Hugo

Les Rayons et les Ombres, 1840


Oceano nox


 
Oh ! combien de marins, combien de capitaines
Qui sont partis joyeux pour des courses lointaines,
Dans ce morne horizon se sont évanouis !
Combien ont disparu, dure et triste fortune !
Dans une mer sans fond, par une nuit sans lune,
Sous l’aveugle océan à jamais enfouis !
Combien de patrons morts avec leurs équipages !
L’ouragan de leur vie a pris toutes les pages,
Et d’un souffle il a tout dispersé sur les flots !
Nul ne saura leur fin dans l’abîme plongée.
Chaque vague en passant d’un butin s’est chargée ;
L’une a saisi l’esquif, l’autre les matelots !
Nul ne sait votre sort, pauvres têtes perdues !
Vous roulez à travers les sombres étendues,
Heurtant de vos fronts morts des écueils inconnus.
Oh ! que de vieux parents, qui n’avaient plus qu’un rêve,
Sont morts en attendant tous les jours sur la grève
        Ceux qui ne sont pas revenus !
 
On s’entretient de vous parfois dans les veillées.
Maint joyeux cercle, assis sur des ancres rouillées,
Mêle encor quelque temps vos noms d’ombre couverts
Aux rires, aux refrains, aux récits d’aventures,
Aux baisers qu’on dérobe à vos belles futures,
Tandis que vous dormez dans les goëmons verts !
 
On demande : — Où sont-ils ? sont-ils rois dans quelque île ?
Nous ont-ils délaissés pour un bord plus fertile ?
— Puis votre souvenir même est enseveli.
Le corps se perd dans l’eau, le nom dans la mémoire.
Le temps, qui sur toute ombre en verse une plus noire,
Sur le sombre océan jette le sombre oubli.
 
Bientôt des yeux de tous votre ombre est disparue.
L’un n’a-t-il pas sa barque et l’autre sa charrue ?
Seules, durant ces nuits où l’orage est vainqueur,
Vos veuves aux fronts blancs, lasses de vous attendre,
Parlent encor de vous en remuant la cendre
        De leur foyer et de leur cœur !
 
Et quand la tombe enfin a fermé leur paupière,
Rien ne sait plus vos noms, pas même une humble pierre
Dans l’étroit cimetière où l’écho nous répond,
Pas même un saule vert qui s’effeuille à l’automne,
Pas même la chanson naïve et monotone
Que chante un mendiant à l’angle d’un vieux pont !
 
Où sont-ils, les marins sombres dans les nuits noires ?
Ô flots, que vous savez de lugubres histoires !
Flots profonds redoutés des mères à genoux !
Vous vous les racontez en montant les marées,
Et c’est ce qui vous fait ces voix désespérées
Que vous avez le soir quand vous venez vers nous !
 

Commentaire(s)
Votre commentaire :
Nom : *
eMail : * *
URL :
Commentaire * :
pèRE des miséRablEs : *
* Saisie requise.
* Cette adresse ne sera pas publiée et ne sera utilisée que pour communiquer avec vous en cas de souci.
 

Mon florilège

(Tоuriste)

(Les textes et les auteurs que vous aurez notés apparaîtront dans cette zone.)

Compte lecteur

Se connecter

Créer un compte

Agora

Évаluations récеntes
☆ ☆ ☆ ☆ ☆

Sсèvе : «Sеul аvес mоi, еllе аvес sа pаrtiе...»

Αuvrау : Соntrе unе dаmе trоp mаigrе

Αuvrау : Lеs Ρаlаdins аvеnturiеrs

Αuvrау : «Αu mоis qu’аmоur еst lе plus еn viguеur...»

Соppéе : «Εllе viеndrа се sоir ; еllе mе l’а prоmis...»

Riсtus : Lеs Μоntе-еn-l’аir

Hаrаuсоurt : «Ιl plеut sur lа mеr, lеntеmеnt...»

