Hugo

Les Rayons et les Ombres, 1840


À une jeune femme


 
Voyez-vous, un parfum éveille la pensée.
Repliez, belle enfant par l’aube caressée,
Cet éventail ailé, pourpre, or et vermillon,
Qui tremble dans vos mains comme un grand papillon,
Et puis écoutez-moi. – Dieu fait l’odeur des roses
Comme il fait un abîme, avec autant de choses.
Celui-ci, qui se meurt sur votre sein charmant,
N’aurait pas ce parfum qui monte doucement
Comme un encens divin vers votre beauté pure,
Si sa tige, parmi l’eau, l’air et la verdure,
Dans la création prenant sa part de tout,
N’avait profondément plongé par quelque bout,
Pauvre et fragile fleur pour tous les vents béante,
Au sein mystérieux de la terre géante.
Là, par un lent travail que Dieu lui seul connaît,
Fraîcheur du flot qui court, blancheur du jour qui naît,
Souffle de ce qui coule, ou végète, ou se traîne,
L’esprit de ce qui vit dans la nuit souterraine,
Fumée, onde, vapeur, de loin comme de près,
– Non sans faire avec tout des échanges secrets, –
Elle a dérobé tout, son calme à l’antre sombre,
Au diamant sa flamme, à la forêt son ombre,
Et peut-être, qui sait ? sur l’aile du matin
Quelque ineffable haleine à l’océan lointain !
Et vivant alambic que Dieu lui-même forme,
Où filtre et se répand la terre, vase énorme,
Avec les bois, les champs, les nuages, les eaux,
Et l’air tout pénétré des chansons des oiseaux,
La racine, humble, obscure, au travail résignée,
Pour la superbe fleur par le soleil baignée,
A, sans en rien garder, fait ce parfum si doux,
Qui vient si mollement de la nature à vous,
Qui vous charme, et se mêle à votre esprit, madame,
Car l’âme d’une fleur parle au cœur d’une femme.
 
Encore un mot, et puis je vous laisse rêver.
Pour qu’atteignant au but où tout doit s’élever,
Chaque chose ici-bas prenne un attrait suprême,
Pour que la fleur embaume et pour que la vierge aime,
Pour que, puisant la vie au grand centre commun,
La corolle ait une âme et la femme un parfum,
Sous le soleil qui luit, sous l’amour qui fascine,
Il faut, fleur de beauté, tenir par la racine,
L’une au monde idéal, l’autre au monde réel,
Les roses à la terre et les femmes au ciel.
 

Le 16 mai 1837.

Commentaire(s)
Votre commentaire :
Nom : *
eMail : * *
URL :
Commentaire * :
pèRE des miséRablEs : *
* Saisie requise.
* Cette adresse ne sera pas publiée et ne sera utilisée que pour communiquer avec vous en cas de souci.
 

Mon florilège

(Tоuriste)

(Les textes et les auteurs que vous aurez notés apparaîtront dans cette zone.)

Compte lecteur

Se connecter

Créer un compte

Agora

Évаluations récеntes
☆ ☆ ☆ ☆ ☆

Sаint-Αmаnt : «Εntrеr dаns lе bоrdеl...»

Βаudеlаirе : Lа Μоrt dеs Ρаuvrеs

Vаuсаirе : Νоtrе divin mоdèlе

Μérаt : Ρауsаgе

Αpоllinаirе : «Lа nudité dеs flеurs с’еst lеur оdеur сhаrnеllе...»

Lа Villе dе Μirmоnt : Lеs Dеmоisеllеs d’аutrеfоis

Villоn : Lе Lаis

Rоnsаrd : «J’аvаis, еn rеgаrdаnt tеs bеаuх уеuх, еnduré...»

☆ ☆ ☆ ☆

Соuсhоud : «D’unе mаin еllе bаt lе lingе...»

Dеrèmе : «Μоn Diеu, mаdаmе, il fаut nоus соnsоlеr...»

Jоuу : Lа “Vеuvе”

Сhаmbriеr : Lеs Ιgnоrés

Βérаngеr : Lеs Quаtrе Âgеs histоriquеs

Du Βеllау : «Jе n’éсris pоint d’аmоur, n’étаnt pоint аmоurеuх...»

Léоnаrd : Lеs Rеgrеts

Βruаnt : J’suis dаns l’Βоttin

Сrоs : Lе Βut

Ρаtriаt : «Αсhètе qui vоudrа lе Саmеmbеrt trоp dоuх...»

Cоmmеntaires récеnts

De Сосhоnfuсius sur Sur lа résurrесtiоn dе Νоtrе Sеignеur (Gоdеаu)

De Сосhоnfuсius sur «Épоuvаntаblе Νuit, qui tеs сhеvеuх nоirсis...» (Dеspоrtеs)

De Сосhоnfuсius sur À Αlf. Τ. : «Qu’il еst dоuх d’êtrе аu mоndе, еt quеl biеn quе lа viе !...» (Μussеt)

De Οupаviа sur Sоnnеt d’аutоmnе (Βеаuliеu)

De Сurаrе- sur Dеvаnt lе fеu (Νеlligаn)

De Sоlаirе sur Sur lе Βаlсоn (Vеrlаinе)

De Lа Μusérаntе sur «Quеl еmbаrrаs à сеttе pоrtе !...» (Viоn Dаlibrау)

De Сrаpаudinе sur «Ô сritiquе du јоur, сhèrе mоuсhе bоvinе...» (Μussеt)

De Lа Μusérаntе sur «Vоiсi lе rеndеz-vоus dеs Εnfаnts sаns sоuсi...» (Sаint-Αmаnt)

De Vinсеnt sur Lа Νосе à Gоnеssе (Fоrt)

De Frаnçоis Соppéе sur Lе Соup dе mаrtеаu (Соurtеlinе)

De Gеоrgеs Соurtеlinе sur Lе Соup dе tаmpоn (Соppéе)

De Τоtо28 sur Βibliоthèquеs (Αutrаn)

De Τоtо28 sur Sоnnеt : «Sе vоir lе plus pоssiblе еt s’аimеr sеulеmеnt...» (Μussеt)

De Vinсеnt sur Lеs Βiеnfаits dе lа nuit (Rоllinаt)

De Siхtе sur «D’un оutrаgеuх соmbаt...» (Αubigné)

De lасоtе sur «Jе sаis biеn qu’оn dirа quе је suis témérаirе...» (Βirаguе)

De mdrlоl sur Lеs Léprеuх (Βеrtrаnd)

De Vinсеnt sur Ρаrsifаl (Vеrlаinе)

De vinсеnt sur «Un pеu dеvаnt quе l’аubе аmеnât lа јоurnéе...» (Gоdаrd)

De Ρiеrrоt sur «Sеs purs оnglеs très hаut dédiаnt lеur оnух...» (Μаllаrmé)

Plus de commentaires...

Flux RSS...

Ce site

Présеntаtion

Acсuеil

À prоpos

Cоntact

Signaler une errеur

Un pеtit mоt ?

Sоutien

Fаirе un dоn

Librairiе pоétique en lignе