Hugo

Les Voix intérieures, 1837


Passé


 
C’était un grand château du temps de Louis treize.
Le couchant rougissait ce palais oublié.
Chaque fenêtre au loin, transformée en fournaise,
Avait perdu sa forme et n’était plus que braise.
Le toit disparaissait dans les rayons noyé.
 
Sous nos yeux s’étendait, gloire antique abattue,
Un de ces parcs dont l’herbe inonde le chemin,
Où dans un coin, de lierre à demi revêtue,
Sur un piédestal gris, l’hiver, morne statue,
Se chauffe avec un feu de marbre sous sa main.
 
Ô deuil ! le grand bassin dormait, lac solitaire.
Un Neptune verdâtre y moisissait dans l’eau.
Les roseaux cachaient l’onde et l’eau rongeait la terre.
Et les arbres mêlaient leur vieux branchage austère,
D’où tombaient autrefois des rimes pour Boileau.
 
On voyait par moments errer dans la futaie
De beaux cerfs qui semblaient regretter les chasseurs ;
Et, pauvres marbres blancs qu’un vieux tronc d’arbre étaie,
Seules, sous la charmille, hélas ! changée en haie,
Soupirer Gabrielle et Vénus, ces deux sœurs !
 
Les manteaux relevés par la longue rapière,
Hélas ! ne passaient plus dans ce jardin sans voix ;
Les tritons avaient l’air de fermer la paupière.
Et, dans l’ombre, entrouvrant ses mâchoires de pierre,
Un vieux antre ennuyé bâillait au fond du bois.
 
Et je vous dis alors : — Ce château dans son ombre
A contenu l’amour, frais comme en votre cœur,
Et la gloire, et le rire, et les fêtes sans nombre,
Et toute cette joie aujourd’hui le rend sombre,
Comme un vase noircit rouillé par sa liqueur.
 
Dans cet antre, où la mousse a recouvert la dalle,
Venait, les yeux baissés et le sein palpitant,
Ou la belle Caussade ou la jeune Candale,
Qui, d’un royal amant conquête féodale,
En entrant disait Sire, et Louis en sortant.
 
Alors comme aujourd’hui, pour Candale ou Caussade,
La nuée au ciel bleu mêlait son blond duvet,
Un doux rayon dorait le toit grave et maussade,
Les vitres flamboyaient sur toute la façade,
Le soleil souriait, la nature rêvait !
 
Alors comme aujourd’hui, deux cœurs unis, deux âmes,
Erraient sous ce feuillage où tant d’amour a lui ;
Il nommait sa duchesse un ange entre les femmes,
Et l’œil plein de rayons et l’œil rempli de flammes
S’éblouissaient l’un l’autre, alors comme aujourd’hui !
 
Au loin dans le bois vague on entendait des rires.
C’étaient d’autres amants, dans leur bonheur plongés.
Par moments un silence arrêtait leurs délires.
Tendre, il lui demandait : D’où vient que tu soupires ?
Douce, elle répondait : D’où vient que vous songez ?
 
Tous deux, l’ange et le roi, les mains entrelacées,
Ils marchaient, fiers, joyeux, foulant le vert gazon,
Ils mêlaient leurs regards, leur souffle, leurs pensées... —
Ô temps évanouis ! ô splendeurs éclipsées !
Ô soleils descendus derrière l’horizon !
 

Commentaire (s)
Votre commentaire :
Nom : *
eMail : * *
Site Web :
Commentaire * :
pèRE des miséRablEs : *
* Information requise.   * Cette adresse ne sera pas publiée.
 


Mon florilège

(Tоuriste)

(Les textes et les auteurs que vous aurez notés apparaîtront dans cette zone.)

Compte lecteur

Se connecter

Créer un compte

Agora

Évаluations récеntes
☆ ☆ ☆ ☆ ☆

Βеаuјеu : «Lе sоir, аu sоn bruуаnt...»

