Claude Hopil

Les Divins Élancements d’Amour, 1629


Cantique


 
Ayant dedans le Ciel le cœur tout élevé
Et les yeux et les mains avec un grand prophète,
Qui vers le Saint des Saints levant son âme abstraite,
Dans les nuits de l’amour son Seigneur a trouvé,
De l’époux glorieux ne pouvant voir la face
              En secret je l’embrasse.
 
Dans ce divin baiser qui me brûle en ses feux,
Je ressens plus d’amour que non pas de lumière,
Mon esprit est rendu moins savant qu’amoureux,
Voyant en son midi cette essence première :
Il vaut mieux ignorer cette cause des causes
              Et goûter toutes choses.
 
Goûtez, dit le prophète, et voyez que l’époux
Est doux au cœur amant ayant expérience
De ses suavités, voyez qu’à la science
Il préfère l’amour qui donne les vrais goûts ;
Sans doute il savait bien qu’amour est le grand maître
              Qui seul fait Dieu connaître.
 
L’amour accroît la foi, va perfectionnant
En l’âme les vertus, la nourrit comme mère,
Il lui montre l’Esprit et le fils et le Père
En l’Orient du cœur à midi rayonnant,
L’âme amante de Dieu de visions très claires
              Voit les divins mystères.
 
En voici la raison, c’est que l’esprit uni
Par amour avec Dieu voit en lui toutes choses,
Mêmes il entrevoit en la cause des causes
              Un objet infini.
Qui ? Je ne sais que c’est, car cette unité belle
              Au rien ne se révèle.
 
Si saint Jean m’avait dit que Dieu n’est rien qu’amour,
Amour, cette unité je n’oserais pas dire,
Si dans le nom d’amour la Trinité j’admire,
Je parle en courtisan de la céleste cour,
Les anges l’adorant en son palais suprême,
              L’appellent l’amour même.
 
Je crois que dans le Ciel au trône de l’agneau
Ce doux nom de l’amour incessamment résonne,
Que l’ange le redit, que la vierge l’entonne,
Et crois que c’est aussi ce cantique nouveau
Que les vierges (suivant leur époux magnifique)
              Chantent d’âme extatique.
 
Par amour tout fut fait, et la nuit et le jour,
Les anges et les cieux et la terre féconde,
Et par amour sera renouvelé ce monde,
Je dis par ce doux feu qui n’est qu’un pur amour,
Je veux chanter aussi dans mon excès suprême
              Que l’amour est Dieu même.
 
On dit que Dieu créa l’âme semblable à soi,
Mais si Dieu n’est qu’amour, je veux n’être autre chose
Afin de ressembler à ma parfaite cause,
Sus, enflammez mon cœur, mon seigneur et mon roi,
Transformez mon esprit en vous (mon exemplaire)
              Par l’amoureux mystère.
 
Je ne suis rien que glace, et tous les séraphins
Sans votre saint Esprit ne seraient rien que glace
Influez un rayon de votre ardente face
Pour embraser mon âme avec vos feux divins,
Faites un séraphin d’amour, non de nature,
              Par votre grâce pure.
 
Hélas ! je meurs d’amour ! je ressens dans mon cœur
Un trait à trois rayons qui doucement me tue,
Je le sens sans le voir, qu’ai-je affaire de vue ?
Je bénis cet archer, sa flèche et ma langueur :
Seigneur, je veux mourir pour votre unité sainte
              D’amour et non de crainte.
 

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