François Fabié

Fleurs de genêts


Les Genêts


 
Les genêts, doucement balancés par la brise,
Sur les vastes plateaux font une boule d’or ;
Et tandis que le pâtre à leur ombre s’endort,
Son troupeau va broutant cette fleur qui le grise ;
 
Cette fleur qui le fait rêver d’amour, le soir,
Quand il roule du haut des monts vers les étables,
Et qu’il croise en chemin les grands bœufs vénérables
Dont les doux beuglements appellent l’abreuvoir ;
 
Cette fleur toute d’or, de lumière et de soie,
En papillons posée au bout des brins menus,
Et dont les lourds parfums semblent être venus
De la plage lointaine où le soleil se noie...
 
Certes, j’aime les prés où chantent les grillons,
Et la vigne pendue aux flancs de la colline,
Et les champs de bleuets sur qui le blé s’incline,
Comme sur des yeux bleus tombent des cheveux blonds.
 
Mais je préfère aux prés fleuris, aux grasses plaines,
Aux coteaux où la vigne étend ses pampres verts,
Les sauvages sommets de genêts recouverts,
Qui font au vent d’été de si fauves haleines.
 
 


 
Vous en souvenez-vous, genêts de mon pays,
Des petits écoliers aux cheveux en broussailles
Qui s’enfonçaient sous vos rameaux comme des cailles,
Troublant dans leur sommeil les lapins ébahis ?
 
Comme l’herbe était fraîche à l’abri de vos tiges !
Comme on s’y trouvait bien, sur le dos allongé,
Dans le thym qui faisait, aux sauges mélangé,
Un parfum enivrant à donner des vertiges !
 
Et quelle émotion lorsqu’un léger froufrou
Annonçait la fauvette apportant la pâture,
Et qu’en bien l’épiant on trouvait d’aventure
Son nid plein d’oiseaux nus et qui tendaient le cou !
 
Quel bonheur, quand le givre avait garni de perles
Vos fins rameaux émus qui sifflaient dans le vent,
— Précoces braconniers, — de revenir souvent
Tendre en vos corridors des lacets pour les merles.
 
 


 
Mais il fallut quitter les genêts et les monts,
S’en aller au collège étudier des livres,
Et sentir, loin de l’air natal qui vous rend ivres,
S’engourdir ses jarrets et siffler ses poumons ;
 
Passer de longs hivers dans des salles bien closes,
À regarder la neige à travers les carreaux,
Éternuant dans des auteurs petits et gros,
Et soupirant après les oiseaux et les roses ;
 
Et, l’été, se haussant sur son banc d’écolier,
Comme un forçat qui, tout en ramant, tend sa chaîne,
Pour sentir si le vent de la lande prochaine
Ne vous apporte pas le parfum familier.
 
 


 
Enfin, la grille s’ouvre ! on retourne au village ;
Ainsi que les genêts notre âme est tout en fleurs,
Et dans les houx remplis de vieux merles siffleurs,
On sent un air plus pur qui vous souffle au visage.
 
On retrouve l’enfant blonde avec qui cent fois
On a jadis couru la forêt et la lande ;
Elle n’a point changé, — sinon qu’elle est plus grande,
Que ses yeux sont plus doux et plus douce sa voix.
 
« Revenons aux genêts ! — Je le veux bien ? » dit-elle.
Et l’on va côte à côte, en causant, tout troublés
Par le souffle inconnu qui passe sur les blés,
Par le chant d’une source ou par le bruit d’une aile.
 
Les genêts ont grandi, mais pourtant moins que nous ;
Il faut nous bien baisser pour passer sous leurs branches,
Encore accroche-t-elle un peu ses coiffes blanches ;
Quant à moi, je me mets simplement à genoux.
 
Et nous parlons des temps lointains, des courses folles,
Des nids ravis ensemble, et de ces riens charmants
Qui paraissent toujours si beaux aux cœurs aimants
Parce que les regards soulignent les paroles.
 
Puis le silence ; puis la rougeur des aveux,
Et le sein qui palpite, et la main qui tressaille,
Au loin un tendre appel de ramier ou de caille...
Comme le serpolet sent bon dans les cheveux !
 
Et les fleurs des genêts nous font un diadème ;
Et, par l’écartement des branches, haut dans l’air.
Paraît comme un point noir l’alouette au chant clair
Qui, de l’azur, bénit le coin d’ombre où l’on aime !...
 
Ah ! de ces jours lointains, si lointains et si doux,
De ces jours dont un seul vaut une vie entière,
— Et de la blonde enfant qui dort au cimetière, —
Genêts de mon pays, vous en souvenez-vous ?
 

Commentaire(s)
Déposé par Sargels le 7 mars 2015 à 19h45

J’avais 7 ou 8 ans lorsque mon instituteur me fit apprendre les 6,7,8 et 9ème
strophes.. Soixante six ans après, je les avais en mémoire, mais je n’avais pas conservé le nom de l’auteur.J’avais beau chercher...
Internet permet beaucoup de chose.
Aveyronnais né a la campagne, je m’étais identifié à ces jolis vers
Merci

[Lien vers ce commentaire]

Votre commentaire :
Nom : *
eMail : * *
URL :
Commentaire * :
pèRE des miséRablEs : *
* Saisie requise.
* Cette adresse ne sera pas publiée et ne sera utilisée que pour communiquer avec vous en cas de souci.
 

