Francis Jammes


LES GÉORGIQUES CHRÉTIENNES (fragments)


 

Chant I


Des anges moissonnaient à l’heure où bout la ruche.
On voyait sous un arbre et dans l’herbe leur cruche.
 
On entendit que le ciel aspirait de l’amour
Au-dessus des épis débordant le labour.
 
De temps en temps l’un de ces anges touchait terre
Et buvait à la cruche une gorgée d’eau claire.
 
Sa joue était pareille à la rouge moitié
De la pomme qui est l’honneur du compotier.
 
Il reprenait son vol, et d’abord sa faucille.
Quelque autre alors foulait l’ombre qui fait des grilles.
 
Ou tous ils descendaient ensemble, ou bien encor
Ensemble reprenaient avec calme l’essor.
 
Chacun avait passé le bras à sa corbeille
Dont les tresses formaient comme un essaim d’abeilles.
 
Clarté fondue à la clarté, ces travailleurs
Récoltaient du froment la plus pure des fleurs.
 
Ils venaient visiter sur ce coin de la Terre
La beauté que Dieu donne à la vie ordinaire.
 
S’ils s’élevaient, leurs yeux vers un enclos banal
S’abaissaient où l’aïeul assis lit son journal.
 
La ferme était massive avec des ombres larges
Que le soleil des blés encadrait de ses marges.
 
Les ailes rabattues des contrevents épais
Ménageaient au-dedans l’ombre, sœur de la paix.
 
Le bonheur entourait cette maison tranquille,
Comme une eau bleue entoure exactement une île.
 
Là, père, mère, enfants rompaient avec amour
À côté de l’aïeul le pain de chaque jour.
 
Les mêmes anges dont les moissons s’embellissent
Inspiraient les propos de ces gens sans malice.
 
Il faut, le blé, disait le père, est abondant,
Faire la part de Dieu plus grande au mendiant.
 
Il faut, disait la mère, en songeant à sa fille,
Économiser l’or que fait choir la faucille.
 
Il faut, disait un fils, un chien qui ait bon pied :
Quand le chaume est nombreux, nombreux est le gibier.
 
L’une des brus disait : il faudra cette année
Remplacer du salon les étoffes fanées.
 
Il faut, disait la fille au goût peu compliqué,
À mon chapeau de paille un champêtre bouquet.
 
Il faut, disait l’aïeul, quand l’épi ploie la tête
Et le vieux, que la tombe et la grange soient prêtes.
 
 

*


 
Au loin le ciel solide au sommet d’un coteau
Tendait un inflexible et lumineux cordeau.
 
Mais tout était fraîcheur et noirceur à la base
Où l’eau, d’un cours interrompu, creusait son vase.
 
Une flûte monta la gamme, et descendit
Et remonta. Quelque sonnaille répondit.
 
Puis la sonnaille et sa sœur la flûte se turent.
Il ne resta plus rien que la vision dure :
 
La ligne nettement qui se continuait
Sous cet azur trop bleu pour qu’il pût remuer.
 
Les anges moissonneurs à cette heure du somme
Étendirent leurs belles ailes sur les hommes.
 
 

*


 
Par les échelles d’or que le soleil suspend
Aux fentes des volets l’illusion descend.
 
L’agriculteur rêva de sa future race,
Des terres qu’elle aurait, spacieuses et grasses.
 
Sa sieste lui montrait les chariots du soir
De gerbes rayonnants comme des ostensoirs.
 
Il voyait l’instrument qui par la canicule,
Ailé, griffu, tranchant, dans les sillons circule.
 
Les femmes de ses fils, le sein gonflé d’amour,
Guettaient par la fenêtre ouverte leur retour.
 
Elles apparaissaient robustes, encadrées
Par les plantes grimpant aux montants des croisées.
 
Le soleil saluait ces beaux êtres debout
Sur leurs vivants piliers où l’avenir tient tout.
 
Une agitation légère du feuillage
Apportait la fraîcheur sans amener l’orage.
 
Des hymnes s’élevaient ainsi que des vapeurs
Et planaient en tremblant sur la fin des labeurs.
 
Des ouvriers aux mains rudes, lentes et lourdes,
Ramassaient leurs haillons, leurs paniers et leurs gourdes.
 
La colline étendant le bras marquait l’arrêt
Aux bœufs dont on eût dit que le couple s’ancrait.
 
