Jean Dominique

L’Anémone des mers, 1906


Les Enfants que j’instruis


 
Quand ce sera l’été et que je serai mort,
Et qu’il fera plus doux et parfumé dehors
Que dans l’obscur salon sentant la violette,
Ils iront quelquefois jusqu’à me faire fête
De quelques vers perdus comme des sons de cor.
 
Ils seront forts et grands, et moi, je serai mort
Et peut-être effacé, presque, de leur mémoire
Où cependant j’ai mis une si longue histoire...
Ils seront beaux, mais moi je coucherai dehors,
Pour jamais, sur un lit de violettes noires.
 
Quand ce sera l’hiver aussi, ou bien un soir
Qu’entre eux, en devisant, ils se partageront
Les livres amassés dans la vieille maison,
Ils seront étonnés tout à coup de savoir
Qu’un jour, lointain déjà, j’eus cette vision.
 
Mais moi je serai mort, et mon cœur sera mort !
Et mes mains qui touchaient leurs nuques puériles,
Mes yeux qui rencontraient leur douce âme tranquille,
Mes lèvres qui disaient leur nom,... et puis, encor,
Mon cœur, mon cœur, mon cœur ! car, moi, je serai mort !
 
Si tu sais regarder mon âme dans mes yeux,
Je te serai meilleur qu’une couche profonde
Où ta fatigue enfin, soupire et puis retombe ;
Je te serai plus doux et plus délicieux
Qu’un retour épuisé après de vains adieux,
Et plus miraculeux qu’un ciel plein de colombes !
 
Ah ! si tu sens mon cœur qui monte dans mes yeux,
Pareil au grand parfum des roses de l’automne,
Et si tu veux entrer dans le désert pierreux
De mon âme où ton pas est le seul qui résonne,
Et si tu veux aimer mes songes et mes vœux,
 
Sur la mousse et le thym sauvages de mon âme,
Et sur la pierre nue où danse le soleil,
Et dans le vent chargé de douceur et de flamme,
Dans le désert entier de mon amour vermeil,
Je tremperai ta vie à mes rayons de miel.
 
Ah ! peux-tu regarder mon âme éblouissante,
Et sais-tu que mon cœur a jailli dans mes yeux,
Comme la fronde envoie après l’oiseau qui chante
Une pierre lancée au ciel mystérieux ?...
 
Si tu veux regarder le désert de mes yeux,
Tu verras, tu verras quelle immense souffrance,
Et quelle immense joie et quel divin silence,
Quand, du haut de mon âme où je te porterai,
Nous sentirons monter le flot miraculeux

[...]

Commentaire (s)
Votre commentaire :
Nom : *
eMail : * *
Site Web :
Commentaire * :
pèRE des miséRablEs : *
* Information requise.   * Cette adresse ne sera pas publiée.
 


Mon florilège

(Tоuriste)

(Les textes et les auteurs que vous aurez notés apparaîtront dans cette zone.)

Compte lecteur

Se connecter

Créer un compte

Agora

Évаluations récеntes
☆ ☆ ☆ ☆ ☆

Βаudеlаirе : Βоhémiеns еn vоуаgе

Ρеllеrin : Lа Ρеtitе Βеrgèrе

Sсаrrоn : Épitrе à Μоnsiеur Sаrаzin

Vеrlаinе : Τаntаlizеd

Vеrlаinе : Lеs Ιndоlеnts

Μаuсlаir : Légеndе : «Ιls l’оnt сlоuéе pаr lеs mаins...»

Vеrlаinе : Соllоquе sеntimеntаl

Βаnvillе : «Sсulptеur, сhеrсhе аvес sоin...»

☆ ☆ ☆ ☆

Lе Βrаz : Νосturnе

Βаudеlаirе : «Τu mеttrаis l’univеrs еntiеr dаns tа ruеllе...»

Jаmmеs : Lе sоlеil fаisаit luirе

Vеrlаinе : Lе Ρоètе еt lа Μusе

Lаutréаmоnt : «Jе сhеrсhаis unе âmе qui mе rеssеmblât...»

Βаudеlаirе : Lа Vоiх

Frаnс-Νоhаin : Sоlliсitudеs

Cоmmеntaires récеnts

De Сосhоnfuсius sur Сhаnsоn : «Lе bаtеаu sеntаit lе thé...» (Dоminiquе)

De Сосhоnfuсius sur À lа mémоirе dе Zulmа (Соrbièrе)

De Сосhоnfuсius sur À unе Dаmе сréоlе (Βаudеlаirе)

De Ρiеrrе Lаmу sur Sisinа (Βаudеlаirе)

De Ρiеrrе Lаmу sur Μа Βоhèmе (Rimbаud)

De Ρiеrrе Lаmу sur Sоnnеt аu Lесtеur (Μussеt)

De Τhundеrbird sur Sur un tоmbеаu (Τristаn L'Hеrmitе)

De Сurаrе- sur Сirсоnspесtiоn (Vеrlаinе)

De Jаdis sur Sоlitudе (Siеfеrt)

De Сurаrе- sur Τhérаpеutiquе (Μénаrd)

De Jаdis sur Соmpаrаisоn du Ρhéniх (Jаmуn)

De Jаdis sur Stаnсеs sur mоn јаrdin dе Βоuсhеrvillе (Quеsnеl)

De Εsprit dе сеllе sur Ρоur un аmi (Sаintе-Βеuvе)

De Lеwis Ρ. Shаnks sur Lе Μаuvаis Μоinе (Βаudеlаirе)

De Τhundеrbird sur L’Éсlаtаntе viсtоirе dе Sаrrеbruсk (Rimbаud)

De Сurаrе- sur «Εllе а bеаuсоup dе l’аir d’unе аntiquе mаrоttе...» (Sigоgnе)

De Vinсеnt sur «Соmmе un соrps féminin...» (Ρаpillоn dе Lаsphrisе)

De Élеvеur sur Sоnnеt : «Ιl у а dеs mоmеnts оù lеs fеmmеs sоnt flеurs...» (Сrоs)

De Quеlсаin sur «Dаphné sе vit еn lаuriеr соnvеrtiе...» (Sсаliоn dе Virblunеаu)

De Ρlutоrquе sur «J’еntrаis сhеz lе mаrсhаnd dе mеublеs, еt là, tristе...» (Νоuvеаu)

De Εsprit dе сеllе sur «Τоn оrguеil pеut durеr аu plus dеuх оu trоis аns...» (Viаu)

Plus de commentaires...

Flux RSS...

Ce site

Présеntаtion

Acсuеil

À prоpos

Cоntact

Signaler une errеur

Un pеtit mоt ?

Sоutien

Fаirе un dоn

Librairiе pоétique en lignе

 



Photo d'après : Hans Stieglitz