Heredia

Les Trophées, 1893



 
Et la foule grandit plus innombrable encor.
Et le sombre hypogée où s’alignent les couches
Est vide. Du milieu déserté des cartouches,
Les éperviers sacrés ont repris leur essor.
 
Bêtes, peuples et rois, ils vont. L’uræus d’or
S’enroule, étincelant, autour des fronts farouches ;
Mais le bitume épais scelle les maigres bouches.
En tête, les grands dieux : Hor, Khnoum, Ptah, Neith, Hathor.
 
Puis tous ceux que conduit Toth Ibiocéphale,
Vêtus de la schenti, coiffés du pschent, ornés
Du lotus bleu. La pompe errante et triomphale
 
Ondule dans l’horreur des temples ruinés,
Et la lune, éclatant au pavé froid des salles,
Prolonge étrangement des ombres colossales.
 

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 4 novembre 2015 à 11h54

Trois grandes charrues de bois
------------------------------------

La première charrue facilite l’effort ;
Tous les sols, sous son soc, deviennent tendre couche
Aspirant à nourrir nos innombrables bouches,
La première charrue prend vite son essor.

La deuxième charrue cultive le blé d’or.
Elle peut éloigner les prédateurs farouches,
Dissuadant aussi les ravageurs très louches ;
La deuxième charrue est d’un aimable abord.

La troisième charrue s’avance, triomphale ;
Il la fait avancer, le cheval Bucéphale,
Attelé par des liens et des rubans ornés.

Entretenons-les bien, ces charrues colossales,
Rangeons les pour l’hiver dans la plus belle salle :
Elles qui vont, demain, richesses amener.

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Déposé par Christian le 4 novembre 2015 à 12h18

Puis avec ces charrues
Les labourer les rues
Et l’erreur ne commettre
D’avant les boeufs les mettre.

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Déposé par Cochonfucius le 11 juillet 2018 à 12h32

Portier du cimetière
-----------------

Lui qui peut déplacer un cercueil sans effort,
Faisant croire au défunt qu’il gît sur molle couche,
Ce sont de bons conseils qui sortent de sa bouche,
Il aide une âme morte à prendre son essor.

L’occupant du caveau n’a pas de pièces d’or,
Donc il ne craint plus rien des créanciers farouches ;
S’il rencontre parfois quelques démons très louches,
Les vestales de nuit sont d’un aimable abord.

L’âme est sans illusions, et n’est pas triomphale ;
Le vieux cheval sait bien qu’il n’est pas Bucéphale,
Ne tirant nul orgueil d’un sarcophage orné.

Fosse sans envergure ou tombe colossale,
C’est comme si les morts, tous dans la même salle,
Attendaient le wagon qui doit les emmener.

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