Antoinette Deshoulières


Caprice


 
Vers les bords d’un ruisseau dont l’onde vive et pure
Des arbres d’alentour entretient la verdure,
Iris dont les chansons, Iris dont les appâts,
Ont fait voler le nom de contrée en contrée
          D’un profond ennui pénétrée
          Conduisait lentement ses pas
Ni le naissant émail d’une jeune prairie,
          Ni le doux murmure des eaux,
          Ni le tendre chant des oiseaux
          Ne dissipait sa rêverie.
          — Enfin, s’écria-t-elle, amour,
          Tu ne fais plus couler mes larmes.
Je ne soupire plus, je ne sens plus d’alarmes ;
    Tranquillité, vous êtes de retour.
Mais que dans ce bonheur je trouve peu de charmes.
En perdant mes transports, mes craintes, mes désirs,
Hélas, que j’ai perdu de biens et de plaisirs !
Ah, le repos n’est pas aussi doux qu’on le pense !
Rien, dans ce triste état, n’occupe ni ne plaît.
          On fait tout avec nonchalance ;
L’amour vaut cent fois mieux, tout dangereux qu’il est ;
À d’agréables maux son caprice nous livre ;
On n’a point avec lui d’inutiles moments ;
          Tout est plaisir pour les amants.
À sa tendresse, hélas ! pourquoi faut-il survivre ?
Peut-on s’accoutumer à ne sentir plus rien ?
Et Pour les cœurs enfin le calme est-il un bien ?
Non non, reviens, amour, chasse par ta présence
Cet ennuyeux loisir qui suit l’indifférence :
Rassemble tous tes feux pour rallumer le mien.
Hélas, tu ne viens point ! Vainement je t’appelle.
          Que mon aventure est cruelle !
          Malgré moi tu sus m’enflammer,
    Et quand je veux que mon feu renouvelle,
          Tu ne veux pas le rallumer.
Que t’aurait-il coûté de me soumettre encore ?
          Pourquoi refuses-tu mes vœux ?
Tes plaisirs ne sont point le secours que j’implore ;
Je ne demande pas de ces destins heureux
Que l’on désire tant, que tu fais quand tu veux.
À toutes tes rigueurs je suis accoutumée.
La haine de l’ingrat qui m’avait su charmer
Me défend de prétendre au plaisir d’être aimée ;
          Je ne veux que celui d’aimer.
Qu’à s’alarmer, hélas, mon esprit est facile !
Qu’est-ce qui me fait voir que mes fers sont rompus ?
          Qui m’a dit que je suis tranquille ?
Souhaiter de l’amour est-ce n’en avoir plus ?
Que de confus transports et que d’incertitude,
          Mais mon destin n’est plus douteux.
Je vois ce beau berger, ce berger orgueilleux
Pour qui seul j’ai senti tout ce qu’a de plus rude
          Un amour tendre et malheureux.
          Ah ! je sens renaître à sa vue
Ces tourments qui faisaient mes plus ardents souhaits !
Le trouble se répand dans mon âme éperdue ;
Je te rends grâce, amour, j’aime plus que jamais.
 

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