Antoinette Deshoulières


Sonnet burlesque sur la Phèdre de Racine


 
Dans un fauteuil doré, Phèdre tremblante et blême,
Dit des vers où d’abord personne n’entend rien ;
Sa nourrice lui fait un sermon fort chrétien,
Contre l’affreux dessein d’attenter sur soi-même.
 
Hippolyte la hait presque autant qu’elle l’aime ;
Rien ne change son cœur ni son chaste maintien ;
La nourrice l’accuse, elle s’en punit bien ;
Thésée a pour son fils une rigueur extrême.
 
Une grosse Aricie, au teint rouge, aux crins blonds,
N’est là que pour montrer deux énormes tétons,
Que, malgré sa froideur, Hippolyte idolâtre.
 
Il meurt enfin, traîné par ses coursiers ingrats ;
Et Phèdre, après avoir pris de la mort-aux-rats,
Vient, en se confessant, mourir sur le Théâtre.
 

Commentaire (s)
Déposé par G de Lacoste le 29 août 2014 à 14h10

Ce poème a suscité une réponse, en défense de la Phèdre de Racine. Cette réponse a longtemps été attribuée à Boileau, qui ignorant l’auteur de l’attaque l’a lui-même attribuée au duc de Nevers :
http://poeme.a-lire.fr/1970/08/reponse-au-sonnet-contre-la-phedre-de.html
Cet échange de pamphlets est connu sous le nom de l’ "affaire des sonnets", car les sonnets se répondent avec les mêmes rimes.

[Lien vers ce commentaire]

Déposé par Cochonfucius le 22 août 2016 à 17h18

Empereur des reptiles
-------------------------

De ce grand Empereur, la chair est tiède et blëme ;
Ce monarque sans loi ne rend de culte à rien,
Et quand il vit Patrick, un ermite chrétien,
Ce serpent s’éloigna comme du diable même.

Il est doux, cependant, pour les dames qu’il aime ;
Elles vont admirant son auguste maintien.
Il sait récompenser tous ceux qui font le bien,
Pour les autres montrant une rigueur extrême.

Il se souvient d’un prince aux curieux cheveux blonds,
Qui, lui parlant souvent, jamais ne dit son nom ;
Un doux enfant qui fut d’une rose idolâtre.

D’une faveur qu’il fait, nul ne se montre ingrat :
Le prince, le renard, le phénix ou le rat,
Tous, il les aide, un jour, à quitter le théâtre.

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Déposé par Jadis le 13 mars 2022 à 08h40


Par cette ruse, c’est Mozart qu’on assassine !
----------

L’antiquaire chenu ne vendait que la crème
De l’art le plus exquis à ses concitoyens,
Gagnant ainsi le blé de son pain quotidien ;
Mais le gaillard était un peu filou quand même.

Son antre renfermait bracelets, diadèmes,
Paravents d’Orient, portraits italiens,
Riches fauteuils dorés, bas-reliefs assyriens,
Égarés au milieu des cristaux de Bohême.

Mais bien qu’il exaltât, avec un bel aplomb,
La mince statuette — unique, en doutait-on ?
Vestige sans pareil des peuples idolâtres,

Et qu’il la présentât pour une tanagra,
Il n’était pas besoin d’avoir son doctorat
Pour réaliser que la chose était en plâtre.

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Déposé par Cochonfucius le 5 juillet 2022 à 12h30

Fleurs méditantes
----------

Ces fleurs, pour s’occuper, résolvent des problèmes,
Quoique, souventes fois, ça ne les mène à rien ;
Une pause elles font lorsque le soir survient,
Laissant leurs équations, laissant leurs théorèmes.

C’est ainsi chaque jour, car c’est ce qu’elles aiment,
C’est une activité qui leur forme entretient ;
Que ce soit inutile, elles s’en moquent bien,
Si ça ne te plaît pas, c’est du pareil au même.

Je ne sais pas de qui elles tiennent ce don,
Si ce fut un chercheur, un savant de renom,
Ou, plus banalement, un modeste écolâtre.

Ces belles fleurs n’auront jamais de doctorat,
Nulle grande revue ne les éditera ;
Elles n’en ont, vois-tu, strictement rien à battre.

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