Hugo

L’Année terrible, 1872


La Sortie


 
L’aube froide blêmit, vaguement apparue.
Une foule défile en ordre dans la rue ;
Je la suis, entraîné par ce grand bruit vivant
Que font les pas humains quand ils vont en avant.
Ce sont des citoyens partant pour la bataille.
Purs soldats ! Dans les rangs, plus petit par la taille,
Mais égal par le cœur, l’enfant avec fierté
Tient par la main son père, et la femme à côté
Marche avec le fusil du mari sur l’épaule.
C’est la tradition des femmes de la Gaule
D’aider l’homme à porter l’armure, et d’être là,
Soit qu’on nargue César, soit qu’on brave Attila,
Que va-t-il se passer ? L’enfant rit, et la femme
Ne pleure pas. Paris subit la guerre infâme ;
Et les Parisiens sont d’accord sur ceci
Que par la honte seule un peuple est obscurci,
Que les aïeux seront contents, quoi qu’il arrive,
Et que Paris mourra pour que la France vive.
Nous garderons l’honneur ; le reste, nous l’offrons.
Et l’on marche. Les yeux sont indignés, les fronts
Sont pâles ; on y lit : Foi, Courage, Famine.
Et la troupe à travers les carrefours chemine,
Tête haute, élevant son drapeau, saint haillon ;
La famille est toujours mêlée au bataillon ;
On ne se quittera que là-bas aux barrières.
Ces hommes attendris et ces femmes guerrières
Chantent ; du genre humain Paris défend les droits.
Une ambulance passe, et l’on songe à ces rois
Dont le caprice fait ruisseler des rivières
De sang sur le pavé derrière les civières.
L’heure de la sortie approche ; les tambours
Battent la marche en foule au fond des vieux faubourgs ;
Tous se hâtent ; malheur à toi qui nous assièges !
Ils ne redoutent pas les pièges, car les pièges
Que trouvent les vaillants en allant devant eux
Font le vaincu superbe et le vainqueur honteux.
Ils arrivent aux murs, ils rejoignent l’armée.
Tout à coup le vent chasse un flocon de fumée ;
Halte ! C’est le premier coup de canon.
Allons ! Un long frémissement court dans les bataillons,
Le moment est venu, les portes sont ouvertes,
Sonnez, clairons ! Voici là-bas les plaines vertes,
Les bois où rampe au loin l’invisible ennemi,
Et le traître horizon, immobile, endormi,
Tranquille, et plein pourtant de foudres et de flammes.
On entend des voix dire : Adieu ! — Nos fusils, femmes !
Et les femmes, le front serein, le cœur brisé,
Leur rendent leur fusil après l’avoir baisé.
 

Commentaire (s)
Votre commentaire :
Nom : *
eMail : * *
Site Web :
Commentaire * :
pèRE des miséRablEs : *
* Information requise.   * Cette adresse ne sera pas publiée.
 


Mon florilège

(Tоuriste)

(Les textes et les auteurs que vous aurez notés apparaîtront dans cette zone.)

Compte lecteur

Se connecter

Créer un compte

Agora

Évаluations récеntes
☆ ☆ ☆ ☆ ☆

Vеrlаinе : Sérénаdе

*** : «Μа bеrgèrе Νоn légèrе...»

Jаmmеs : Lе Dеuil du соnsеillеr muniсipаl

Τhаlу : L’Îlе lоintаinе

Riсhеpin : Sоnnеt mоrnе

Siеfеrt : Αmоur

Τоulеt : L’Ιngénuе.

Rоnsаrd : «Quаnd је vоus vоis, оu quаnd је pеnsе à vоus...»

Μаgnу : «Quаnd un сhаnt sur lе luth mа Μаîtrеssе frеdоnnе...»

☆ ☆ ☆ ☆

Τоulеt : «Се fut pаr un sоir dе l’аutоmnе...»

Sаint-Αmаnt : Sоnnеt sur dеs mоts qui n’оnt pоint dе rimе

Αpоllinаirе : Lе Hibоu

Viаu : «Αh ! Ρhilis, quе lе Сiеl mе fаit mаuvаis visаgе !...»

Vеrlаinе : Çаvitrî

Сrоs : À Μ. Hаussmаnn

Lingеndеs : Stаnсеs : «Соnnаissаnt vоtrе humеur, је vеuх biеn, mа Sуlviе...»

Hеrеdiа : Épigrаmmе vоtivе

Lаfоrguе : Sоnnеt pоur évеntаil

Cоmmеntaires récеnts

De Сосhоnfuсius sur Lе Suссubе (Rоllinаt)

De Jаdis sur «Αh ! Ρhilis, quе lе Сiеl mе fаit mаuvаis visаgе !...» (Viаu)

De Jаdis sur Rоndеl sur lа buttе Μоntmаrtrе (Rоinаrd)

De Сосhоnfuсius sur Соntrе lа јаlоusiе (Urfé)

De Сurаrе- sur Lеs Νègrеs (Jаmmеs)

De Сосhоnfuсius sur À l’еnvеrs (Sеgаlеn)

De Jаdis sur Lе Dеuil du соnsеillеr muniсipаl (Jаmmеs)

De Сurаrе- sur «J’étаis еn libеrté quаnd сеllе qui m’еngаgе...» (Lа Rоquе)

De Xiаn sur Sоnnеt : «Dеuх sоnnеts pаrtаgеnt lа villе...» (Соrnеillе)

De Xiаn sur Vеrs imprоvisés sur un аlbum (Lаmаrtinе)

De Сhristiаn sur Lе Βаtеаu ivrе (Rimbаud)

De Саnаrd sur Sur Jоnаs (Drеlinсоurt)

De Sаuvеtеur sur À Μаdаmе G., Sоnnеt (Μussеt)

De Μоnrоsе sur «Lа nudité dеs flеurs с’еst lеur оdеur сhаrnеllе...» (Αpоllinаirе)

De Сurаrе- sur Νuit tоmbаntе (Hugо)

De Сhristiаn sur Lа Guеrrе (Sаint-Ρоl-Rоuх)

De dеsfоrgеs sur Sуmphоniе inасhеvéе (Μilоsz)

De Ιо Kаnааn sur L’Éсhо (Соppéе)

De Сurаrе- sur «Се rusé Саlаbrаis tоut viсе, quеl qu’il sоit...» (Du Βеllау)

De Ιо Kаnааn sur Ρèlеrinаgе (Vеrhаеrеn)

De Τhundеrbird sur «Dе vоir mignоn du Rоi un соurtisаn hоnnêtе...» (Du Βеllау)

Plus de commentaires...

Flux RSS...

Ce site

Présеntаtion

Acсuеil

À prоpos

Cоntact

Signaler une errеur

Un pеtit mоt ?

Sоutien

Fаirе un dоn

Librairiе pоétique en lignе