Et quand l’agriculteur à la sieste fit trêve,
Il vit que le réel l’emportait sur le rêve.
 
Il alla retrouver ses fils parmi les champs
Jusqu’à l’heure paisible où fleurit le couchant.
 
La Terre entra dans l’ombre avec toute sa gloire.
Des chevaux pleins de nuit s’en revinrent de boire,
 
Au long des flancs des bêtes que l’on détela,
Sous un souffle le flot du froment ruissela.
 
Quand les fils les premiers rentrèrent à la ferme,
Leurs femmes attendaient, le cœur et les pieds fermes.
 
Et le père devant ces tableaux retrouvés
Reconnut que tantôt il n’avait pas rêvé.
 
Ils prirent leur repas, les fenêtres ouvertes.
De fruits bien arrangés la table était couverte.
 
Les nombreux serviteurs mangèrent à leur tour ;
Puis ils cuirent le pain, fils du blé, dans le four.
 
Les anges, revenus de la moisson, bénirent
Ce pain que pour le tour ces serviteurs pétrirent.
 
Le pain qu’il faut gagner à la sueur du front.
Le pain que dans le deuil et dans la joie on rompt.
 
Le pain qui fut offert par Abraham aux hommes
Venus au nom de Dieu pour détruire Sodome.
 
Le pain tombé du ciel pour le peuple au désert,
Quand sécha la rosée dont le sol fut couvert...
 
Le pain dont le Seigneur a promis l’abondance
À ceux-là qui vivraient dans son obéissance.
 
Les êtres immortels assis sur l’escabeau
Trouvaient que notre sort dans l’ombre est toujours beau.
 
Sur le front du vieillard dont la face est ridée
Reste inscrit le sacré mystère de l’idée.
 
Deux jeunes cœurs épris de retraite sont pleins
De richesses qu’un roi voudrait capter en vain.
 
Le pain noir prend le goût du miel, quand on le mange
Dans l’air que Dieu parfume avec des ailes d’anges.
 
Tous ceux assis à l’âtre ou debout priaient bas ;
Mais comment ils priaient ils ne le savaient pas.
 
La pâte au feu levait ainsi que le blé lève
Dans les flammes de Mars qui font bouillir la sève.
 
Les âmes se haussaient comme font tour à tour
Le foyer du soleil et le foyer du four.
 
Quelle autre manne au ciel tout gerbé d’étincelles
Le Seigneur préparait qu’il offrait en modèle ?
 
Donnez-nous aujourd’hui notre pain quotidien
Puisque sans Vous l’homme n’a rien et ne sait rien.
 
C’est Vous qui apprenez ce que nous voyons faire
Aux doigts dans le pétrin croisés comme en prière.
 
C’est Vous qui enseignez les bras à supplier
En brandissant la pâte afin de la lier.
 
C’est Vous qui des soupirs du travail qui halette
Tirez des mots d’amour que scande le poète.
 
Notre Père des Cieux, considérez ces gens
Et montrez-Vous pour eux tel qu’un maître indulgent.
 
Père des moissonneurs, voici Votre faucille ;
Comme des champs de blé Vous tranchez les familles.
 
Ô Père des meuniers ! voici Votre moulin :
Cet Univers qui tourne, et nous sommes Vos grains.
 
Père des boulangers, pétrissez notre argile,
Multipliez les pains dont parle l’Évangile.
 
 

*


 
Le chef de la maison avant qu’on reposât
S’en vint à la cuisine et avec tous causa.
 
Et le moindre incident de cette vie rustique
Grandissait comme un vers dans le vent poétique.
 
Un jeune matelot était rentré aux champs.
À travers ses récits on voyait l’océan.
 
Ainsi, entre les fûts des forêts de résine,
Continue la couleur de la plaine marine.
 
Évoquant l’Amérique et ses géants maïs,
Il préférait pourtant le grain de nos pays.
 
Il contait l’arbre à pain qui pousse sans culture,
La vie à Tahiti dans la simple nature.
 
Et les vieux subissaient, leurs têtes disant oui,
De ces mondes lointains le prestige inouï.
 
Une fille de ferme au placide visage
Attentive écoutait ces histoires sauvages.
 
Le lumignon fameux éclairait dans sa main
Une pêche teintée de jaune et de carmin.
 
