs grands yeux d’azur,
Et leur timbre profond d’où sort l’entretien sûr !...
 
Depuis que j’ai quitté tes haleines bénies,
Tes familles aux mains facilement unies,
Je ne sais quoi d’amer à mon pain s’est mêlé,
Et partout sur mon jour une larme a tremblé.
 
Et je n’ai plus osé vivre à poitrine pleine
Ni respirer tout l’air qu’il faut à mon haleine.
On eût dit qu’un témoin s’y serait opposé...
Vivre pour vivre, oh non ! je ne l’ai plus osé !
 
Non ! le cher souvenir n’est qu’un cri de souffrance !
Viens donc, toi, dont le cours peut traverser la France ;
À ta molle clarté je livrerai mon front.
Et dans tes flots du moins mes larmes se perdront.
 
Viens ranimer le cœur séché de nostalgie,
Le prendre et l’inonder d’une fraîche énergie.
En sortant d’abreuver l’herbe de nos guérets,
Viens, ne fût-ce qu’une heure, abreuver mes regrets !
 
Amène avec ton bruit une de nos abeilles
Dont l’essaim, quoique absent, bourdonne en mes oreilles ;
Elle en parle toujours ! diront-ils... Mais, mon Dieu,
Jeune, on a tant aimé ces parcelles de feu !
 
Ces gouttes de soleil dans notre azur qui brille,
Dansant sur le tableau lointain de la famille,
Visiteuses des blés où logent tant de fleurs,
Miel qui vole émané des célestes chaleurs !
 
J’en ai tant vu passer dans l’enclos de mon père
Qu’il en fourmille au fond de tout ce que j’espère,
Sur toi dont l’eau rapide a délecté mes jours,
Et m’a fait cette voix qui soupire toujours.
 
Dans ce poignant amour que je m’efforce à rendre,
Dont j’ai souffert longtemps avant de le comprendre,
Comme d’un pâle enfant on berce le souci,
Ruisseau, tu me rendrais ce qui me manque ici.
 
Ton bruit sourd se mêlant au rouet de ma mère,
Enlevant à son cœur quelque pensée amère,
Quand pour nous le donner elle cherchait là-bas
Un bonheur attardé qui ne revenait pas.
 
Cette mère, à ta rive elle est assise encore ;
La voilà qui me parle, ô mémoire sonore !
Ô mes palais natals qu’on m’a fermés souvent !
La voilà qui les rouvre à son heureux enfant !
 
Je ressaisis sa robe, et ses mains, et son âme !
Sur ma lèvre entrouverte elle répand sa flamme !
Non ! par tout l’or du monde on ne me paierait pas
Ce souffle, ce ruisseau qui font trembler mes pas !
 

Commentaire (s)
Votre commentaire :
Nom : *
eMail : * *
Site Web :
Commentaire * :
pèRE des miséRablEs : *
* Information requise.   * Cette adresse ne sera pas publiée.
 


Mon florilège

(Tоuriste)

(Les textes et les auteurs que vous aurez notés apparaîtront dans cette zone.)

Compte lecteur

Se connecter

Créer un compte

Agora

Évаluations récеntes
☆ ☆ ☆ ☆ ☆

Lаutréаmоnt : «Vоiсi lа fоllе qui pаssе еn dаnsаnt...»

Vаlérу : Αu plаtаnе

Βruаnt : À lа Βаstосhе

Hugо : Lе Dоigt dе lа fеmmе

*** : «Lе pаuvrе lаbоurеur...»

Villоn : Βаllаdе [du соnсоurs dе Βlоis]

Grévin : Villаnеsquе

*** : Lе Grаnd Соmbаt dе Lеса соntrе Μаndа pоur lеs bеаuх уеuх dе Саsquе d’Οr

Ρоnсhоn : Smоking

Сrоs : Βаllаdе dе lа ruinе

☆ ☆ ☆ ☆

Νоаillеs : Lеs Ρlаintеs d’Αriаnе

Βаudеlаirе : «Τu mеttrаis l’univеrs еntiеr dаns tа ruеllе...»

Dumаs : Lа Βеllе Ιsаbеаu

Vеrhаеrеn : Un sоir : «Αvес lеs dоigts dе mа tоrturе...»

Hugо : «Jе prеndrаi pаr lа mаin...»

Vеrhаеrеn : Αrt flаmаnd

Déguignеt : «С’еst à vоus, mеs éсrits, qu’аuјоurd’hui је m’аdrеssе...»

Ρоnсhоn : Sоnnеt dе l’аmоur sаns phrаsеs

Τоulеt : «Étrаngеr, је sеns bоn...»

Du Βеllау : «Ô qu’hеurеuх еst сеlui qui pеut pаssеr sоn âgе...»

Cоmmеntaires récеnts

De Jаdis sur «Lе сiеl еst, pаr-dеssus lе tоit...» (Vеrlаinе)

De Jаdis sur Lе Сеrf mаlаdе (Lа Fоntаinе)

De Сосhоnfuсius sur Соntе simplе (Сосtеаu)

De Jаdis sur «Εllе étаit pâlе, еt pоurtаnt rоsе...» (Hugо)

De Сосhоnfuсius sur «Μ’аs-tu éprоuvé tеl quе се Τrоуеn pаrјurе...» (Νuуsеmеnt)

De Сосhоnfuсius sur Sоir étеrnеl (Сrоs)

De Diсkо rimеur sur «Jе rêvе dе vеrs dоuх еt d’intimеs rаmаgеs...» (Sаmаin)

De Νаguèrе sur «Sеs purs оnglеs très hаut dédiаnt lеur оnух...» (Μаllаrmé)

De Vinсеnt sur «Ô qu’hеurеuх еst сеlui qui pеut pаssеr sоn âgе...» (Du Βеllау)

De Εsprit dе сеllе sur Сhаnsоn (Οmbrе du bоis) (Lоuÿs)

De ΒiΒpаtаpоuètе sur «Μоn âmе а sоn sесrеt, mа viе а sоn mуstèrе...» (Αrvеrs)

De Αlbеrtus sur Сhаnsоn : «Ô biеnhеurеuх qui pеut pаssеr sа viе...» (Dеspоrtеs)

De mаl еntеndеur sur Sоnnеt à Μаdаmе Μ.Ν. : «Quаnd, pаr un јоur dе pluiе, un оisеаu dе pаssаgе...» (Μussеt)

De Μеillеur trаduсtеur sur Lе Βоis аmiсаl (Vаlérу)

De Vinсеnt sur «Αfin quе pоur јаmаis...» (Βаïf)

De Εsprit dе сеllе sur «Ô Τоi qui аs еt pоur mèrе еt pоur pèrе...» (Jоdеllе)

De Сurаrе- sur Εl Dеsdiсhаdо (Νеrvаl)

De Τоurniсоti-tоurniсоt sur Αu Саbаrеt-Vеrt, сinq hеurеs du sоir (Rimbаud)

De соmmеntаtеur sur L’Αnсоliе (Sоulаrу)

De аrаmis sur Lа Βеllе Guеusе (Τristаn L'Hеrmitе)

De Wеndу & ΡеtеrΡаn sur À lа Βrеtаgnе (Сhаpmаn)

Plus de commentaires...

Flux RSS...

Ce site

Présеntаtion

Acсuеil

À prоpos

Cоntact

Signaler une errеur

Un pеtit mоt ?

Sоutien

Fаirе un dоn

Librairiе pоétique en lignе