Heredia

Les Trophées, 1893


La Revanche de Diego Laynez


 
Ce soir, seul au haut bout, car il n’a pas d’égaux,
Diego Laynez, plus pâle aux lueurs de la cire,
S’est assis pour souper avec ses hidalgos.
 
Ses fils, ses trois aînés, sont là ; mais le vieux sire
En son cœur angoissé songe au plus jeune. Hélas !
Il n’est point revenu. Le Comte a dû l’occire.
 
Le vin rit dans l’argent des brocs ; le coutelas
Dégainé, l’écuyer, ayant troussé sa manche,
Laisse échauffer le vin et refroidir les plats.
 
Car le maître et seigneur n’a pas dit : Que l’on tranche !
Depuis que dans sa chaise il est venu s’asseoir,
Deux longs ruisseaux de pleurs mouillent sa barbe blanche.
 
Et le grave écuyer se tient près du dressoir,
Devant la table vide et la foule béante,
Et nul, fils ou vassal, ne soupera ce soir.
 
Comme pour ne pas voir le spectre qui le hante,
Laynez ferme les yeux et baisse encor le front ;
Mais il voit son fils mort et sa honte vivante.
 
Il a perdu l’honneur, il a gardé l’affront ;
Et ses aïeux, de race irréprochable et forte,
Au jour du Jugement le lui reprocheront.
 
L’outrage l’accompagne et le mépris l’escorte.
De tout l’orgueil antique il ne lui reste rien.
Hélas ! hélas ! Son fils est mort, sa gloire est morte !
 
— Seigneur, ouvre les yeux. C’est moi. Regarde bien.
Cette table sans viande a trop piètre figure ;
Aujourd’hui j’ai chassé sans valet et sans chien ;
 
J’ai forcé ce ragot ; je t’en offre la hure ! —
Ruy dit, et tend le chef livide et hérissé
Qu’il tient empoigné par l’horrible chevelure.
 
Diego Laynez d’un bond sur ses pieds s’est dressé :
— Est-ce toi, Comte infâme ? Est-ce toi, tête exsangue,
Avec ce rire fixe et cet œil convulsé ?
 
Oui, c’est bien toi ! Tes dents mordent encor ta langue ;
Pour la dernière fois l’insolente a raillé,
Et le glaive a tranché le fil de sa harangue !
 
Sous le col d’un seul coup par Tizona taillé,
D’épais et noirs caillots pendent à chaque fibre ;
Le Vieux frotte sa joue avec le sang caillé.
 
D’une voix éclatante et dont la salle vibre,
Il s’écrie : — Ô Rodrigue, ô mon fils, cher vainqueur,
L’affront me fit esclave et ton bras me fait libre !
 
Et toi, visage affreux qui réjouis mon cœur,
Ma main va donc, au gré de ma haine indomptable,
Satisfaire sur toi ma gloire et ma rancœur ! —
 
Et souffletant alors la tête épouvantable :
— Vous avez vu, vous tous, il m’a rendu raison !
Ruy, sieds-toi sur mon siège au haut bout de la table.
 
Car qui porte un tel chef est Chef de ma maison. —
 

Commentaire (s)
Votre commentaire :
Nom : *
eMail : * *
Site Web :
Commentaire * :
pèRE des miséRablEs : *
* Information requise.   * Cette adresse ne sera pas publiée.
 


Mon florilège

(Tоuriste)

(Les textes et les auteurs que vous aurez notés apparaîtront dans cette zone.)

Compte lecteur

Se connecter

Créer un compte

Agora

Évаluations récеntes
☆ ☆ ☆ ☆ ☆

Fоurеst : Un hоmmе

Αutrаn : Εugéniе dе Guérin

Sаint-Ρоl-Rоuх : Lа Саrаfе d’еаu purе

Μilоsz : Sуmphоniе dе nоvеmbrе

Jаmmеs : Guаdаlupе dе Αlсаrаz

Νеrvаl : Vеrs dоrés

Hugо : Sаisоn dеs sеmаillеs — Lе Sоir

Βirаguе : «Un pоil blоnd еnlасé dе pеrlеs à l’еntоur...»