Toute son attitude avait cette noblesse
Que l’antiquité prête aux robustes déesses.
 
On eût dit, dans ce temps où notre sol produit,
Qu’elle trônait ainsi que la reine des fruits.
 
Cet amour qui naissait dans le cœur de cet Être,
Les anges l’approuvaient, les vieillards et le maître.
 
La Terre en appelait à la Mer pour unir
Les moissons du présent aux moissons à venir.
 
Les champs sont des brebis qui restent au village.
La race y doit veiller dont ils sont l’héritage.
 
Dieu même a disposé pour ces troupeaux dormants
Qu’il semble préférer d’antiques instruments.
 
Le clocher du village ainsi qu’une houlette
Domine les toisons de la récolte prête.
 
Derrière ces produits qu’elle sait protéger
La colline s’étend comme un chien de berger.
 
Et l’enfant qui la siffle arbore à la coiffure
L’épi que le soleil fait de sa chevelure.
 
Le froment jeté bas en ce soir préparait
Quelque jeune semeur qui le relèverait.
 
Le cœur quand il s’éprend est le nid où veut naître
Une âme dont déjà le frisson le pénètre.
 
Dans ce cœur qui germait aujourd’hui, ce frisson
N’était-il pas issu du vent dans la moisson ?
 
Cette scène évoquait le tableau d’un autre âge.
Tout y gardait son prix pur de tout alliage.
 
La cruche n’était plus sur le front un fardeau,
Couronne du travail faite de terre et d’eau.
 
Une ancienne, le bras recourbé comme une anse,
Et qui rentrait du puits, respirait la puissance.
 
Elle s’arrêta net laissant sur tous planer
Son regard d’ombre avant de se découronner.
 
On se tut. On sentait les anges en prière
Près de ce serviteur de l’existence austère.
 
Quand elle eut élevé la cruche dans ses mains
Et puis l’eut reposée, elle dit au marin :
 
Tu sais que cette fille est ma petite-fille.
J’ai conservé l’argent qu’elle a de sa famille.
 
J’avais toujours pensé que vous seriez promis
Lorsque tu reviendrais habiter le pays.
 
Je sais ton sentiment et sais qu’elle est vaillante
Comme tu es vaillant et sera ta servante.
 
Il répondit : vous avez bien connu mon cœur.
Je serai votre enfant et serai laboureur.
 
L’amoureuse voilait de ses mains son visage
Pour en cacher la flamme à tout son entourage.
 
Son aïeule reprit : cela me paraît bien,
Mais sans l’avis du maître il ne faut faire rien.
 
Le maître était debout. Il inclina la tête.
Comme on ouvrait le four la flamme leur fit fête.
 
On vit mûrir le pain et sur lui s’éployer
L’Été quotidien que l’on nomme un foyer.
 
C’était Dieu qui, levant la main parmi cette ombre,
Jurait à ses enfants des récoltes sans nombre.
 
 

*


 
La maison s’endormit. La nuit comme au désert
Dressa sa tente et mit ce saint peuple à couvert.
 
Tente brodée en or d’épis, qui nous rappelle
Que le ciel a copié les terrestres javelles.
 
On eût pu voir ce ciel de Juillet refléter
Les tableaux qui venaient dans les champs d’exister.
 
Le même chariot tantôt chargé de gerbes
Semblait être engagé dans ces hauteurs superbes.
 
La route, avec la croix de mission, c’était
Cette voie où l’azur de la nuit est lacté.
 
On aurait retrouvé cette Juste balance
Qui dira si l’épi de la récolte est dense.
 
La vierge et le bouvier causaient comme à midi
Sans craindre le serpent à cette heure engourdi.
 
Ainsi se répétaient au-dessus de nos têtes
Les frustes visions des anciens poètes.
 
Ceux-là n’écrivaient point, mais ils levaient les yeux
Vers la lyre qui joue au seul rythme des cieux,
 
Quel était donc ce bruit semblable à du silence
Et qui donc à ce vide imposait des présences ?
 
Les Gardiens conduisaient à l’éternel Séjour
Les âmes, ces épis de nos corps, ces labours.
 
Au-dessus des cités, au-dessus des campagnes,
Chaque ange s’envolait enlevant sa compagne.
 
La gerbe dépouillée était restée en bas
Rendue à son argile, enlevée à nos bras.
 
