Heredia

Les Trophées, 1893


Fuite de Centaures


 
Ils fuient, ivres de meurtre et de rébellion,
Vers le mont escarpé qui garde leur retraite ;
La peur les précipite, ils sentent la mort prête
Et flairent dans la nuit une odeur de lion.
 
Ils franchissent, foulant l’hydre et le stellion,
Ravins, torrents, halliers, sans que rien les arrête ;
Et déjà, sur le ciel, se dresse au loin la crête
De l’Ossa, de l’Olympe ou du noir Pélion.
 
Parfois, l’un des fuyards de la farouche harde
Se cabre brusquement, se retourne, regarde,
Et rejoint d’un seul bond le fraternel bétail ;
 
Car il a vu la lune éblouissante et pleine
Allonger derrière eux, suprême épouvantail,
La gigantesque horreur de l’ombre Herculéenne.
 

Commentaire(s)
Déposé par Cochonfucius le 21 novembre 2012 à 14h44

J’ai rêvé que j’étais un monstre fier et lourd,
Un étrange animal, peut-être un minotaure,
Ou, dans une forêt, un perplexe centaure
Qui ne sait pour laquelle il se gonfle d’amour,

Ariane ou sa jument. Je suivais un parcours
Semblable au Labyrinthe, et même pire encore,
J’avais soif, à vider les plus vastes amphores,
Mais je n’en avais point. J’avais le souffle court

Et je cherchais en vain à rejoindre ma harde
Qui s’enfuyait au loin, apeurée par un barde
Dont les accents, toujours, dispersaient le bétail.

Soudain, à la sortie du piège inextricable,
Se dresse devant moi le barde-épouvantail :
Tous deux, nous éclatons d’un rire inexplicable.

[Lien vers ce commentaire]

Déposé par Cochonfucius le 10 mai 2017 à 13h49

Cératoptère
------------

Il plane au ras du sol, ce monstre fier et lourd,
Un étrange animal, cousin du minotaure,
Un diable inoffensif, beau-frère du centaure
Qui chante, en souvenir de ses folles amours.

Les fleurs du mois de mai s’ouvrent sur son parcours
Qu’il commente en latin, et même pire encore ;
Diogène en le voyant surgit de son amphore
Pour adresser au monstre un amical bonjour.

Son vol est régulier, car rien ne le retarde,
Il va vers son palais dont les murs se lézardent ;
Ses ailes dans le vent sont un vaste éventail.

La ronce en ses jardins devient inextricable,
Car les seuls jardiniers sont des épouvantails ;
Mais le parc resplendit d’un charme inexplicable.

[Lien vers ce commentaire]

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