Μilоsz : Sуmphоniе dе nоvеmbrе

Fоrt : Lе Dit du pаuvrе viеuх

☆ ☆ ☆ ☆

Sаint-Ρаvin : À un sоt аbbé dе quаlité

Rоnsаrd : «Μignоnnе, lеvеz-vоus, vоus êtеs pаrеssеusе...»

Lа Villе dе Μirmоnt : «Jе suis né dаns un pоrt еt dеpuis mоn еnfаnсе...»

Μаrоt : À Αntоinе : «Si tu еs pаuvrе...»

Fоurеst : Jаrdins d’аutоmnе

Jаmmеs : Αvес tоn pаrаpluiе

Саrсо : Ιntériеur : «Dеs vоуоus étеints pаr lа nосе...»

Rоnsаrd : «Jе vоуаis, mе соuсhаnt, s’étеindrе unе сhаndеllе...»

Βаïf : «Rоssignоl аmоurеuх, qui dаns сеttе rаméе...»

Μilоsz : «Ô nuit, ô mêmе nuit mаlgré tаnt dе јоurs mоrts...»

Cоmmеntaires récеnts

De Сосhоnfuсius sur Un début (Αutrаn)

De Сосhоnfuсius sur Un hоmmе (Fоurеst)

De Сосhоnfuсius sur À un sоt аbbé dе quаlité (Sаint-Ρаvin)

De Ιsis Μusе sur Lа grоssе dаmе сhаntе... (Ρеllеrin)

De Сurаrе- sur «Si ј’étаis dаns un bоis pоursuivi d’un liоn...» (Viаu)

De Dаmе dе flаmmе sur Сhаnsоn dе lа mélаnсоliе (Fоrt)

De Сurаrе- sur «Соmtе, qui nе fis оnс соmptе dе lа grаndеur...» (Du Βеllау)

De Сurаrе- sur «Jе vоуаis, mе соuсhаnt, s’étеindrе unе сhаndеllе...» (Rоnsаrd)

De Jаdis sur «Lе brоuillаrd indоlеnt dе l’аutоmnе еst épаrs.....» (Rоdеnbасh)

De Μiсhеl sur L’Hоrlоgе : «Lеs Сhinоis vоiеnt l’hеurе dаns l’œil dеs сhаts...» (Βаudеlаirе)

De Xi’аn sur Lе Μаuvаis Μоinе (Βаudеlаirе)

De Xi’Αn sur Εn Αrlеs. (Τоulеt)

De Rоgеr СΟURΤΟΙS sur Villе dе Frаnсе (Régniеr)

De Vinсеnt sur «Jе vоudrаis, si mа viе étаit еnсоrе à fаirе...» (Vеrlаinе)

De Jаdis sur Lа Fоliе (Rоllinаt)

De Jаnus- sur «Сеrtаin аbbé sе mаnuélisаit...» (Rоussеаu)

De Jаdis sur «Vоtrе têtе rеssеmblе аu mаrmоusеt d’un sistrе...» (Sigоgnе)

De Сосhоnfuсius sur «Се rusé Саlаbrаis tоut viсе, quеl qu’il sоit...» (Du Βеllау)

De Ρаsquеlin sur «Τu gаrdеs dаns tеs уеuх lа vоlupté dеs nuits...» (Viviеn)

De Сhristiаn sur «Ô Ρèrе dоnt јаdis lеs mаins industriеusеs...» (Lа Сеppèdе)

De Ιо Kаnааn sur «Соmmе lе mаriniеr, quе lе сruеl оrаgе...» (Du Βеllау)

Plus de commentaires...

Flux RSS...

Ce site

Présеntаtion

Acсuеil

À prоpos

Cоntact

Signaler une errеur

Un pеtit mоt ?

Sоutien

Fаirе un dоn

Librairiе pоétique en lignе