Théophile Gautier

La Comédie de la Mort, 1838


La Caravane


 
La caravane humaine au Sahara du monde,
Par ce chemin des ans qui n’a pas de retour,
S’en va traînant le pied, brûlée aux feux du jour,
Et buvant sur ses bras la sueur qui l’inonde.
 
Le grand lion rugit et la tempête gronde ;
À l’horizon fuyard, ni minaret, ni tour ;
La seule ombre qu’on ait, c’est l’ombre du vautour,
Qui traverse le ciel, cherchant sa proie immonde.
 
L’on avance toujours, et voici que l’on voit
Quelque chose de vert que l’on se montre au doigt :
C’est un bois de cyprès, semé de blanches pierres.
 
Dieu, pour vous reposer, dans le désert du temps,
Comme des oasis, a mis les cimetières :
Couchez-vous et dormez, voyageurs haletants.
 

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 8 mai 2017 à 12h00

Fier lépidoptère
-----------------

Le joyeux papillon est découvreur de mondes,
Il parcourt des circuits, des allers, des retours,
S’en va planant un peu, brûlé aux feux du jour,
Et buvant sur la fleur le nectar qui l’inonde.

Le vent parfois rugit et la tempête gronde ;
À l’horizon se dresse une imposante tour ;
Un volatile vient, l’oiseau semble un vautour
Qui traverse le ciel, ce prédateur immonde.

Mais je vole toujours, et voici que je vois
Un vieux rhapsode errant qui me montre au doigt
Dans un bois de cyprès, semé de blanches pierres.

Il aime herboriser dans le désert du temps,
Il aime contempler les fleurs des cimetières
Et te dire bonjour, papillon voletant.

[Lien vers ce commentaire]

Déposé par Cochonfucius le 8 mai 2017 à 16h11



Milieu du deuxième tercet


"du doigt"

[Lien vers ce commentaire]

Déposé par Cochonfucius le 26 mars 2019 à 12h17

Acrocéros
-----------

Le fier acrocéros est le maître du monde
Car tous ses ennemis sont partis, sans retour ;
Son corps majestueux s’expose aux feux du jour
Ou, pour se rafraîchir, trempe ses pieds dans l’onde.

S’il nous fait un discours, c’est d’une voix qui gronde ;
Mais la plupart du temps, il se tait, dans sa tour
Qui s’approche du ciel où planent les vautours,
Eux qui sont à l’affût des carcasses immondes.

Le démon du désert, chaque fois qu’il le voit,
Le trouve ridicule et le montre du doigt ;
Le bel acrocéros le chasse à coups de pierres.

Il règne, incontesté, sur la friche du temps,
Sur les palais en ruine et sur les cimetières ;
Mais il n’a pas soumis le démon voletant.

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