Vincent Hyspa


Le Ver Solitaire


   
L’enfant perdu que sa mère abandonne
Trouve toujours un asile au Saint-lieu.
Le poète.


 

I


 
À l’abri, non des vents, mais des regards profanes,
Abandonné sans feu ni lieu, sans dieux ni mânes,
— De savoir si c’était le matin ou le soir,
Je ne pourrai jamais éclaircir ce mystère, —
C’est dans un long, très long, très humide couloir,
Sous une porte qui n’est pas même cochère
Que, pour parler correctement, j’ai vu le jour,
Bien qu’il y fît plus noir et plus chaud qu’en un four.
Je n’ai jamais connu mon père, ni ma mère...
— Je suis le pauvre ver, le pauvre ver solitaire.
 
 

II


 
Appareiller toujours pour les mêmes voyages,
Sans espoir d’imprévus et de nouveaux rivages,
Doubler les mêmes caps et les mêmes détroits,
Quand on a des désirs de voir à satisfaire,
En vérité cela donne le spleen, je crois.
Je sais bien que la promenade est salutaire ;
Mais visiter toujours d’identiques décors,
Jeter l’ancre toujours au fond des mêmes ports,
Et puis... Je sais par cœur tous les plis de ma sphère.
— Je suis le pauvre ver, le pauvre ver solitaire.
 
 

III


 
Et des poètes ont chanté la solitude !
La solitude, à deux, peut-être n’est pas rude.
Moi, je ne connais pas les baisers des amants :
Un Dieu cruel me fit toujours célibataire.
Pourtant j’étais taillé pour faire un vert-galant.
Les envieux   cela pullule sur la terre —
Prétendent que, malgré mes multiples anneaux,
Il me manque les qualités du conjungo.
Ayant une profonde horreur de l’annulaire.
— Je suis le pauvre ver, le pauvre ver solitaire.
 
 

IV


 
Si je n’ai pas l’amour d’une de mes semblables,
Je me rattrape sur les plaisirs de la table.
Je n’ai pas, il est vrai, le choix de mes menus.
On ne m’apporte pas la carte des matières,
Mais on me mâche les morceaux menus, menus ;
Je n’ai qu’à me croiser les bras et rien à faire,
Mes plats sont digérés. — Ce qui est digéré
N’est pas perdu pour moi. — Si je suis altéré,
Mon verre n’est pas grand, mais je bois dans mon verre.
— Je suis le pauvre ver, le pauvre ver solitaire.
 
 

V


 
Sans me faire un cheveu, je vivrais bien tranquille
Mais, voyez-vous, il est toujours quelque imbécile.
Un jour, un vieux savant, bêtement me donna
— Et cela pour me perdre aux yeux du populaire
Et se créer un nom, — celui de tœnia.
Oui, je le sais, plus tard, dans un bocal de verre
Je finirai, — dernière peine de mon cœur —
Sous ce diagnostic : Maladie de longueur,
Et sans avoir connu les baisers de ma mère.
— Je suis le pauvre ver, le pauvre ver solitaire.
 
 

ENVOI


 
Ô princesse au lys noir, quoique noir toujours vert,
Sous votre pavillon, loin du vent de misère,
Souhaite que me gardiez à l’abri, for ever.
— Je suis le pauvre ver, le pauvre ver solitaire.
 

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