François Fabié

Fleurs de genêts


Terre de France


 
Oui, partout elle est bonne et partout elle est belle,
Notre terre de France aux mille aspects divers !
Belle sur les sommets où trônent les hivers,
Et dans la lande fauve à l’araire rebelle,
Belle au bord des flots bleus, belle au fond des bois verts !
 
Belle et bonne aux coteaux où la vigne s’accroche,
Et dans la plaine grasse où moutonnent les blés ;
Bonne dans les pâtis où les bœufs rassemblés
Mugissent ; bonne encore aux fentes de la roche
Où les oliviers gris aux figuiers sont mêlés !
 
Au front des pics neigeux où l’aigle pend son aire,
Et dont le soleil fait des tours de diamant,
Dans le glacier d’où sort le gave en écumant,
Et d’où parfois, avec un fracas de tonnerre,
L’avalanche bondit sur nos champs de froment ;
 
Belle et bonne toujours, à la fois forte et douce,
Notre terre se dresse en granit menaçant,
Tourne vers l’étranger son plus âpre versant,
Et nous déroule l’autre en gradins, sans secousse,
Comme un tapis moelleux qui d’un palais descend.
 
Et là-bas, tout au bout du morne promontoire
D’où s’élèvent, le soir, les cris et les sanglots
Des mères et des sœurs pleurant nos matelots,
Notre terre est superbe en sa double victoire
De ses feux sur la nuit, de ses rocs sur les flots !
 
Elle est belle surtout au pays d’où nous sommes,
Provençaux ou Lorrains, Rouergats ou Bretons,
Au pays qu’en nos cœurs partout nous emportons,
Dont nous gardons l’accent, dont nous vantons les hommes,
Et que, depuis Brizeux, à Paris nous chantons !
 
Elle est douce au vallon où joua notre enfance
Et dont l’esprit toujours reprend l’étroit chemin ;
Douce où l’on nous connaît, où l’on nous tend la main,
Douce où dorment nos morts, douce où l’on a d’avance
Marqué la place où l’on ira dormir demain !...
 
Mais plus belle et plus douce à notre âme meurtrie
Est la terre d’Alsace arrachée à nos flancs,
La terre où sont tombés nos cuirassiers sanglants,
Et d’où leur ombre encore éperdument nous crie :
« Frères, comme à venir vers nous vous êtes lents ! »
 
La terre qu’il faudra reprendre par l’épée,
Quitte à donner nos fils, les plus forts, les plus beaux,
— Mères, vous le savez ! — en pâture aux corbeaux,
Mais qui, plus belle encor de notre sang trempée,
Verra se soulever les morts de leurs tombeaux
 
Pour regarder venir, au sommet des collines,
Nos drapeaux bien-aimés qui claqueront au vent,
Pour ouïr nos clairons sonner en les suivant,
Tandis que sous le ciel, en notes cristallines,
Ses clochers chanteront dans le soleil levant !...
 
Terre de France, terre entre toutes féconde,
Dont on a pu blesser mais non tarir le sein,
Ruche d’où part vibrant le glorieux essaim
Que depuis trois mille ans Dieu mène par le monde
À l’accomplissement de quelque grand dessein ;
 
Terre où le soc demain peut se changer en glaive,
Et le canon bondir en écrasant des fleurs,
Mère d’un peuple fier que trempent les douleurs,
Qui trop souvent faiblit, mais toujours se relève,
Plus grand au lendemain de ses plus grands malheurs ;
 
Terre de laboureurs, d’apôtres, de poètes
Qui font beau ton passé, triste et doux ton présent ;
Terre d’où l’Idéal reprend son vol puissant
Et monte dans le ciel avec tes alouettes
Dès que l’aigle a cessé de réclamer du sang ;
 
Pardonne à l’un de ceux que tes beautés enchantent,
Qui t’aime dans tes monts, tes plaines et tes bois,
Tes douleurs d’aujourd’hui, tes gloires d’autrefois,
De te chanter, un peu comme nos pâtres chantent,
Avec beaucoup de cœur, sans art, à pleine voix.
 

Commentaire(s)
Déposé par Blondel le 23 décembre 2018 à 18h12

Merci.
Belle réactivité.
(Désolé pour ma faute de frappe : je voulais écrire "Au vers..." et non "A vers...")

[Lien vers ce commentaire]

Déposé par Blondel le 22 décembre 2018 à 16h54

Bonjour.

A vers "Terre d’où l’Idéal son vol puissant" ne manque-t-il pas le verbe?

Cordialement

[Lien vers ce commentaire]

Déposé par Le Gardien le 22 décembre 2018 à 21h30

Merci ! C’est corrigé .....

[Lien vers ce commentaire]

Déposé par Repreneur le 22 décembre 2018 à 18h00



(...)


Terre d’où l’Idéal

.........................reprend

son vol puissant

(...)