Ainsi que commandait le bon maître à sa ferme
Le bon Maître là-haut se montrait doux et ferme.
 
L’un avec du froment faisait du pain au four,
L’autre avec l’âme au Ciel fabriquait de l’amour.
 
Tout avait le frisson de la clarté lunaire,
Ce jour vu à travers l’ombre que fait la Terre.
 
C’est l’heure où l’impie même en élevant les yeux
Marque l’horreur de l’ombre et le désir de Dfeu.
 
Les plans sont confondus, il n’est plus de distance.
Le sol est une seule vague qui s’élance.
 
C’est ainsi que la mort comme sa sœur la nuit
Ne jette qu’un seul voile à des corps infinis.
 
Tandis que se fondaient les couleurs sur la terre
Chaque bruit devenait plus pur et solitaire.
 
Le nocturne se fit le chant d’un jour moins chaud.
La sonnaille devint le timbre du crapaud.
 
Une flûte de terre agile, c’est la caille,
Remplaça le pipeau que dans le buis on taille.
 
Ce timbre et cette flûte étaient répercutés
Par le cri du hibou, liquide et sangloté.
 
Ainsi que reparaît la lune entre les nues
Le grillon reprenait quand ces voix s’étaient tues.
 
Ces nues couraient Tune après l’autre à ces hauteurs,
Brebis de l’invisible et du divin Pasteur.
 
De nos âmes c’était une touchante image :
La laine se détache ainsi que le nuage.
 
Troupeau de l’Évangile, ineffable et béni,
De la terre il passait dans ce ciel infini.
 
Bientôt l’aube éleva son épaisse fumée
Comme d’un feu des champs que masque encor la haie.
 
Avec une dernière étoile de vermeil
L’Aurore qui riait rallumait le soleil.
 
Et l’angélus alors couronnant le nocturne
Laissa les pleurs de Dieu déborder de son urne.
 
Cependant au-dessus de la nuit et du jour
Un mystère naissait qui débordait l’amour.
 
Ce n’était pas assez sous le ciel comme une arche
Que la moisson fût large autour du patriarche.
 
Près des anges gardiens ce n’était pas assez
Que deux êtres si beaux se fussent fiancés.
 
Que la nuit eût repris l’hymne de la journée
Ce n’était pas assez pour la Bonté innée.
 
Honneur sans nom rendu au froment le matin,
Le Fils de Dieu prenait l’apparence du pain.
 
 

Chant II


... La cour s’emplit d’ombres mouvantes. Le portail
S’ouvrait sur la rentrée des gens et du bétail.
 
On entendait les voix sans distinguer les faces,
La lune n’éclairant que le haut de l’espace.
 
Les cuves sur les chars noircissaient dans le ciel
Et dominaient les bœufs massifs et solennels.
 
On voyait çà et là courir une lumière ;
Le pressoir recevait les dernières grappières.
 
La danse des fouleurs, fille du vieux Noé,
Ne poussait point les cris païens de l’évohé.
 
Nul fifre ne l’accompagnait et sa mesure
Naissait du seul motif que la grappe était mûre.
 
Les bacchantes et les silènes délaissés
Avalent cédé la place aux anges de Jessé.
 
Ceux-ci mêlaient aux raisins blonds leurs boucles blondes,
Sachant ce que du vin fait le Sauveur du Monde
 
La danse peu à peu se ralentit, son pas
Demeura suspendu à l’heure du repas.
 
Une cloche retentissait par la campagne
Comme un appel à Dieu dans la nuit qui nous gagne.
 
Une grandeur naissait du travail achevé
Et l’aïeule et le tonnelier s’étaient levés.
 
Il alla déposer les cercles de barrique
Dans le chai, puis revint avec des domestiques.
 
Vers la salle où la longue table se dressait
Se dirigeaient les paysans jamais pressés.
 
Les murs nus s’éclairaient de lampes au pétrole
Dont la flamme au plafond mettait des auréoles.
 
Je vis entrer la belle fille et son marin,
Calmes et souriants et se donnant la main.
 
Tous s’assirent. Ce fut un moment de silence
Quand la soupe fuma dans la lourde faïence.
 
Le premier qui parla fut l’antique berger
Qui fuit les monts dès que sur eux il a neigé.
 
Il était arrivé seulement de la veille.
On avait vu d’abord l’âne inclinant l’oreille...
 
