Du Gayverger

(1570???-1630???)

 

 

Du Gayverger

in Le Parnasse des poètes satyriques, 1622


Contre l’ambition d’un jeune courtisan

Satire


Inspire-moi, Muse bouffonne,
De tracer avec mon pinceau,
La vie, les mœurs et la trogne
D’un folâtre et sot damoiseau.
 
C’est un beau fils que la nature
Eût fait capable de l’amour
Si alors qu’il naquit, Mercure
Ne lui eût fait un esprit lourd.
 
Mais toutefois pour avantage
Ayant les traits du corps fort beaux,
Cela fait paraître en cet âge
Que les plus beaux sont les plus veaux.
 
Et pour en montrer un exemple
C’est qu’imitant les courtisans,
Celui qui le voit et contemple,
Pour sûr le croit être hors de sens.
 
Marchant à grands pas par la rue
Comme un hardi fils de putain,
Lève les pieds comme une grue
Faisant crigneter son satin.
 
Vêtu comme un homme fantasque
De gris ou de blanc plus souvent,
Il donne toujours une attaque
Aux prières des sots d’Angoulevent.
 
Le beau manteau sur une épaule
Le fait par Paris bravacher,
Botté comme Amadis de Gaule
Qui va les pavés chevaucher.
 
Sa barbe de pure filasse
Et plus pâle qu’un jaune d’œuf,
Effraye, épouvante et menace
Des étroits du bord du pont-Neuf.
 
Sa tête faite en pot à beurre
N’est pleine de rien que de vent :
Et son œil sent toujours de l’heure
Au gardien qui le va suivant.
 
Son nez sent l’écorniflerie,
Sa bouche l’Épicurien,
Ses deux oreilles l’ânerie,
Et sa façon un vrai vaurien.
 
Enfin tout son geste et sa mine,
Sa pâle et timide couleur,
Ce front ressemble Jean farine
Quand il badine, ou bien la Fleur.
 
Son discours rempli de foucades
Est un coq-à-l’âne si plat,
Qu’en ses amoureuses boutades
On le juge être un très-grand fat.
 
Et tout ce qu’il a qui contente
Les Courtisanes de Cypris,
C’est que son catze à tout il vante
Être des plus beaux de Paris.
 
Discours qui jusqu’au cul chatouille
Toutes les garces du bordeau ;
Qui l’aiment plutôt pour sa couille,
Que pour lui voir un beau museau.
 
Là le plus souvent il préside,
C’est dans les bordeaux que j’entends :
Où il sert à beaucoup de guide,
Afin qu’ils y passent leur temps.
 
Là le chapeau sur une oreille,
Et le pourpoint déboutonné,
Jure que s’il ne fait merveille
Qu’il veut être à l’heure damné.
 
Mais si on lui parle de mettre
Quelque pistolet en la main,
Au diable si vous ne verrez être
Rien de si sot que mon vilain.
 
Il a prou de caquet et bave,
S’il ne faut venir à l’effet,
Sinon il contrefait le grave,
Comme un gros cul sur un retrait.
 
Mais jetons-nous sur sa noblesse
Qu’il dit, faisant du fiolant,
Venir d’un Amadis de Grèce,
Non de Roger ni de Roland.
 
Vrayement oui, je le confesse,
Qu’il a quelque peu de raison ;
Car il peut tirer de la graisse
L’extraction de sa maison.
 
Encore si cette insolence
De son orgueil cessait le cours :
On croirait son insuffisance
Être cause de ce discours.
 
Mais faire mille autres sottises,
Et blâmer des Dames l’honneur,
C’est où il met ses mignardises.
Et là où gît tout son bonheur.
 
Dire qu’il a la courtoisie,
Des plus que parfaites beautés,
Et qu’il les met en fantaisies,
Ce sont là de ses vanités.
 
Aller dedans les Tuileries,
Pour paranympher ses amours,
Ce sont de ses effronteries,
Qu’il fait paraître tous les jours.
 
Avoir la manche retroussée,
Et au bras un faux bracelet,
Ruminer dedans sa pensée
Le moyen d’avoir un poulet,
 
C’est à quoi l’on voit destinées
Les meilleur’s heures de son temps,
Croyant bien passer les journées
Quand il les passe en muguetant.
 
Mais encore si par envie
Il ne blâmait la chasteté,
L’honneur, le renom, et la vie
D’une singulière bonté
 
Ce serait chose supportable ;
Mais pourquoi plus outrepasser
Et voulant se rendre agréable
Un cœur innocent offenser.
 
Ma foi c’est par trop de folie,
Qu’il mérite pour châtiment,
Que l’on le fouette et qu’on le lie,
Comme un privé d’entendement.
 
Puis en le traînant sur le Change
Et sur les degrés du Palais,
Qu’un troupeau de laquais s’y range
Pour la lui donner du relais.
 
Après cela que l’on le laisse,
En lui donnant du pied au cul ;
Et que tous les cochers en presse
Le sifflent là comme un cocu.
 
Voilà pour moi ce que j’ordonne,
Sans toucher son procès au fond :
C’est le salaire que je donne
À celui qui fait le bouffon,
 
Qui tranche partout du bravache,
Et rend les niais étonnés :
Mais qui pleure comme une vache
Lorsque l’on lui couvre le nez.
 
Et si après cette justice
Il retourne encore une fois
En son orgueilleuse malice,
Il aura la fleur de nos Rois.
 
Toi donques, ô esprit volage,
Ne me regarde de travers,
Ou tu verras à ton dommage,
Quel est le pouvoir de mes vers.
 
Apprends seulement à conduire
Plus sagement tes passions,
Et désormais à ne plus nuire
À aucuns par tes actions.
 
Ou bien sinon, pour te répondre
Avec plus d’animosité :
Je porte, de quoi te confondre,
Toujours l’épée à mon côté.
 

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