Vincent Hyspa


Soliloque du Chauve


 
Ils s’en sont allés loin — bien loin ! —
Les fauves arbres capillaires,
Où les doigts fleurtaient, sans témoins,
Des maîtresses aux mains légères.
 
Pour chausser d’autres crânes nus,
Appartenant à de gros maîtres,
Peut-être sont-ils devenus
Perruques... peut-être hygromètres...
 
Il est quatre heures du matin
Sur le boulevard de mon crâne.
Le Temps, balayeur à tous crins,
En a fait la surface plane
 
Et blanche que vous la prendriez
Pour du marbre très véritable
Et que, Madame, vous voudriez
Y faire dresser votre table.
 
S’il s’y trouvait quelque élément
Issu d’une capillature,
Ah ! n’en cherchez pas vainement
Près de moi la manufacture...
 
Il est quatre heures du matin
Sur le boulevard de mon crâne ;
Le Temps, balayeur à tous crins,
En a fait la surface plane
 
Et polie ainsi qu’un miroir
À ce point que l’on peut, ma chère,
En se penchant dessus, y voir,
Qu’on se ressemble comme un frère.
 
Et quand je vais de par la nuit,
La tête nue, il s’y reflète
Tant d’étoiles que l’on me suit
Et me prend pour une comète.
 
Il est quatre heures du matin
Sur le boulevard de mon crâne,
Le Temps, balayeur à tous crins,
En a fait la surface plane
 
Et nue autant qu’un Sahara
Sans oasis ni caravane,
Où jamais rien ne poudroiera
Que le soleil, ô ma sœur Anne !
 
Déserte comme l’Odéon...
On y peut glisser sur la glace,
On n’y dort pas sur le gazon,
Il en reste à peine la place...
 
Il est quatre heures du matin,
Sur le boulevard de mon crâne.
Le Temps, balayeur à tous crins,
En a fait la surface plane.
 
Il y vient errer quelquefois,
L’âme des mains de mes amantes
Effeuillant jadis sous leurs doigts
Le pavot des caresses lentes...
 
Allez, courez vers d’autres bois,
Mains anciennes, mains de rêve,
Le joli Mai, le joli mois,
Sur ma tête, s’est mis en grève.
 

Commentaire (s)
Déposé par Jadis le 1er octobre 2019 à 15h21

Consolation du chauve
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Mon Dieu, c’est vrai, je le confesse,
Mon orgueil se tient désormais
Dans ma casquette en peau de fesse
Plus que dans mon ancien plumet.

La luisante boule d’ivoire
Qui se tapit sous mon béret
Evoque mieux la patinoire
D’Albertville qu’une forêt.

La mouche y trouve son royaume :
L’insecte arrogant y vrombit
Comme sur un aérodrome
Au fond du désert de Gobi.

Toutefois, avantage insigne
Et bénéfice précieux,
S’étant tous donné la consigne,
Les poux ont fui vers d’autres cieux.

Quant aux menottes dépitées
Au souvenir de ce qui fut,
Elles fouilleront, enchantées,
D’autres fourrés bien plus touffus.

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