Rosemonde Gérard

Les Pipeaux, 1889


La Tendresse


 
Miraculeux printemps dont l’automne est si triste,
Le plus beau sentiment, non, ce n’est pas l’amour ;
Pas l’amour faible et fou, l’amour aveugle et sourd,
Fermant autour de lui sa guirlande égoïste.
 
Ce n’est pas le respect aux bagues d’améthyste ;
Ni le rêve, laissant ses longs cheveux flotter ;
Ni l’amitié, qui veut la réciprocité,
Ni l’estime, tenant son implacable liste.
 
Mais Tendresse, c’est toi ! toi, que rien ne ternit.
C’est toi. Tu prends à tous le bouquet de tes charmes ;
L’amour te donne une âme et l’amitié des larmes ;
 
Tu rajeunis l’instant pour qu’il soit infini...
Et, dans cet instant-là, le cœur, à ce point tremble,
Qu’il sait rire et pleurer et mourir tout ensemble !
 

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 5 novembre 2016 à 18h17

L’anneau du lion
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Ténébreux lion servi par trois chevaliers tristes,
Regrettant à loisir ses premières amours ;
Il fut un amant fou, amant aveugle et sourd,
La Fontaine l’a dit, les lions sont égoïstes.

Il n’a jamais voulu d’un anneau d’améthyste,
Mais d’une bague d’or, car ce métal est lourd ;
L’artisan dut le faire en un délai bien court,
Quand un lion veut cela, nul besoin qu’il insiste.

Ainsi, ce bel anneau, qui jamais ne ternit,
De la douceur passée rappelle un peu les charmes ;
L’amour lui donne une âme et le regret, des larmes.

Car le cercle est symbole, aussi, de l’infini,
Et, quand vous entendrez qu’un lion jamais ne tremble,
Vous pourrez objecter : «Quelquefois, il me semble».

[Lien vers ce commentaire]

Déposé par Cochonfucius le 6 août 2017 à 12h12

Un coin de plage
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Les nuages sont lourds,mais ils ne sont pas tristes ;
Ils survolent la plage avec tout leur amour,
Mais ne leur dites rien, les nuages sont sourds,
Ils sont un peu distants, mais ne sont pas autistes.

Ils arborent parfois des reflets d’améthyste,
Quand les envoie ici l’océan par temps lourd ;
Faudra quitter la plage en un délai bien court,
Si Neptune à verser des trombes d’eau insiste.

Le sable sous nos pieds, qui jamais ne ternit,
Des jardins d’autrefois rappelle un peu les charmes ;
Le ciel lui donne une âme et le gros temps, des larmes.

Car le sable est symbole, aussi, de l’infini,
Et, quand vous observez une vague qui tremble,
Le sable vous dira : «Dieu s’amuse, il me semble».

[Lien vers ce commentaire]

Déposé par Cochonfucius le 24 septembre 2020 à 12h39

Un ambicerf en quête d’infini
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L’ambicerf court en poursuivant son âme,
Il suit sa voie vers le soleil levant ;
Lui qui s’enivre en écoutant le vent,
Il court toujours, son coeur n’est qu’une flamme.

Puis il s’arrête, et noblement il brame,
Ou bien se tait, méditant et rêvant ;
C’est un sportif, ce n’est pas un savant,
D’aucune intrigue il ne connaît la trame.

Il sera seul, comme il l’a toujours su,
Mais il l’accepte, il n’en est pas déçu,
Il ne craint point le trépas implacable.

Dieu bénira don effort persistant,
Aucun danger que la vie ne l’accable ;
Il le sait bien, mais il tremble, pourtant.

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Déposé par Cochonfucius le 25 septembre 2020 à 09h50

Voir aussi

https://paysdepoesie.wordpress.com/2017/08/06/un-coin-de-plage/

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Déposé par Cochonfucius le 25 août 2022 à 09h38

Sur la mer
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Un marin réconforte une sirène triste,
Sourires échangés, platoniques amours ;
C’est un petit bonheur qui dure un temps très court,
L’ondine se console avec un apnéiste.

Le capitaine croit que Neptune l’assiste,
Mais les dieux bien souvent à nos désirs sont sourds ;
Des récifs sont placés tout au long du parcours,
Des pièges que la nef rencontre à l’improviste.

En partant de son port le vaisseau fut béni
Par quelques mots latins d’un sage moine carme ;
Un démon fut vaincu dans ce combat sans armes.

Or, tant que leur labeur ne sera pas fini,
Les matelots craindront pour cette nef qui tremble,
Mais vivront cette peur dignement, dans l’ensemble.

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Déposé par Cochonfucius le 19 août 2025 à 12h13


Lion solipsiste
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Moi qui ne suis ni gai ni triste,
Je ne parlerai point d’amour ;
Je suis aveugle, je suis sourd
Et je n’ai rien d’un humoriste.

Ici, je suis le seul touriste
Et mon bagage n’est pas lourd ;
Je marche et jamais je ne cours,
Sur ce point, je suis rigoriste.

L’astre qui jamais ne ternit
À moi seul dispense charmes ;
J’en suis presque ému jusqu’aux larmes.

Je suis le zéro, l’infini
Et, le nombre qui bon me semble ;
Je suis l’ensemble des ensembles.

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