Georges Fourest

La Négresse blonde, 1909


Apologie pour Georges Fourest


 
Je n’ai point cet esprit qui subjugue « les dames »,
j’incague la pudeur, convomis le bon goût,
et si mon Apollo, perruquiers et vidames,
vous offusque parbleu ! mon Apollo s’en fout !
 
Ma flave moricaude en exhibant sa fesse
époustoufla tel cuistre et tel justiciard
et mon géranium pondeur, je le confesse,
semble aux gens distingués terriblement criard.
 
« Je suis mal embouché, dit-on, scatologique,
scurrile, extravagant, obscène !... » Et puis après ?
Pour blaguer le héros langoureux ou tragique
à moi le calembour énorme, et l’à-peu-près !
 
Matagrabolisant le pleutre qui me rase,
me souciant très peu que l’on m’approuve ou non
et laissant aux châtrés l’exsangue périphrase,
eh ! bien oui ! j’ai nommé la Merde par son nom :
 
En cinq lettres j’ai dit l’horrifique vocable
sans même l’adorner d’un R comme Jarry ;
que si pour ce forfait votre courroux m’accable
je m’en vante, couillons, loin d’en être marri.
 
Si ce bas-bleu puant qui n’a plus ses menstrues
depuis mil neuf cent trois  sur un ton puritain
vient bégueuler parmi des chameaux et des grues
(oh ! comme puritain rime bien à putain !)
 
malgré tous ses chichis dont je ne suis pas dupe
pour payer leur salaire à ses ragots haineux
d’une main sans douceur je trousserai sa jupe
et fouaillerai sadiquement son cul breneux ;
 
je passementerai de clinquant ma défroque,
je me barbouillerai de sauvages couleurs,
j’entasserai le biscornu sur le baroque,
mes rimes hurleront tels des singes hurleurs !
 
Mon rire, mon Public, c’est le rire sonore,
idoine à brimballer tes boyaux triomphants
et qui découvrira la parure osanore
qu’un dentiste pour toi ravit aux éléphants,
 
c’est le rire cachinatoire, épileptique,
le rire vrai qui fait baver, pleurer, tousser,
pisser, c’est le moteur du grand zygomatique
et l’agelaste en vain tâche à le rabaisser.
 
Je ne diluerai pas mon encre avant d’écrire
et je m’esclafferai cynique et sans remord,
abandonnant aux salonnards le « fin sourire »
et le rictus amer à la tête-de-mort !
 
 

envoi


 
Aux pieds de Rabelais, le Duc, le Roi, le Maître,
Ô mes pères Scarron, Saint-Amant, d’Assoucy,
Colletet, Sarrazin, daignerez-vous permettre
qu’à vos côtés Fourest vienne s’asseoir aussi ?
 

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