Hugo

L'Art d'être grand-père, 1877


XI
Jeanne lapidée


 

Bruxelles.  —  nuit du 27 mai


Je regardai.
 
                      Je vis, tout près de la croisée,
Celui par qui la pierre avait été lancée ;
Il était jeune ; encor presque un enfant, déjà
Un meurtrier.
 
                          Jeune homme, un dieu te protégea,
Car tu pouvais tuer cette pauvre petite !
Comme les sentiments humains s’écroulent vite
Dans les cœurs gouvernés par le prêtre qui ment,
Et comme un imbécile est féroce aisément !
Loyola sait changer Jocrisse en Schinderhanne,
Car un tigre est toujours possible dans un âne.
Mais Dieu n’a pas permis, sombre enfant, que ta main
Fit cet assassinat catholique et romain ;
Le coup a manqué. Va, triste spectre éphémère,
Deviens de l’ombre. Fuis ! Moi, je songe à ta mère.
 
Ô femme, ne sois pas maudite ! Je reçois
Du ciel juste un rayon clément. Qui que tu sois,
Mère, hélas ! quel que soit ton enfant, sois bénie !
N’en sois pas responsable et n’en sois pas punie !
Je lui pardonne au nom de mon ange innocent !
Lui-même il fut jadis l’être humble en qui descend
L’immense paradis, sans pleurs, sans deuils, sans voiles,
Avec tout son sourire et toutes ses étoiles.
Quand il naquit, de joie et d’amour tu vibras.
Il dormait sur ton sein comme Jeanne en mes bras ;
Il était de ton toit le mystérieux hôte ;
C’était un ange alors, et ce n’est pas ta faute,
Ni la sienne, s’il est un bandit maintenant.
Le prêtre, infortuné lui-même, et frissonnant,
À qui nous confions la croissance future,
Imposteur, a rempli cette âme d’imposture ;
L’aveugle a dans ce cœur vidé l’aveuglement.
À ce lugubre élève, à ce maître inclément
Je pardonne ; le mal a des pièges sans nombre ;
Je les plains ; et j’implore au-dessus de nous l’ombre.
Pauvre mère, ton fils ne sait pas ce qu’il fait.
Quand Dieu germait en lui, le prêtre l’étouffait.
Aujourd’hui le voilà dans cette Forêt-noire,
Le dogme ! Ignace ordonne ; il est prêt à tout boire,
Le faux, le vrai, le bien, le mal, l’erreur, le sang !
Tout ! Frappe ! il obéit. Assassine ! il consent.
Hélas ! comment veut-on que je lui sois sévère ?
Le sommet qui fait grâce au gouffre est le Calvaire.
Mornes bourreaux, à nous martyrs vous vous fiez ;
Et nous, les lapidés et les crucifiés,
Nous absolvons le vil caillou, le clou stupide ;
Nous pardonnons. C’est juste. Ah ! ton fils me lapide,
Mère, et je te bénis. Et je fais mon devoir.
Un jour tu mourras, femme, et puisses-tu le voir
Se frapper la poitrine, à genoux sur ta fosse !
Puisse-t-il voir s’éteindre en lui la clarté fausse,
Et sentir dans son cœur s’allumer le vrai feu,
Et croire moins au prêtre et croire plus à Dieu !
 

Commentaire(s)
Votre commentaire :
Nom : *
eMail : * *
URL :
Commentaire * :
pèRE des miséRablEs : *
* Saisie requise.
* Cette adresse ne sera pas publiée et ne sera utilisée que pour communiquer avec vous en cas de souci.
 

Mon florilège

(Tоuriste)

(Les textes et les auteurs que vous aurez notés apparaîtront dans cette zone.)

Compte lecteur

Se connecter

Créer un compte

Agora

Évаluations récеntes
☆ ☆ ☆ ☆ ☆

Hеrvillу : Ρuérilités

Dеsfоrgеs-Μаillаrd : Lе Τаbас

Μеndès : Lе Rоssignоl

Αntоinе dе Νеrvèzе

Νеrvаl

Viеlé-Griffin : «Dоrmir еt rirе d’аisе...»

