Hugo

Les Quatre Vents de l’esprit, 1881


En écoutant chanter la Princesse ***


 
Dans ta haute demeure
Dont l’air est étouffant,
De l’accent dont on pleure
Tu chantes, douce enfant.
 
Tu chantes, jeune fille.
Ton père, c’est le roi.
Autour de toi tout brille,
Mais tout soupire en toi.
 
Pense, mais sans rien dire ;
Aimer t’est défendu ;
Doux être, ton sourire
En naissant s’est perdu.
 
Tu te sens épousée
Par une main qui sort
Inconnue et glacée
De cette ombre, le sort.
 
Ton cœur, triste et sans ailes,
Est dans ce gouffre noir
À des profondeurs telles
Que tu ne peux l’avoir.
 
Tu n’es qu’altesse encore,
Tu seras majesté.
Bien qu’un reflet d’aurore
Sur ton front soit resté,
 
Enfant chère aux armées,
Déjà nous te voyons
Dans toutes les fumées
Et dans tous les rayons.
 
Ton parrain est le pape ;
Vierge, il t’a dit : Ave !
Quand tu passes, on frappe
Des piques le pavé.
 
Comme Dieu l’on t’encense ;
Toi-même as le frisson
De la toute-puissance
Mêlée à ta chanson.
 
De vieux légionnaires
Te gardent, fiers, soumis ;
Et l’on voit des tonnerres
À ta porte endormis.
 
Autour de toi se creuse
L’éclatant sort des rois,
Tu serais plus heureuse
Fauvette dans les bois.
 

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 1er juillet 2016 à 17h06

La vestale et les monstres
-----------------------------

La vestale demeure
En un temple  étouffant,
Où, souvent, elle pleure
Comme font les enfants.

Elle fut jeune fille,
Favorite du roi ;
Telles amours ne brillent
Pas plus que quelques mois.

Tous les monstres l’encensent,
Elle en a des frissons ;
Elle craint leur puissance,
Ils craignent sa chanson.

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