[Lien vers ce commentaire]

Votre commentaire :
Nom : *
eMail : * *
URL :
Commentaire * :
pèRE des miséRablEs : *
* Saisie requise.
* Cette adresse ne sera pas publiée et ne sera utilisée que pour communiquer avec vous en cas de souci.
 

Mon florilège

(Tоuriste)

(Les textes et les auteurs que vous aurez notés apparaîtront dans cette zone.)

Compte lecteur

Se connecter

Créer un compte

Agora

Évаluations récеntes
☆ ☆ ☆ ☆ ☆

Οrléаns : «Diеu, qu’il lа fаit bоn rеgаrdеr...»

Rоdеnbасh : «Lеs суgnеs blаnсs, dаns lеs саnаuх dеs villеs mоrtеs...»

Sсаliоn dе Virblunеаu : «Étаnt аu lit соuсhé, аu liеu dе rеpоsеr...»

Klingsоr : L’Ιnutilе Сhаnsоn

Viаu : «L’аutrе јоur inspiré d’unе divinе flаmmе...»

Viаu : «Αu mоins аi-је sоngé quе је vоus аi bаiséе...»

Lаmаrtinе : Αuх Сhrétiеns dаns lеs tеmps d’éprеuvе

Sсudérу : Ρhilis dаnsе lа Sаrаbаndе

Sсudérу : Sur un Sоngе

Hugо : Сlаirе

☆ ☆ ☆ ☆

Οrléаns : «Jе mеurs dе sоif, еn сôté lа fоntаinе...»

Viаu : «L’аutrе јоur inspiré d’unе divinе flаmmе...»

Αpоllinаirе : Dаmе à lа sеrvаntе

Αubigné : Εхtаsе

Drеlinсоurt : Sur lеs Ρiеrrеs préсiеusеs

Vоiturе : «D’un buvеur d’еаu, соmmе аvеz débаttu...»

Sаrrаsin : «Lа bеаuté quе је sеrs...»

Hugо : Сlаirе Ρ.

Rоdеnbасh : «Dоuсеur du sоir ! Dоuсеur dе lа сhаmbrе sаns lаmpе !...»

Αpоllinаirе : Сœur соurоnnе еt mirоir

Cоmmеntaires récеnts

De Сосhоnfuсius sur Sоnnеt d’Αutоmnе (Βаudеlаirе)

De Сосhоnfuсius sur Εхtаsе (Αubigné)

De Сhristiаn sur Guitаrе : «Gаstibеlzа, l’hоmmе à lа саrаbinе...» (Hugо)

De Сосhоnfuсius sur Ρsеudо-sоnnеt plus spéсiаlеmеnt truсulеnt еt аllégоriquе (Fоurеst)

De Сrуstасé sur «Αuprès dе се bеаu tеint, lе lуs еn nоir sе сhаngе...» (Αubigné)

De piсh24 sur Ρhilis dаnsе lа Sаrаbаndе (Sсudérу)

De Rоlаnd Βасri sur «Μоn âmе а sоn sесrеt, mа viе а sоn mуstèrе...» (Αrvеrs)

De Ρ10H24- sur Εllе еt lui (Αutrаn)

De Jеhаn Fоntаinе sur Lе Glаnd еt lе Сhаmpignоn (Lасhаmbеаudiе)

De Сurаrе- sur «Quаnd је vоudrаi sоnnеr dе mоn grаnd Αvаnsоn...» (Du Βеllау)

De Αrаmis sur «Quаnd mоn fil sе саssеrа sоus...» (Ρеllеrin)

De Αmаris- sur Sуmbоlе (Gilkin)

De Εsprit dе сеllе sur Sоnnеt mélаnсоliquе (Αdеlswärd-Fеrsеn)

De Сurаrе- sur Αprès lа bаtаillе (Hugо)

De Αrаmis sur Dimаnсhе sоir (Rаmuz)

De Μilоu dе Βlаnquеfоrt sur Lе Соup dе tаmpоn (Соppéе)

De Filоu dе Βlаnсhеmоrt sur Lе Соup dе mаrtеаu (Соurtеlinе)

De Quеuflу sur «Vоus Flеuvеs еt Ruissеаuх, еt vоus, сlаirеs Fоntаinеs...» (Сhаndiеu)

De Αrаmis sur Βаllаdе dеs grоs dindоns (Rоstаnd)

De Lе Gаrdiеn sur Μоrt d’un аutrе Juif (Μоrаnd)

De Εsprit dе сеllе sur Républiquе Αrgеntinе — Lа Ρlаtа (Lеvеу)

Plus de commentaires...

Flux RSS...

Ce site

Présеntаtion

Acсuеil

À prоpos

Cоntact

Signaler une errеur

Un pеtit mоt ?

Sоutien

Fаirе un dоn

Librairiе pоétique en lignе

 



Photo d'après : Hans Stieglitz