Hugо : Lе Μеndiаnt

Lаhоr : Οurаgаn nосturnе

Lаhоr : Dаnsе mасаbrе

Vаlérу : Luхuriеusе аu Βаin

Βеrgеrаt : Lе Сhаnt du сrаpаud

Βеrnаrd : «Τоi qui trоublеs lа pаiх dеs nоnсhаlаntеs еаuх...»

☆ ☆ ☆ ☆

Vаlérу : «Lа lunе minсе vеrsе unе luеur sасréе...»

Hugо : Viеillе сhаnsоn du јеunе tеmps

Lе Ρеtit : Αu Lесtеur сuriеuх

Dеsbоrdеs-Vаlmоrе : Αllеz еn pаiх

Сrоs : Siх tеrсеts

Hugо : Βêtisе dе lа guеrrе

Hugо : Lе Sасrе dе lа Fеmmе

Сrоs : Βеrсеusе : «Ιl у а unе hеurе bêtе...»

Hugо : Сrépusсulе

Lаhоr : Lе Μуstèrе

Cоmmеntaires récеnts

De Сосhоnfuсius sur «À lа sаintе, mаrtуrе еt viеrgе...» (Lе Μоuël)

De Сосhоnfuсius sur «Si еn pаrtаnt, sеul vоus m’аvеz lаissé...» (Sсаliоn dе Virblunеаu)

De Μаriа sur «Αprès unе јоurnéе dе vеnt...» (Rilkе)

De Сосhоnfuсius sur Lа Сhimèrе (Lоrrаin)

De Vinсеnt sur «Αu prеmiеr trаit, quе mоn œil rеnсоntrа...» (Τуаrd)

De Frаnçоis Соppéе sur Lе Соup dе tаmpоn (Соppéе)

De Gеоrgеs Соurtеlinе sur Lе Соup dе mаrtеаu (Соurtеlinе)

De vinсеnt sur «Ν’еs-tu lаssе, аussi, dе rêvеr d’hiеr ?...» (Viеlé-Griffin)

De Lа Μusérаntе sur L’Éсhеllе (Αutrаn)

De Vinсеnt sur Lа Grеnоuillе blеuе (Fоrt)

De L’аmоr sur Αriаnе (Hеrеdiа)

De Ρiеrrоt sur Sоnnеt à lа nuit (Rоllinаt)

De Ρеrvеrs nаrсissе sur «Ρuisquе lеs сhаmps јоuissеnt dе mа bеllе...» (Τоurs)

De Vinсеnt sur «Εst-il riеn dе plus vаin qu’un sоngе mеnsоngеr...» (Сhаssignеt)

De ΒiΒ lа bаlеinе sur «Quаnd је tе vis еntrе un milliеr dе Dаmеs...» (Βаïf)

De Сhristiаn sur Lеs Ρоrсs (Vеrhаеrеn)

De Сrаpаudinе sur Splееn : «Μеs intimеs dоulеurs...» (Ο'Νеddу)

De Αmаndinе ΟZΑUR sur Sоnnеt fоutаtif (Lе Ρеtit)

De Αmаndinе ΟZΑUR sur À Сhаrlеs dе Sivrу (Vеrlаinе)

De Αmаndinе ΟZΑUR sur «Αimе, si tu lе vеuх, је nе l’еmpêсhе pаs...» (Viоn Dаlibrау)

De riс(h)аrd sur Lеs Соnquérаnts (Hеrеdiа)

Plus de commentaires...

Flux RSS...

Ce site

Présеntаtion

Acсuеil

À prоpos

Cоntact

Signaler une errеur

Un pеtit mоt ?

Sоutien

Fаirе un dоn

Librairiе pоétique en lignе