Hugo

L'Art d'être grand-père, 1877


L’Immaculée Conception


                  Ô Vierge sainte, conçue sans péché !
(Prière chrétienne.)


L’enfant partout. Ceci se passe aux Tuileries.
Plusieurs Georges, plusieurs Jeannes, plusieurs Maries ;
Un qui tette, un qui dort ; dans l’arbre un rossignol ;
Un grand déjà rêveur qui voudrait voir Guignol ;
Une fille essayant ses dents dans une pomme ;
Toute la matinée adorable de l’homme ;
L’aube et Polichinelle ; on court, on jase, on rit ;
On parle à sa poupée, elle a beaucoup d’esprit ;
On mange des gâteaux et l’on saute à la corde.
On me demande un sou pour un pauvre ; j’accorde
Un franc ; merci, grand-père ! et l’on retourne au jeu,
Et l’on grimpe, et l’on danse, et l’on chante. Ô ciel bleu !
C’est toi le cheval. Bien. Tu traînes la charrette,
Moi je suis le cocher. À gauche ; à droite ; arrête.
Jouons aux quatre coins. Non ; à Colin-Maillard.
Leur clarté sur son banc réchauffe le vieillard.
Les bouches des petits sont de murmures pleines,
Ils sont vermeils, ils ont plus de fraîches haleines
Que n’en ont les rosiers de mai dans les ravins,
Et l’aurore frissonne en leurs cheveux divins.
Tout cela c’est charmant. — Tout cela c’est horrible !
C’est le péché !
 
                              Lisez nos missels, notre bible,
L’abbé Pluche, saint Paul, par Trublet annoté,
Veuillot, tout ce qui fait sur terre autorité.
Une conception seule est immaculée ;
Tous les berceaux sont noirs, hors la crèche étoilée ;
Ce grand lit de l’abîme, l’hyménée, est taché.
Où l’homme dit Amour ! le ciel répond Péché !
Tout est souillure, et qui le nie est un athée.
Toute femme est la honte, une seule exceptée.
Ainsi ce tas d’enfants est un tas de forfaits !
Oiseau qui fais ton nid, c’est le mal que tu fais.
Ainsi l’ombre sourit d’une façon maligne
Sur la douce couvée. Ainsi le bon Dieu cligne
Des yeux avec le diable et dit : Prends-moi cela !
Et c’est mon crime, ô ciel, l’innocent que voilà !
Ainsi ce tourbillon de lumière et de joie,
L’enfance, ainsi l’essaim d’âmes que nous envoie
L’amour mystérieux qu’avril épanouit,
Ces constellations d’anges dans notre nuit,
Ainsi la bouche rose, ainsi la tête blonde,
Ainsi cette prunelle aussi claire que l’onde,
Ainsi ces petits pieds courant dans le gazon,
Cette cohue aimable emplissant l’horizon
Et dont le grand soleil qui rit semble être l’hôte,
C’est le fourmillement monstrueux de la faute !
Péché ! péché ! Le mal est dans les nouveau-nés !
Oh ! quel sinistre affront ! Prêtres infortunés !
 
Au milieu de la vaste aurore ils sont funèbres ;
Derrière eux vient la chute informe des ténèbres.
Dans les plis de leur dogme ils ont la sombre nuit.
Le couple a tort, le fruit est vil, le germe nuit.
De l’enfant qui la souille une mère est suivie.
Ils sont les justiciers de ce crime, la vie.
Malheur ! pas un hymen, non, pas même le leur,
Pas même leur autel n’est pur. Malheur ! malheur !
Ô femmes, sur vos fronts ils mettent d’affreux doutes.
Le couronnement d’une est l’outrage de toutes.
Démence ! ce sont eux les désobéissants.
On ne sait quel crachat se mêle à leur encens.
Ô la profonde insulte ! ils jettent l’anathème
Sur l’œil qui dit : je vois ! sur le cœur qui dit : j’aime !
Sur l’âme en fête et l’arbre en fleur et l’aube en feu,
Et sur l’immense joie éternelle de Dieu
Criant : Je suis le père ! et sans borne et sans voile
Semant l’enfant sur terre et dans le ciel l’étoile !
 

Commentaire (s)
Votre commentaire :
Nom : *
eMail : * *
Site Web :
Commentaire * :
pèRE des miséRablEs : *
* Information requise.   * Cette adresse ne sera pas publiée.
 


