Eudore Évanturel

Premières poésies, 1878


Mon ami Rodolphe


 
Alors que je logeais, bien humble pensionnaire,
Au numéro vingt-trois de ce quartier ancien,
J’eus longtemps — grâce au ciel moins qu’au propriétaire —
Pour voisin de mansarde, un drôle de voisin.
 
Le garçon dont je parle était un grand phtisique,
Qui, pour les sottes gens et les gens prévenus,
Passait, mal à propos, pour un être excentrique,
Ayant rapport avec les archanges cornus.
 
Mon pauvre ami Rodolphe avait pour habitude,
— Il tenait le scalpel de Balzac dans sa main —
De faire de lui-même un cabinet d’étude,
D’où ses yeux voyaient clair au fond du cœur humain.
 
Il recevait chez lui, mais en robe de chambre,
Artistement couché dans son fauteuil mouvant.
Le spleen le venait voir quelques fois en septembre,
Quand le ciel s’avisait de lui souffler du vent.
 
Avait-il, mon voisin, quelque peine secrète ?
Ses amis là-dessus ne savaient que penser.
Il vivait retiré comme un anachorète,
Retenant bien son cœur pour ne pas le blesser.
 
Oui, mon ami Rodolphe était un grand problème.
Le dernier jour de l’an (est-ce un rêve assez noir ?)
Il fermait bien sa porte et se jetait tout blême,
Dans son fauteuil gothique, en face d’un miroir.
 
Pendant une heure entière, il restait immobile,
Promenant çà et là son grand regard distrait ;
Mais quand minuit sonnait aux clochers de la ville,
Plus pâle que jamais Rodolphe se levait.
 
Sa lampe ne donnait qu’une faible lumière ;
Son chat dormait dans l’ombre en rond sur son divan.
Alors, plus pâle encore, il soulevait son verre,
Et portait dans la nuit un toast au nouvel an.
 
Shakespeare en eût fait quelque chose d’étrange.
Les bigots du quartier en faisaient un démon.
Était-il un démon ? — Passait-il pour un ange ?
Pour moi qui l’ai connu, je vous dirai que non.
 
Nous étions quatre amis ; — Rodolphe était des nôtres.
S’il vécut à la hâte, il mourut sans souci.
C’était un franc garçon ; son cœur était aux autres.
Les vieux qui l’ont soigné vous le diront aussi.
 
J’ai revu ces gens-là ; — la vieille était contente.
C’était un jour vêtu d’azur et de soleil.
Le vieux m’a fredonné — car le bonhomme chante —
L’air que mon pauvre ami chantait à son réveil.
 
Le chat est mort, je crois, sur le lit de son maître.
Le fauteuil de Rodolphe a l’air de s’ennuyer.
On a fermé sa chambre — on a clos la fenêtre,
Où les jours de tristesse il venait s’appuyer.
 

Commentaire (s)
Votre commentaire :
Nom : *
eMail : * *
Site Web :
Commentaire * :
pèRE des miséRablEs : *
* Information requise.   * Cette adresse ne sera pas publiée.
 


Mon florilège

(Tоuriste)

(Les textes et les auteurs que vous aurez notés apparaîtront dans cette zone.)

Compte lecteur

Se connecter

Créer un compte

Agora

Évаluations récеntes
☆ ☆ ☆ ☆ ☆

Μussеt : Lе Fils du Τitiеn

Dеrèmе : «Сhаmbrе d’hôtеl mоrоsе еt vidе. Un œillеt pеnсhе...»

Rоnsаrd : «Αmоur еst sаns miliеu, с’еst unе сhоsе ехtrêmе...»

Klingsоr : Lеs Ânеs

Τristаn Klingsоr

Rimbаud : Βаl dеs Ρеndus

Εrik Sаtiе

Lаbé : «Τоut аussitôt quе је соmmеnсе à prеndrе...»

Соppéе : «Sеptеmbrе аu сiеl légеr tасhé dе сеrfs-vоlаnts...»

☆ ☆ ☆ ☆

Μаupаssаnt : Τеrrеur

Rоllinаt : Lе Vаl dеs Rоnсеs

Сrоs : Ρаrоlеs pеrduеs

Сrоs : Dаns lа сlаirièrе

Rimbаud : Βаl dеs Ρеndus

Viviеn : Sоnnеt à unе Εnfаnt

Klingsоr : Klingsоr

Τоulеt : «Сеttе frаîсhеur du sоir...»

Cоmmеntaires récеnts

De Сосhоnfuсius sur À l’еnvеrs (Sеgаlеn)

De Сосhоnfuсius sur Lе Fils du Τitiеn (Μussеt)

De Сосhоnfuсius sur Ρаris vаissеаu dе guеrrе (Ρéguу)

De Vinсеnt sur Féеriе (Vаlérу)

De Соrnu sur Μоn tеstаmеnt (Ρirоn)

De Сurаrе- sur «Jе vоus еnvоiе un bоuquеt...» (Rоnsаrd)

De Vinсеnt sur «Dе vоtrе Diаnеt (dе vоtrе nоm ј’аppеllе...» (Du Βеllау)

De Vinсеnt sur «Βеl аlbâtrе vivаnt qu’un fin сrêpе nоus сасhе...» (Lа Rоquе)

De Hоrаtius Flассus sur Αriаnе (Hеrеdiа)

De Ιо Kаnааn sur «Ô qu’hеurеuх еst сеlui qui pеut pаssеr sоn âgе...» (Du Βеllау)

De lасоtе sur D’un bоuquеt d’œillеts gris еt rоugеs (Sаint-Gеlаis)

De Gаrdеur dе саnаrds sur Βаllаdе dеs Εnfаnts sаns sоuсi (Glаtignу)

De Τhundеrbird sur «Ρrélаt, à qui lеs сiеuх се bоnhеur оnt dоnné...» (Du Βеllау)

De Gаrdеur dе саnаrds sur Vuе (Vаlérу)

De lасоtе sur «Εn un pеtit еsquif épеrdu, mаlhеurеuх...» (Αubigné)

De Сurаrе- sur «Vоуоns, d’оù viеnt lе vеrbе ?...» (Hugо)

De Сurаrе- sur «Μоn âmе а sоn sесrеt, mа viе а sоn mуstèrе...» (Αrvеrs)

De Ρiеrrе Lаmу sur Sisinа (Βаudеlаirе)

De Ρiеrrе Lаmу sur Μа Βоhèmе (Rimbаud)

De Ρiеrrе Lаmу sur Sоnnеt аu Lесtеur (Μussеt)

De јоh.lisа sur Сirсоnspесtiоn (Vеrlаinе)

Plus de commentaires...

Flux RSS...

Ce site

Présеntаtion

Acсuеil

À prоpos

Cоntact

Signaler une errеur

Un pеtit mоt ?

Sоutien

Fаirе un dоn

Librairiе pоétique en lignе