Τоulеt : «Gérоntе d’unе аutrе Ιsаbеllе...»

Vеrlаinе : Sérénаdе

*** : «Μа bеrgèrе Νоn légèrе...»

Jаmmеs : Lе Dеuil du соnsеillеr muniсipаl

Τhаlу : L’Îlе lоintаinе

Riсhеpin : Sоnnеt mоrnе

Siеfеrt : Αmоur

Τоulеt : L’Ιngénuе.

Rоnsаrd : «Quаnd је vоus vоis, оu quаnd је pеnsе à vоus...»

☆ ☆ ☆ ☆

Τоulеt : «Се fut pаr un sоir dе l’аutоmnе...»

Sаint-Αmаnt : Sоnnеt sur dеs mоts qui n’оnt pоint dе rimе

Αpоllinаirе : Lе Hibоu

Viаu : «Αh ! Ρhilis, quе lе Сiеl mе fаit mаuvаis visаgе !...»

Vеrlаinе : Çаvitrî

Сrоs : À Μ. Hаussmаnn

Lingеndеs : Stаnсеs : «Соnnаissаnt vоtrе humеur, је vеuх biеn, mа Sуlviе...»

Hеrеdiа : Épigrаmmе vоtivе

Lаfоrguе : Sоnnеt pоur évеntаil

Cоmmеntaires récеnts

De Сосhоnfuсius sur «Lе sоir, аu sоn bruуаnt...» (Βеаuјеu)

De Jаdis sur «Jе lе dis, l’égоïstе еst un аrbrе inutilе...» (Dеsсhаmps)

De Сurаrе- sur Lе Βаtеаu ivrе (Rimbаud)

De Сосhоnfuсius sur Lа Μеr dе Kуpris (Lоuÿs)

De Сосhоnfuсius sur «Αstrеs сruеls, еt vоus diеuх inhumаins...» (Du Βеllау)

De Jаdis sur Sсhеvеninguе mоrtе sаisоn (Lаrbаud)

De Jаdis sur «Αh ! Ρhilis, quе lе Сiеl mе fаit mаuvаis visаgе !...» (Viаu)

De Сurаrе- sur Lеs Νègrеs (Jаmmеs)

De Сurаrе- sur «J’étаis еn libеrté quаnd сеllе qui m’еngаgе...» (Lа Rоquе)

De Xiаn sur Sоnnеt : «Dеuх sоnnеts pаrtаgеnt lа villе...» (Соrnеillе)

De Xiаn sur Vеrs imprоvisés sur un аlbum (Lаmаrtinе)

De Саnаrd sur Sur Jоnаs (Drеlinсоurt)

De Sаuvеtеur sur À Μаdаmе G., Sоnnеt (Μussеt)

De Μоnrоsе sur «Lа nudité dеs flеurs с’еst lеur оdеur сhаrnеllе...» (Αpоllinаirе)

De Сhristiаn sur Lа Guеrrе (Sаint-Ρоl-Rоuх)

De Сhristiаn sur «Соmmе unе bеllе flеur аssisе еntrе lеs flеurs...» (Rоnsаrd)

De dеsfоrgеs sur Sуmphоniе inасhеvéе (Μilоsz)

De Ιо Kаnааn sur L’Éсhо (Соppéе)

De Сurаrе- sur «Се rusé Саlаbrаis tоut viсе, quеl qu’il sоit...» (Du Βеllау)

De Ιо Kаnааn sur Ρèlеrinаgе (Vеrhаеrеn)

De Τhundеrbird sur «Dе vоir mignоn du Rоi un соurtisаn hоnnêtе...» (Du Βеllау)

Plus de commentaires...

Flux RSS...

Ce site

Présеntаtion

Acсuеil

À prоpos

Cоntact

Signaler une errеur

Un pеtit mоt ?

Sоutien

Fаirе un dоn

Librairiе pоétique en lignе