Lа Gеsséе : «Lа Μоuсhе pеintе еst mаrquе d’impudеnсе...»

Vаlléе dеs Βаrrеаuх : «Соurtisаns, qui trаînеz vоs јоurs déshоnоrés...»

Du Βеllау : «Si l’аvеuglе furеur, qui саusе lеs bаtаillеs...»

☆ ☆ ☆ ☆

Соrbièrе : Ρаuvrе gаrçоn

Соppéе : «Εllе viеndrа се sоir ; еllе mе l’а prоmis...»

Rоnsаrd : «Yеuх, qui vеrsеz еn l’âmе, аinsi quе dеuх Ρlаnètеs...»

Riсhеpin : Lа Μignоtе

Βеrtrаnd : Sоnnеt : «À lа Rеinе dеs Frаnçаis...»

Μоntrеuil : Épigrаmmе : «Сlоris à vingt аns étаit bеllе...»

Νоuvеаu : Lа Rеnсоntrе

Αubigné : «Lеs lуs mе sеmblеnt nоirs...»

Rоllinаt : Viеrgе dаmnéе

Αpоllinаirе : Сhаpеаu-tоmbеаu

Cоmmеntaires récеnts

De Vinсеnt sur À unе Villе mоrtе (Hеrеdiа)

De Сосhоnfuсius sur «Sеignеur, nе pеnsеz pаs d’оuïr сhаntеr iсi...» (Du Βеllау)

De Сосhоnfuсius sur «Vоus аvеz su l’еspоir еt pаrtаgé lа rаgе...» (Siеfеrt)

De Сосhоnfuсius sur «Οbsсur vаllоn, mоntаgnе sоurсillеusе...» (Lа Rоquе)

De Εsprit dе сеllе sur «Ô Diеu qui vоis сеttе rоuе ехéсrаblе...» (Vеrmеil)

De Lа Fаisаnе sur Lа Соlоmbе pоignаrdéе (Lеfèvrе-Dеumiеr)

De Εsprit dе сеllе sur «Νе rеprеnеz, Dаmеs, si ј’аi аimé...» (Lаbé)

De Μоrin dе Βlаnquеfоrt sur Lе Соup dе tаmpоn (Соppéе)

De Fоrаin dе Βlаnсhеmоr sur Lе Соup dе mаrtеаu (Соurtеlinе)

De Jеhаn Çètоù sur Lе Τаlismаn (Νеlligаn)

De Сhаrlus Ρоpulаirе sur Viеuх mаrin, viеil аrtistе (Ρоpеlin)

De Hаn Riсutе sur Соmplаintе аmоurеusе (Αllаis)

De Lе Gаrdiеn sur L’Hоspitаlité (Fаbrе d'Églаntinе)

De Сhristiаn sur Lе Μоnt dеs Οliviеrs (Vignу)

De Lе Gаrdiеn sur Μоrt d’un аutrе Juif (Μоrаnd)

De Εsprit dе сеllе sur Sоnnеt : «Ιgnоrаntе оu plutôt dédаignеusе dеs mаuх...» (Сrоs)

De Τhundеrbird sur «Sасrés соtеаuх, еt vоus sаintеs ruinеs...» (Du Βеllау)

De Αrаmis sur Guitаrе : «Gаstibеlzа, l’hоmmе à lа саrаbinе...» (Hugо)

De Αrаmis sur Stаnсеs à Μаrquisе (Соrnеillе)

De piсh24 sur Ρhilis dаnsе lа Sаrаbаndе (Sсudérу)

De Rоlаnd Βасri sur «Μоn âmе а sоn sесrеt, mа viе а sоn mуstèrе...» (Αrvеrs)

Plus de commentaires...

Flux RSS...

Ce site

Présеntаtion

Acсuеil

À prоpos

Cоntact

Signaler une errеur

Un pеtit mоt ?

Sоutien

Fаirе un dоn

Librairiе pоétique en lignе