René Ghil

Légendes d’âmes et de sangs, 1885


Les Yeux de l’aïeule


 
Vie, et ride des eaux, depuis que hors l’amère
Navrure de ses Yeux son âme ne sourd plus,
De ses Yeux inlassés la Vieille aux os de pierre
Morne et roide regarde : et sa voix de prière
Très aigre, égrène au soir les avés des élus.
 
À mesure qu’elle a, — spleen des angles rigides —
Sur elle plus uni ses deux mains aux longs os,
Sans pardon, hors du gel de ses deux Yeux algides
Tout a passé, par peur de leurs grands miroirs vides, —
Hivers haut enlunés de lune sur les eaux !.....
 
Ayant salon, les soirs, — rire et Thé dans la veille
Tiédie, et, plumes, quand il neige dans les gels, —
Aux Yeux de Tous l’adore, et, sur sa Tempe vieille
Onde un peu ses poils gris, la molle Non-pareille
Qui Mère-grand l’appelle, et plus doux que les miels :
 
Mais haut assise, et roide, elle n’ouït pas, et, noire
Sans une lueur d’or, ou, ris de mère-grand,
Un remugle de rose, ainsi qu’une mémoire
Très vieille, elle pourpense : et de ses Yeux sans gloire
Gèle en les Yeux pleins d’heur lys ou rose d’amant.
 
Vont alors une gêne et des peurs : et l’Aïeule
Tranquille, sphinx amer aux deux grands Yeux mauvais,
Sous la lumière règne, et non lasse et non veule :
L’Aïeule qui les voit, et qui prie, âpre et seule, —
Tout un murmure dur de lèvres et d’avès !....
 
Si, roide ainsi, sur Tous elle n’ouvre pas, — lunes
Roides, — ses Yeux ! rêve a-t-elle que, leurs amours,
Des mépris d’elle vont, et des rires, des Unes
Aux Uns, pour sa vieillesse : et, pâleurs des lagunes
Où des roseaux, elle ouvre ainsi ses deux Yeux gourds...
 
Mais du dormir, adieux ! quand l’heure sonne — veille
Tiédie ! — après avoir suivi le dernier dos,
Vont, lors, dans les sommeils, les Yeux : et, lors, merveille
Haut, parle en elle-même, en le gel d’air et d’eaux,
La neige seule et pâle, à des plumes pareille.....
 
Dans le suaire des draps, en le noir où respire
Des ruines la girie et vont de vieux ahans,
L’Aïeule mal sommeille : et, sans lampe, — sourire,
Ô rides ! doux sur vous, — le Noir vivant empire,
Marée ample des mers sous la pluie en suspens.
 
Oh ! dormez sans soupirs, et que, doux, vous rerie
Un vieux rêve, ô Vieillie et Passée ! et, — la, do,
Sol, do, do, — de Tonka, glauque odeur de prairie,
De géranium, d’orange, et de roses où prie
La langueur des Yasmins, — qu’une Odeur plane haut
 
Sur vos Yeux soleilleux d’un soleil doux et monde !.....
Mais un rien — sur les eaux ride d’air large — sur
Tout elle a long passé, pareil aux lueurs d’onde
Molles à mourir : et, des reins, haut a du monde
Des grands sommeils surgi l’Aïeule au regard dur.
 
Mais, sur elle a passé, tout le long, large et grêle,
De ses vieux os, un rien, ride d’air sur les eaux
Tranquilles : et, l’Aïeule ayant l’idée en elle,
Tressaille et ne voit qui de sa vieille mamelle
Haut de même a pu rire, et de ses pauvres os !...
 

Commentaire (s)
Votre commentaire :
Nom : *
eMail : * *
Site Web :
Commentaire * :
pèRE des miséRablEs : *
* Information requise.   * Cette adresse ne sera pas publiée.
 


Mon florilège

(Tоuriste)

(Les textes et les auteurs que vous aurez notés apparaîtront dans cette zone.)

Compte lecteur

Se connecter

Créer un compte

Agora

Évаluations récеntes
☆ ☆ ☆ ☆ ☆

Rаоul Ρоnсhоn

Hugо : Lа Vасhе

Μаrоt : «Un grоs priеur sоn pеtit-fils bаisаit...»

Μаrоt : Dеs nоnnеs, qui sоrtirеnt du соuvеnt pоur аllеr sе réсréеr

Μаrоt : Βаllаdе dе frèrе Lubin

Τоulеt : «Соmmе lеs diеuх gаvаnt lеur pаnsе...»

Βаrbеу d’Αurеvillу : À Vаlоgnеs

Viviеn : «Ô fоrmе quе lеs mаins...»

Τоulеt : Sur lа Hаltе dе сhаssе dе Vаn Lоо.

Μаrоt : Dе sоi-mêmе

☆ ☆ ☆ ☆

Sаiх : «Соmmе еn lа flеur dеsсеnd dоuсе rоséе...»

Αсkеrmаnn : Lе Сri

Vеrlаinе : Εх imо

*** : «Μа bеrgèrе Νоn légèrе...»

Rоllinаt : À l’inассеssiblе

Ρоpеlin : Lеs Сеrisеs

Сrоs : Vеrtigе

Cоmmеntaires récеnts

De Сосhоnfuсius sur Αndrоmèdе аu mоnstrе (Hеrеdiа)

De Сurаrе- sur «Jе vоguе sur lа mеr, оù mоn âmе сrаintivе...» (Gоmbаud)

De Jаdis sur Lа Ρаssаntе (Νеlligаn)

De Сurаrе- sur Lе Vœu (Hеrеdiа)

De Jаdis sur «Ρоurquоi pоur mоn mаlhеur еus-је l’œil si légеr ?...» (Durаnd)

De Сосhоnfuсius sur «Fоrtunе еnfin pitеusе à mоn tоurmеnt...» (Τуаrd)

De Jаdis sur Répоnsе (Сrоs)

De Сосhоnfuсius sur «Lеntеmеnt, dоuсеmеnt, dе pеur qu’еllе sе brisе...» (Sаmаin)

De hiаtus sur Ρоur lе Vаissеаu dе Virgilе (Hеrеdiа)

De Сurаrе- sur Sоnnеt à Sir Βоb (Соrbièrе)

De Ιхеu.е sur À l’inассеssiblе (Rоllinаt)

De Vinсеnt sur Un Ρеintrе (Hеrеdiа)

De Lе Gаrdеur d’Οiеs sur Ρоssеssiоn Frаnçаisе (Lеvеу)

De Frаnсisсо sur Dаns l’аubеrgе fumеusе... (Jаmmеs)

De Vinсеnt sur Lа Τоur dе Νеslе (Βеrtrаnd)

De Сhristiаn sur Lézаrd (Βruаnt)

De Dаmе Sаlаmаndrе sur «J’аi pоur mаîtrеssе unе étrаngе Gоrgоnе...» (Rоnsаrd)

De Jеаn-Ρаul ΙΙΙ sur «Εllе аimаit сеuх dоnt lе gоussеt...» (Ρеllеrin)

De јеаn-pаul sur «J’еntrаis сhеz lе mаrсhаnd dе mеublеs, еt là, tristе...» (Νоuvеаu)

De Βirgittе sur Sоnnеt à mоn аmi R... (Αrvеrs)

De Vinсеnt sur Τrаnquillus (Hеrеdiа)

Plus de commentaires...

Flux RSS...

Ce site

Présеntаtion

Acсuеil

À prоpos

Cоntact

Signaler une errеur

Un pеtit mоt ?

Sоutien

Fаirе un dоn

Librairiе pоétique en lignе