Heredia

Les Trophées, 1893


Pour le Vaisseau de Virgile


 
Que vos astres plus clairs gardent mieux du danger,
Dioscures brillants, divins frères d’Hélène,
Le poète latin qui veut, au ciel hellène,
Voir les Cyclades d’or de l’azur émerger.
 
Que des souffles de l’air, de tous le plus léger,
Que le doux lapyx, redoublant son haleine,
D’une brise embaumée enfle la voile pleine
Et pousse le navire au rivage étranger.
 
À travers l’Archipel où le dauphin se joue,
Guidez heureusement le chanteur de Mantoue ;
Prêtez-lui, fils du Cygne, un fraternel rayon.
 
La moitié de mon âme est dans la nef fragile
Qui, sur la mer sacrée où chantait Arion,
Vers la terre des Dieux porte le grand Virgile.
 

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 26 janvier 2015 à 14h28

Sagesse du dragon
-----------------------

Du ciel ou de la terre, il ne craint nul danger,
Le dragon polychrome aux allures sereines ;
Cependant, les sept mers abritent des sirènes
Dont il redoute un peu les hymnes étrangers.

Si le son de leurs voix brisait son vol léger,
Il flotterait dans l’onde, ainsi qu’une baleine,
Sans pouvoir regagner le nuage ou la plaine ;
À ce sort effrayant, son coeur n’ose songer.

La sirène, dit-on, de sa crainte se joue ;
Elle compose un chant qui exalte et qui loue
La sage retenue du dragon, pourtant preux.

Son cousin le dauphin, cet interprète agile,
Traduisit la chanson en langue de Virgile.
Le dragon nous a dit : « Pour moi, c’est de l’hébreu ».

[Lien vers ce commentaire]

Déposé par Cochonfucius le 7 juin 2017 à 14h02

Le Seigneur de Tralfamadore
--------------------------------------

Il visite la Terre, ignorant ses dangers,
Nous pouvons contempler sa démarche sereine ;
Il est spécialement admiré des sirènes
Qui jamais n’avaient vu un pareil étranger.

Dans la steppe il avance à petits pas légers,
Il longe un estuaire où chantent les baleines ;
Mais que préfère-t-il, la montagne ou la plaine ?
Il ne veut pas répondre, il n’y a pas songé.

La police voudrait savoir quel rôle il joue ;
Elle fouille en détail l’appartement qu’il loue
Et ne trouve nulle arme, elle fait buisson creux.

Il n’est point conquérant, ce grand seigneur fragile,
Il lit, chaque matin, des livres de de Virgile,
Et dans l’après-midi, un grimoire en hébreu.

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Déposé par Cochonfucius le 7 juin 2017 à 14h43

Avant-dernier vers :

livres de Virgile

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Déposé par Jadis le 12 août 2019 à 19h22

Les Argonautes
---------------------

Lourdement balancés dans leur nacelle obscure,
Ils regardent la proue haletante plonger ;
Ayant, naguère, pour se garder du danger,
Dédié trente-trois drachmes aux Dioscures.

Mais la mer alchimiste aux chemins de mercure
Distille en bougonnant ses bouillons mensongers ;
Leur étrave divise un abîme étranger  :
Nul mortel ne les voit, et nul Dieu n’en a cure.

Dans le fracas des flots que fouaillent les brisants
Et des vents miauleurs, eux seuls vont se taisant,
De leur fragile esquif anxieux équipage ;

Tandis qu’au flanc jaloux de l’Océan jaguar,
Une dure lueur fulgure et se propage
Comme un spasme rageur sur un pelage noir.

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Déposé par Snowman le 28 janvier 2020 à 21h43

Au sixième vers de Heredia

« Que le doux Iapyx, redoublant son haleine »

c’est  «i-a-pyx» avec un i majuscule,
pas un L minuscule.

[Lien vers ce commentaire]

Déposé par hiatus le 29 janvier 2020 à 09h54

L’iapix, l’azuly :
Que les mots font joli
Que peu souvent l’on lit...

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