Hugo

Les Contemplations (II), 1856


             
XXI
Spes


 
De partout, de l’abîme où n’est pas Jéhovah,
Jusqu’au zénith, plafond où l’espérance va
Se casser l’aile et d’où redescend la prière,
En bas, en haut, au fond, en avant, en arrière,
L’énorme obscurité qu’agitent tous les vents,
Enveloppe, linceul, les morts et les vivants,
Et sur le monstrueux, sur l’impur, sur l’horrible,
Laisse tomber les pans de son rideau terrible ;
Si l’on parle à la brume effrayante qui fuit,
L’immensité dit : Mort ! L’éternité dit : Nuit !
L’âme, sans lire un mot, feuillette un noir registre ;
L’univers tout entier est un géant sinistre ;
L’aveugle est d’autant plus affreux qu’il est plus grand ;
Tout semble le chevet d’un immense mourant ;
Tout est l’ombre ; pareille au reflet d’une lampe,
Au fond, une lueur imperceptible rampe ;
C’est à peine un coin blanc, pas même une rougeur.
Un seul homme debout, qu’ils nomment le songeur,
Regarde la clarté du haut de la colline ;
Et tout, hormis le coq à la voix sibylline,
Raille et nie ; et passants confus, marcheurs nombreux,
Toute la foule éclate en rires ténébreux
Quand ce vivant, qui n’a d’autre signe lui-même
Parmi tous ces fronts noirs que d’être le front blême,
Dit en montrant ce point vague et lointain qui luit :
Cette blancheur est plus que toute cette nuit !
 

Janvier 1856.

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 11 mai 2016 à 16h53

Des lézard et des hommes
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Un groupe de marcheurs, vers le soir, arriva
Au pays des lézards, où nul être ne va.:
Ils se sont arrêtés pour un temps de prière,
Sachant que leur chemin n’irait pas en arrière.

Ce pays des lézards, c’est un pays sans vent,
Accueillant pour les morts, plus que pour les vivants ;
Une fois qu’on y vit, ce n’est pas si horrible,
Même si leur pinard n’est vraiment pas terrible.

Dans le moindre recoin, les lézards sont nombreux,
Apportant aux humains des songes ténébreux ;
Mais parfois, l’un d’entre eux, du haut d’une colline,
Fat plaisamment entendre un air de mandoline.

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