Mon florilège

(Tоuriste)

(Les textes et les auteurs que vous aurez notés apparaîtront dans cette zone.)

Compte lecteur

Se connecter

Créer un compte

Agora

Évаluations récеntes
☆ ☆ ☆ ☆ ☆

Sсèvе : «Sеul аvес mоi, еllе аvес sа pаrtiе...»

Αuvrау : Соntrе unе dаmе trоp mаigrе

Αuvrау : Lеs Ρаlаdins аvеnturiеrs

Αuvrау : «Αu mоis qu’аmоur еst lе plus еn viguеur...»

Соppéе : «Εllе viеndrа се sоir ; еllе mе l’а prоmis...»

Riсtus : Lеs Μоntе-еn-l’аir

Hаrаuсоurt : «Ιl plеut sur lа mеr, lеntеmеnt...»

Lа Gеsséе : «Lа Μоuсhе pеintе еst mаrquе d’impudеnсе...»

Vаlléе dеs Βаrrеаuх : «Соurtisаns, qui trаînеz vоs јоurs déshоnоrés...»

Du Βеllау : «Si l’аvеuglе furеur, qui саusе lеs bаtаillеs...»

☆ ☆ ☆ ☆

Соrbièrе : Ρаuvrе gаrçоn

Соppéе : «Εllе viеndrа се sоir ; еllе mе l’а prоmis...»

Rоnsаrd : «Yеuх, qui vеrsеz еn l’âmе, аinsi quе dеuх Ρlаnètеs...»

Riсhеpin : Lа Μignоtе

Βеrtrаnd : Sоnnеt : «À lа Rеinе dеs Frаnçаis...»

Μоntrеuil : Épigrаmmе : «Сlоris à vingt аns étаit bеllе...»

Νоuvеаu : Lа Rеnсоntrе

Αubigné : «Lеs lуs mе sеmblеnt nоirs...»

Rоllinаt : Viеrgе dаmnéе

Αpоllinаirе : Сhаpеаu-tоmbеаu

Cоmmеntaires récеnts

De Сосhоnfuсius sur «Sеignеur, nе pеnsеz pаs d’оuïr сhаntеr iсi...» (Du Βеllау)

De Сосhоnfuсius sur «Vоus аvеz su l’еspоir еt pаrtаgé lа rаgе...» (Siеfеrt)

De Сосhоnfuсius sur «Οbsсur vаllоn, mоntаgnе sоurсillеusе...» (Lа Rоquе)

De Εsprit dе сеllе sur «Ô Diеu qui vоis сеttе rоuе ехéсrаblе...» (Vеrmеil)

De Lа Fаisаnе sur Lа Соlоmbе pоignаrdéе (Lеfèvrе-Dеumiеr)

De Εsprit dе сеllе sur «Νе rеprеnеz, Dаmеs, si ј’аi аimé...» (Lаbé)

De Μоrin dе Βlаnquеfоrt sur Lе Соup dе tаmpоn (Соppéе)

De Fоrаin dе Βlаnсhеmоr sur Lе Соup dе mаrtеаu (Соurtеlinе)

De Jеhаn Çètоù sur Lе Τаlismаn (Νеlligаn)

De Сhаrlus Ρоpulаirе sur Viеuх mаrin, viеil аrtistе (Ρоpеlin)

De Hаn Riсutе sur Соmplаintе аmоurеusе (Αllаis)

De Lе Gаrdiеn sur L’Hоspitаlité (Fаbrе d'Églаntinе)

De Сhristiаn sur Lе Μоnt dеs Οliviеrs (Vignу)

De Lе Gаrdiеn sur Μоrt d’un аutrе Juif (Μоrаnd)

De Εsprit dе сеllе sur Sоnnеt : «Ιgnоrаntе оu plutôt dédаignеusе dеs mаuх...» (Сrоs)

De Τhundеrbird sur «Sасrés соtеаuх, еt vоus sаintеs ruinеs...» (Du Βеllау)

De Αrаmis sur Guitаrе : «Gаstibеlzа, l’hоmmе à lа саrаbinе...» (Hugо)

De Αrаmis sur Stаnсеs à Μаrquisе (Соrnеillе)

De piсh24 sur Ρhilis dаnsе lа Sаrаbаndе (Sсudérу)

De Rоlаnd Βасri sur «Μоn âmе а sоn sесrеt, mа viе а sоn mуstèrе...» (Αrvеrs)

De Ρ10H24- sur Εllе еt lui (Αutrаn)

Plus de commentaires...

Flux RSS...

Ce site

Présеntаtion

Acсuеil

À prоpos

Cоntact

Signaler une errеur

Un pеtit mоt ?

Sоutien

Fаirе un dоn

Librairiе pоétique en lignе

 



Photo d'après : Hans Stieglitz