Hugo

Les Chansons des rues et des bois, 1865



 
Oh ! les charmants oiseaux joyeux !
Comme ils maraudent ! comme ils pillent !
Où va ce tas de petits gueux
Que tous les souffles éparpillent ?
 
Ils s’en vont au clair firmament ;
Leur voix raille, leur bec lutine ;
Ils font rire éternellement
La grande nature enfantine.
 
Ils vont aux bois, ils vont aux champs,
À nos toits remplis de mensonges,
Avec des cris, avec des chants,
Passant, fuyant, pareils aux songes.
 
Comme ils sont près du Dieu vivant
Et de l’aurore fraîche et douce,
Ces gais bohémiens du vent
N’amassent rien qu’un peu de mousse.
 
Toute la terre est sous leurs yeux ;
Dieu met, pour ces purs êtres frêles,
Un triomphe mystérieux
Dans la légèreté des ailes.
 
Atteignent-ils les astres ? Non.
Mais ils montent jusqu’aux nuages.
Vers le rêveur, leur compagnon,
Ils vont, familiers et sauvages
 
La grâce est tout leur mouvement,
La volupté toute leur vie ;
Pendant qu’ils volent vaguement,
La feuillée immense est ravie.
 
L’oiseau va moins haut que Psyché.
C’est l’ivresse dans la nuée.
Vénus semble l’avoir lâché
De sa ceinture dénouée.
 
Il habite le demi-jour ;
Le plaisir est sa loi secrète.
C’est du temple que sort l’amour,
C’est du nid que vient l’amourette.
 
L’oiseau s’enfuit dans l’infini
Et s’y perd comme un son de lyre.
Avec sa queue il dit nenni
Comme Jeanne avec son sourire.
 
Que lui faut-il ? un réséda,
Un myrte, une ombre, une cachette.
Esprit, tu voudrais Velléda ;
Oiseau, tu chercherais Fanchette.
 
Colibri, comme Ithuriel,
Appartient à la zone bleue.
L’ange est de la cité du ciel ;
Les oiseaux sont de la banlieue.
 

16 août 1859.

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