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La Négresse blonde, 1909

 car la musique est douce,
 Fait l’âme harmonieuse et, comme un divin chœur
 Éveille mille voix qui chantent dans le cœur.
Victor Hugo
 Musica me juvat ou delectat
LHOMOND (Grammaire latine)
Les pianos
des casinos
aux bains de mer
font rêver les poissons qui nagent dans la mer,
car — (tous les érudits le savent de nos jours) —
ils sont muets, c’est vrai, mais ils ne sont pas sourds !
Tout d’abord ils s’étonnent,
roulant des yeux peureux :
— « Peut-être bien qu’il tonne ? »
songent-ils à part eux —
Mais vite ils se rassurent
et voyant que
nul éclair ne fulgure
ils battent la mesure
avec leur queue !
Les sardinettes réjouies
pour ouïr ouvrant leurs ouïes
dansent la ronde
toute la nuit.
Un grondin gronde :
— « Allez dormir avec ce bruit ! »
Mais les bars indulgents sourient à cette danse
et jugeant que
ce sont jeux innocents, ils marquent la cadence
avec leur queue !
Les pianos
des casinos
aux bains de mer
amusent les poissons qui nagent dans la mer !
Sonate en ré
(mi, fa, sol, ré)
plus d’une jeune raie
langoureuse voudrait
être au moment du frai,
car elle se sent l’âme
pleine d’épithalame !
Romance en sol
(do, mi, fa, sol)
la Romance du saule
plus d’une jeune sole
pose pour doña Sol
cependant que
les maquereaux galants
et les petits merlans
doux et dolents
admirent sa tournure
et battent la mesure
avec leur queue !
Les pianos
des casinos
aux bains de mer
font rêver les poissons qui nagent dans la mer !
Digue, don, don !
C’est Offenbach !
Digue dondaine !
et non plus Bach !
Joyeux, bon prince,
levant la pince,
le homard pince
un rigodon !
Digue dondaine !
Digue, don, don !
Mais, horreur ! n’est-ce pas un air de l’Africaine ?
Saisi d’un tremblement
convulsif le homard songe à l’Américaine
(affreux pressentiment !)
Mais vite il se rassure
et jugeant que
les pêcheurs sont couchés, il marque la mesure
avec sa queue.
Les pianos
des casinos
aux bains de mer
amusent les poissons qui nagent dans la mer...
Et puis lorsque l’automne
ferme les casinos
ah ! les pauvres poissons trouvent bien monotones
les nuits sans pianos...
Et dans leur souvenance
cherchant un air qui fuit
ils nagent en cadence
mais pleins d’ennui !

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 10 septembre 2019 à 12h12Poissons musicologues
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J’entendis les poissons fredonner sous les eaux,
Eux qui improvisaient sur des rythmes sauvages ;
Le son se propageait tout au long du rivage,
Amusant les pêcheurs, surprenant les oiseaux.
Cependant les grillons chantaient dans les roseaux,
Faisant même danser les vaches sur l’herbage ;
Un invisible chat miaulait dans le bocage
Et l’aragne du bois dévidait son fuseau.
Sommes-nous en avril, que les poissons délirent ?
Ou peut-on croire qu’ils deviennent poissons-lyres,
Ou poissons d’un poème,ou poissons de roman ?
Peut-être ont-ils reçu des lumières divines,
Personne ne le sait, mais certains le devinent ;
Il leur reste à trouver des auditeurs cléments. [Lien vers ce commentaire] Déposé par Cochonfucius le 8 juillet 2021 à 12h13Poissons du miracle
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Le fils du charpentier, qui marchait sur les eaux,
S’aventurait aussi dans les déserts sauvages ;
Ses apôtres et lui, bien loin de tout rivage,
Au peuple ont expliqué que l’homme est un roseau.
Ils ont vanté le Dieu qui nourrit les oiseaux,
Fait les montagnes croître et verdir les herbages ;
Quand l’humain comme lui sera puissant et sage,
Sans frémir il verra la Parque et son fuseau.
Cinq pains et deux poissons furent les aliments
Offerts à cette foule à l’avarice encline ;
Bien nourris furent-ils, et surabondamment.
Nos frères poissons pris dans cette main divine
En sont reconnaissants, ton âme le le devine ;
Ils ont dit grand merci à ce Sauveur clément. [Lien vers ce commentaire] Déposé par Cochonfucius le 7 novembre 2022 à 11h36Oiseaux transcendants
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Nous chantons les splendeurs de la terre et des eaux,
Nous admirons surtout la nature sauvage ;
Nous pouvons voyager vers de lointains rivages,
Nous célébrons le chêne et vantons le roseau.
Sur Terre, aucun endroit n’a de plus beaux oiseaux,
Nulle part on ne voit de si nobles plumages ;
La sirène se tait face à notre ramage,
Les fileuses de mort délaissent leur fuseau.
Les arbres, contemplant le soleil qui décline,
Méditent sur leur vie et dans le vent s’inclinent ;
Le plus âgé d’entre eux nous parle gentiment.
Ils vivent comme nous la présence divine ;
Quant aux humains, très peu désormais la devinent,
Car leur monde est atteint de désenchantement. [Lien vers ce commentaire]
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