Albert Glatigny

Le Jour de l’an d’un vagabond


L’Infâme Glatigny


 

Complainte


 
Le premier jour de l’année
Mil huit cent soixante-neuf,
Un être en habit pas neuf
Marcha toute la journée.
Cet individu chétif
Est d’un aspect fugitif.
 
Il a des jambes indues,
Très-longues également.
Son front dans le firmament
Arrête le vol des nues.
Pour se donner un maintien
Il promene un petit chien.
 
Marche, scélérat infâme !
Tout à l’heure le hameau
Fameux de Bocognano
Y verra clair dans ton âme.
Le maréchal des logis
Veille au bas de la Foggi.
 
Portant l’audace à son comble,
Cet individu honteux
Frappe à l’auberge, et chez eux
A demandé qu’on le comble
De nourriture en payant.
Ce monstre est bien effrayant !
 
Voyant de quel front il s’arme
Et qu’il marche vers le Sud,
Vite on a reconnu Jud ;
Ainsi le veut le gendarme,
Qui, étant un brigadier,
De ce gueux est familier.
 
Bien qu’il soit chargé de crimes,
On lui dit : Venez danser,
Boire, manger et causer.
Mais ça n’était qu’une frime
Pour piger ce criminel
Qui n’était pas naturel.
 
La brigade tout entière
Demande son passeport.
Il n’en avait pas. Alors
C’était un trait de lumière.
On le met dans un cachot,
Vu qu’il ne faisait pas chaud.
 
Puis il est couvert de chaînes,
Ainsi que dans l’Œil Crevé
(Moins la musique d’Hervé),
Sans être au bout de ses peines,
Il dort sur le lit de camp
Pour son premier jour de l’an.
 
Le lendemain, la brigade
Se frottait partout les mains,
Et criait par les chemins :
L’homme et le chien, camarade,
Ensemble étant verrouillés,
Nous serons tous médaillés.
 
On le mène chez le juge
Suppléant qui, tout d’abord,
Démontre qu’il est très-fort ;
Car à tout, dans ce grabuge,
Il répond éloquemment
Ce mot : Effectivement !
 
Après l’instruction faite,
Le maréchal des logis
Dit : Pour charmer le pays
On va lui couper la tête,
Car s’il n’est galérien,
C’est un Tacadémicien.
 
Le coupable, tête basse,
Demandait à voir des gens.
Ces propos désobligeants
Empêchaient qu’on lui fît grâce.
Puisqu’il était arrêté,
C’était pour être embêté.
 
Après quatre jours d’alarmes,
On le sort de son cachot.
Il vient dans Ajaccio,
Entouré de deux gendarmes ;
Sa petite chienne aussi,
Dont le cœur est endurci.
 
Ce rebut de la nature
S’en va chez le procureur,
Qui lui fait avec horreur
Aussitôt sa procédure.
Comme il l’avait mérité,
Il est mis en liberté.
 
 
 

Moralité.


 
Chrétiens, ceci nous enseigne
Qu’il ne faut aucunement
Voyager le Jour de l’an,
Et que lorsque l’on dédaigne
D’acheter un passeport
On est toujours dans son tort.
 

Commentaire (s)
Votre commentaire :
Nom : *
eMail : * *
Site Web :
Commentaire * :
pèRE des miséRablEs : *
* Information requise.   * Cette adresse ne sera pas publiée.
 


Mon florilège

(Tоuriste)

(Les textes et les auteurs que vous aurez notés apparaîtront dans cette zone.)

Compte lecteur

Se connecter

Créer un compte

Agora

Évаluations récеntes
☆ ☆ ☆ ☆ ☆

Rimbаud : «Qu’еst-се pоur nоus, mоn сœur...»

Ρоnсhоn : Lе Gigоt

Τоulеt : «Étrаngеr, је sеns bоn...»

Riсhеpin : Сhаnsоn dеs сlосhеs dе bаptêmеs

Régniеr : Lа Lunе јаunе

Rаmuz : Lе Viеuх Jеаn-Lоuis

Βаudеlаirе : Саusеriе

Βruаnt : À Μоntpеrnаssе

Rimbаud : Βаrbаrе

Rоnsаrd

☆ ☆ ☆ ☆

Gоudеаu : Lа Rоndе du rеmоrds

Viоn Dаlibrау : «Quеl еmbаrrаs à сеttе pоrtе !...»

Βrissаrt : Lа Dаmе а un аmi

Μоntеsquiоu :

Αpоllinаirе : Αnniе

Ρrоust : «Αfin dе mе соuvrir dе fоurrurе еt dе mоirе...»

Rоstаnd : Ρаstоrаlе dеs сосhоns rоsеs

Lоuvigné du Dézеrt : «Guillоt, tiеn сеstе сhеsvrе à lа соrnе dоréе...»

Vеrlаinе : Αrt pоétiquе

Εlskаmp : Μаis соmmе еn imаgе à présеnt

Cоmmеntaires récеnts

De Jаdis sur «Μоn âmе а sоn sесrеt, mа viе а sоn mуstèrе...» (Αrvеrs)

De Сосhоnfuсius sur «Sоufflе dаns mоi...» (Grévin)

De Jаdis sur L’Hоspitаlité (Fаbrе d'Églаntinе)

De Сосhоnfuсius sur «Се јоurd’hui, du sоlеil lа сhаlеur аltéréе...» (Lа Βоétiе)

De Vinсеnt sur «Соmmе un соrps féminin...» (Ρаpillоn dе Lаsphrisе)

De Jаdis sur «Μаdаmе је vоus dоnnе...» (Βеnsеrаdе)

De Сосhоnfuсius sur «Jе vоudrаis biеn riсhеmеnt јаunissаnt...» (Rоnsаrd)

De Élеvеur sur Sоnnеt : «Ιl у а dеs mоmеnts оù lеs fеmmеs sоnt flеurs...» (Сrоs)

De Quеlсаin sur «Dаphné sе vit еn lаuriеr соnvеrtiе...» (Sсаliоn dе Virblunеаu)

De Сurаrе- sur Végétаl (Jаrrу)

De Ρlutоrquе sur «J’еntrаis сhеz lе mаrсhаnd dе mеublеs, еt là, tristе...» (Νоuvеаu)

De Εsprit dе сеllе sur «Τоn оrguеil pеut durеr аu plus dеuх оu trоis аns...» (Viаu)

De Сurаrе- sur Sоlitudе (Μilоsz)

De Τh. dе Viаu sur Lеs trоis hуmnеs primitifs (Sеgаlеn)

De Сосhоnnе Furius sur Sоnnеt : «J’аi pеur dе lа fеmmе qui dоrt...» (Сrоs)

De Сurаrе- sur «Νi lа furеur dе lа flаmmе еnrаgéе...» (Du Βеllау)

De Αrсhivistе sur Βаllаdе dе l’аrbrе d’аmоur (Сhаrtiеr)

De Duguinе sur Αmstеrdаm (Jаmmеs)

De Gаrdiеn dеs саnаrds sur Μа dаnsе (Сеndrаrs)

De Суоrаnе- sur «Ρаr l’аmplе mеr, lоin dеs pоrts еt аrènеs» (Sаint-Gеlаis)

De Τhundеrbird sur Lе Ρоètе соntumасе (Соrbièrе)

Plus de commentaires...

Flux RSS...

Ce site

Présеntаtion

Acсuеil

À prоpos

Cоntact

Signaler une errеur

Un pеtit mоt ?

Sоutien

Fаirе un dоn

Librairiе pоétique en lignе