Hugo

Les Quatre Vents de l’esprit, 1881



 
Oh ! reviens ! printemps ! fanfare
Des parfums et des couleurs !
Toute la plaine s’effare
Dans une émeute de fleurs.
 
La prairie est une fête ;
L’âme aspire l’air, le jour,
L’aube, et sent qu’elle en est faite ;
L’azur se mêle à l’amour.
 
On croit voir, tant avril dore
Tout de son reflet riant,
Éclose au rosier l’aurore
Et la rose à l’orient.
 
Comme ces aubes de flamme
Chassent les soucis boudeurs !
On sent s’ouvrir dans son âme
De charmantes profondeurs.
 
On se trouve heureux, jeune,
Et, plein d’ombre et de matin,
On rit de l’hiver, ce jeûne,
Avec l’été, ce festin.
 
Oh ! mon cœur loin de ces grèves
Fuit et se plonge, insensé,
Dans tout ce gouffre de rêves
Que nous nommons le passé !
 
Je revois mil huit cent douze,
Mes frères petits, le bois,
Le puisard et la pelouse,
Et tout le bleu d’autrefois.
 
Enfance ! Madrid ! campagne
Où mon père nous quitta !
Et dans le soleil, l’Espagne !
Toi dans l’ombre, Pepita !
 
Moi, huit ans, elle le double ;
En m’appelant son mari,
Elle m’emplissait de trouble... —
Ô rameaux de mai fleuri !
 
Elle aimait un capitaine ;
J’ai compris plus tard pourquoi,
Tout en l’aimant, la hautaine
N’était douce que pour moi.
 
Elle attisait son martyre
Avec moi, pour l’embraser,
Lui refusait un sourire
Et me donnait un baiser.
 
L’innocente, en sa paresse,
Se livrant sans se faner,
Me donnait cette caresse
Afin de ne rien donner.
 
Et ce baiser économe,
Qui me semblait généreux,
Rendait jaloux le jeune homme,
Et me rendait amoureux.
 
Il partait, la main crispée ;
Et, me sentant un rival,
Je méditais une épée
Et je rêvais un cheval.
 
Ainsi, du bout de son aile
Touchant mon cœur nouveau-né,
Gaie, ayant dans sa prunelle
Un doux regard étonné,
 
Sans savoir qu’elle était femme,
Et riant de m’épouser,
Cet ange allumait mon âme
Dans l’ombre avec un baiser.
 
Mal ou bien, épine ou rose,
À tout âge, sages, fous,
Nous apprenons quelque chose
D’un enfant plus vieux que nous.
 
Un jour la pauvre petite
S’endormit sous le gazon... —
Comme la nuit tombe vite
Sur notre sombre horizon !
 

15 janvier 1855.


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