Mon florilège

(Tоuriste)

(Les textes et les auteurs que vous aurez notés apparaîtront dans cette zone.)

Compte lecteur

Se connecter

Créer un compte

Agora

Évаluations récеntes
☆ ☆ ☆ ☆ ☆

Guillеt : «Lа nuit étаit pоur mоi si très оbsсurе...»

Lоuÿs : Αu vаissеаu

Μаgnу : «Ô bеаuх уеuх bruns, ô rеgаrds détоurnés...»

Rасinе : Βritаnniсus. Αсtе ΙΙ, Sсènе 2

Βеllеаu : Lа Βеllе Νuit

Τаilhаdе : Ιnitiаtiоn

Klingsоr : Lе Νаin

Саmillе Μаuсlаir

Βruаnt : Fins dе sièсlе

Dеlillе : Lе Соin du fеu

☆ ☆ ☆ ☆

Μussеt : Sur unе mоrtе

Du Βеllау : «Μаudit sоit millе fоis lе Βоrgnе dе Libуе...»

Hugо : Répоnsе à un асtе d’ассusаtiоn

Βruаnt : Fins dе sièсlе

Gréсоurt : Lе biеn viеnt еn dоrmаnt

Vitré : «Μоn âmе еst un rоsеаu fаiblе, sес еt stérilе...»

Hugо : À dеs оisеаuх еnvоlés

Diеrх : Εn сhеmin

Rоllinаt : Lа Сhаnsоn dеs Αmоurеusеs

Сrоs : Sоir

Cоmmеntaires récеnts

De Jаdis sur Ρhèdrе (Fоurеst)

De Gégé sur Sоir dе Μоntmаrtrе. (Τоulеt)

De Jаdis sur Vœu (Lа Villе dе Μirmоnt)

De Сосhоnfuсius sur «Се Μоndе, соmmе оn dit, еst unе саgе à fоus...» (Fiеfmеlin)

De Сосhоnfuсius sur «Соmmе јаdis l’âmе dе l’univеrs...» (Du Βеllау)

De Jаdis sur «Се n’еst pаs drôlе dе mоurir...» (Τоulеt)

De Μаlvinа- sur «Quе tristе tоmbе un sоir dе nоvеmbrе...» (Νоuvеаu)

De Сосhоnfuсius sur Sur lе pаssаgе dе lа Μеr Rоugе (Drеlinсоurt)

De Lеmiеuх Sеrgе sur «Vоtrе rirе еst éсlаtаnt...» (Lа Villе dе Μirmоnt)

De Сurаrе- sur «Μоn âmе а sоn sесrеt, mа viе а sоn mуstèrе...» (Αrvеrs)

De Сhristiаn sur Rêvеriе sur tа vеnuе (Αpоllinаirе)

De Diсkо rimеur sur «Jе rêvе dе vеrs dоuх еt d’intimеs rаmаgеs...» (Sаmаin)

De Νаguèrе sur «Sеs purs оnglеs très hаut dédiаnt lеur оnух...» (Μаllаrmé)

De Vinсеnt sur «Ô qu’hеurеuх еst сеlui qui pеut pаssеr sоn âgе...» (Du Βеllау)

De Εsprit dе сеllе sur Сhаnsоn (Οmbrе du bоis) (Lоuÿs)

De Αlbеrtus sur Сhаnsоn : «Ô biеnhеurеuх qui pеut pаssеr sа viе...» (Dеspоrtеs)

De mаl еntеndеur sur Sоnnеt à Μаdаmе Μ.Ν. : «Quаnd, pаr un јоur dе pluiе, un оisеаu dе pаssаgе...» (Μussеt)

De Vinсеnt sur «Αfin quе pоur јаmаis...» (Βаïf)

De Εsprit dе сеllе sur «Ô Τоi qui аs еt pоur mèrе еt pоur pèrе...» (Jоdеllе)

De Сurаrе- sur Εl Dеsdiсhаdо (Νеrvаl)

Plus de commentaires...

Flux RSS...

Ce site

Présеntаtion

Acсuеil

À prоpos

Cоntact

Signaler une errеur

Un pеtit mоt ?

Sоutien

Fаirе un dоn

Librairiе pоétique en lignе