Hugo

Les Chansons des rues et des bois, 1865


Dizain de femmes


 
Une de plus que les muses ;
Elles sont dix. On croirait,
Quand leurs jeunes voix confuses
Bruissent dans la forêt,
 
Entendre, sous les caresses
Des grands vieux chênes boudeurs,
Un brouhaha de déesses
Passant dans les profondeurs.
 
Elles sont dix châtelaines
De tout le pays voisin.
La ruche vers leurs haleines
Envoie en chantant l’essaim.
 
Elles sont dix belles folles,
Démons dont je suis cagot ;
Obtenant des auréoles
Et méritant le fagot.
 
Que de cœurs cela dérobe,
Même à nous autres manants !
Chacune étale à sa robe
Quatre volants frissonnants,
 
Et court par les bois, sylphide
Toute parée, en dépit
De la griffe qui, perfide,
Dans les ronces se tapit.
 
Oh ! ces anges de la terre !
Pensifs, nous les décoiffons ;
Nous adorons le mystère
De la robe aux plis profonds.
 
Jadis Vénus sur la grève
N’avait pas l’attrait taquin
Du jupon qui se soulève
Pour montrer le brodequin.
 
Les antiques Arthémises
Avaient des fronts élégants,
Mais n’étaient pas si bien mises
Et ne portaient point de gants.
 
La gaze ressemble au rêve ;
Le satin, au pli glacé,
Brille, et sa toilette achève
Ce que l’œil a commencé.
 
La marquise en sa calèche
Plaît, même au butor narquois ;
Car la grâce est une flèche
Dont la mode est le carquois.
 
L’homme, sot par étiquette,
Se tient droit sur son ergot ;
Mais Dieu créa la coquette
Dès qu’il eut fait le nigaud.
 
Oh ! toutes ces jeunes femmes,
Ces yeux où flambe midi,
Ces fleurs, ces chiffons, ces âmes,
Quelle forêt de Bondy !
 
Non, rien ne nous dévalise
Comme un minois habillé,
Et comme une Cydalise
Où Chapron a travaillé !
 
Les jupes sont meurtrières.
La femme est un canevas
Que, dans l’ombre, aux couturières
Proposent les Jéhovahs.
 
Cette aiguille qui l’arrange
D’une certaine façon
Lui donne la force étrange
D’un rayon dans un frisson.
 
Un ruban est une embûche,
Une guimpe est un péril ;
Et, dans l’Éden, où trébuche
La nature à son avril,
 
Satan — que le diable enlève ! —
N’eût pas risqué son pied bot
Si Dieu sur les cheveux d’Ève
Eût mis un chapeau d’Herbaut.
 
Toutes les dix, sous les voûtes,
Des grands arbres, vont chantant ;
On est amoureux de toutes ;
On est farouche et content.
 
On les compare, on hésite
Entre ces robes qui font
La lueur d’une visite
Arrivant du ciel profond.
 
Oh ! pour plaire à cette moire,
À ce gros de Tours flambé,
On se rêve plein de gloire,
On voudrait être un abbé.
 
On sort du hallier champêtre,
La tête basse, à pas lents,
Le cœur pris, dans ce bois traître,
Par les quarante volants.
 

Commentaire (s)
Votre commentaire :
Nom : *
eMail : * *
Site Web :
Commentaire * :
pèRE des miséRablEs : *
* Information requise.   * Cette adresse ne sera pas publiée.
 


Mon florilège

(Tоuriste)

(Les textes et les auteurs que vous aurez notés apparaîtront dans cette zone.)

Compte lecteur

Se connecter

Créer un compte

Agora

Évаluations récеntes
☆ ☆ ☆ ☆ ☆

Βеаuјеu : «Lе sоir, аu sоn bruуаnt...»

Τоulеt : «Gérоntе d’unе аutrе Ιsаbеllе...»

Vеrlаinе : Sérénаdе

*** : «Μа bеrgèrе Νоn légèrе...»

Jаmmеs : Lе Dеuil du соnsеillеr muniсipаl

Τhаlу : L’Îlе lоintаinе

Riсhеpin : Sоnnеt mоrnе

Siеfеrt : Αmоur

Τоulеt : L’Ιngénuе.

Rоnsаrd : «Quаnd је vоus vоis, оu quаnd је pеnsе à vоus...»

☆ ☆ ☆ ☆

Τоulеt : «Се fut pаr un sоir dе l’аutоmnе...»

Sаint-Αmаnt : Sоnnеt sur dеs mоts qui n’оnt pоint dе rimе

Αpоllinаirе : Lе Hibоu

Viаu : «Αh ! Ρhilis, quе lе Сiеl mе fаit mаuvаis visаgе !...»

Vеrlаinе : Çаvitrî

Сrоs : À Μ. Hаussmаnn

Lingеndеs : Stаnсеs : «Соnnаissаnt vоtrе humеur, је vеuх biеn, mа Sуlviе...»

Hеrеdiа : Épigrаmmе vоtivе

Lаfоrguе : Sоnnеt pоur évеntаil

Cоmmеntaires récеnts

De Сосhоnfuсius sur «Lе sоir, аu sоn bruуаnt...» (Βеаuјеu)

De Jаdis sur «Jе lе dis, l’égоïstе еst un аrbrе inutilе...» (Dеsсhаmps)

De Сurаrе- sur Lе Βаtеаu ivrе (Rimbаud)

De Сосhоnfuсius sur Lа Μеr dе Kуpris (Lоuÿs)

De Сосhоnfuсius sur «Αstrеs сruеls, еt vоus diеuх inhumаins...» (Du Βеllау)

De Jаdis sur Sсhеvеninguе mоrtе sаisоn (Lаrbаud)

De Jаdis sur «Αh ! Ρhilis, quе lе Сiеl mе fаit mаuvаis visаgе !...» (Viаu)

De Сurаrе- sur Lеs Νègrеs (Jаmmеs)

De Сurаrе- sur «J’étаis еn libеrté quаnd сеllе qui m’еngаgе...» (Lа Rоquе)

De Xiаn sur Sоnnеt : «Dеuх sоnnеts pаrtаgеnt lа villе...» (Соrnеillе)

De Xiаn sur Vеrs imprоvisés sur un аlbum (Lаmаrtinе)

De Саnаrd sur Sur Jоnаs (Drеlinсоurt)

De Sаuvеtеur sur À Μаdаmе G., Sоnnеt (Μussеt)

De Μоnrоsе sur «Lа nudité dеs flеurs с’еst lеur оdеur сhаrnеllе...» (Αpоllinаirе)

De Сhristiаn sur Lа Guеrrе (Sаint-Ρоl-Rоuх)

De Сhristiаn sur «Соmmе unе bеllе flеur аssisе еntrе lеs flеurs...» (Rоnsаrd)

De dеsfоrgеs sur Sуmphоniе inасhеvéе (Μilоsz)

De Ιо Kаnааn sur L’Éсhо (Соppéе)

De Сurаrе- sur «Се rusé Саlаbrаis tоut viсе, quеl qu’il sоit...» (Du Βеllау)

De Ιо Kаnааn sur Ρèlеrinаgе (Vеrhаеrеn)

De Τhundеrbird sur «Dе vоir mignоn du Rоi un соurtisаn hоnnêtе...» (Du Βеllау)

Plus de commentaires...

Flux RSS...

Ce site

Présеntаtion

Acсuеil

À prоpos

Cоntact

Signaler une errеur

Un pеtit mоt ?

Sоutien

Fаirе un dоn

Librairiе pоétique en lignе