Puis le troupeau, puis l’homme et le chien à côté,
Tous marqués de leur humble et digne majesté.
 
On avait entendu les dociles clarines
Suivre les pas lents ou rapides de l’asine.
 
On aurait dit d’une oraison qui s’avançait
Vers la crèche divine, avec le front baissé.
 
Le palombier qu’on loue tous les ans pour la chasse
Ainsi que le berger à table avaient pris place.
 
Ce dernier demanda si l’on était content
Des prises qu’on faisait dans la lande à présent.
 
L’autre lui répondit : les glands manquent aux chênes,
L’appeau n’arrête pas le gibier dans la plaine...
 
Mais vous, si dans la plaine il ne se pose pas,
Savez-vous ce qu’on prit au passage là-bas ?
 
Là-bas, c’était la grande chasse au pays basque
Dans les gorges sans nom où soufflent les bourrasques ;
 
La chasse où les ramiers passent par millions ;
Vers lesquels on brandit sur les pics des haillons.
 
Le vol fuyant l’horrible épouvantail s’engage
Entre des contreforts aux flancs pleins de feuillage.
 
Et, quand il file au long d’un des coteaux, on voit
Fondre sur lui de faux éperviers faits de bois.
 
Le vol baisse affolé. Sa terreur recommence
Plus loin à de nouveaux éperviers qu’on lui lance.
 
Le vol baisse un peu plus et d’autres éperviers
Encor plus loin viennent encore l’enrayer.
 
Le vol baisse toujours, pris à ce stratagème
Qu’aux hommes a fourni la nature elle-même.
 
Il vient enfin donner comme un grand coup de vent
Dans un filet dressé qui retombe et le prend.
 
Alors pour témoigner de sa joie aux villages
Le palombler mugit dans un gros coquillage.
 
 

*


 
Les vendangeurs prenaient le plus vif intérêt
À ce que le berger au chasseur racontait.
 
La plupart connaissaient les cabanes légères
Des landes, mais non pas les brutales pantières.
 
La cabane landaise est faite en lauriers verts
Et en feuillages secs. On s’y met à couvert.
 
C’est de là qu’on attire, émigrant vers l’Afrique,
Les palombes qui fuient le trouble atmosphérique.
 
Lequel a droit au prix, le Basque ou le Landais ?
Chacun habilement pour soi pourrait plaider.
 
Si au cœur tourmenté la sauvage montagne
Plaît mieux, non pas au cœur épris d’une compagne.
 
Celui-ci choisira le long roucoulement
De l’appeau, l’humble bols et son recueillement.
 
Sans doute c’est ainsi qu’au fond de sa pensée
En jugeait le marin près de sa fiancée.
 
Le cœur d’aplomb, le buste droit, il se taisait.
Le calme de la mer sur sa face luisait.
 
Rien n’avait effacé durant son tour du monde
De son pays natal l’impression profonde.
 
Aucun des ports géants américains du Nord
N’avait été pour lui le véritable port.
 
Son port c’était un toit dont les ailes de paille
Imitent sur le sol les ailes de la caille.
 
Et plus que le hautain palmier l’intéressait
Le cep à ras de terre au fil de fer fixé.
 
Les seuls êtres pour lui qui n’étaient pas sauvages
Ils avaient vu le jour en France et au village :
 
Ces anciens qui semblaient dans la souche sculptés,
Ces jeunesses, sarments pleins d’élasticité.
 
Le repas s’avançait, mêlé de mille histoires.
Les vieux fermaient les yeux longuement pour mieux boire,
 
Les anges du travail riaient en les voyant,
Ô Psalmiste ! trouver le vin réjouissant :
 
Le vin rouge, soleil qui dans un rubis veille,
Le vin blanc, soleil vu au travers de la treille.
 
Le vin puissant et liquoreux de Jurançon
Qu’avec de l’ail goûta un royal enfançon.
 
Le vin de Monein, chaud comme un vin de Madère,
Roux et laissant du caramel aux flancs du verre.
 
Le vin noir, à la langue âpre, d’Irouléguy,
Aimé du Basque franc et rêche comme lui.
 
Le vin dit Pique-poult que l’Armagnac distille
Afin de lui passer une flamme subtile.
 
Aucun vin, ni celui d’Ausone, ni celui
De Racine ne vaut le vin de mon pays.
 
Le tonnelier trinqua. L’ami du plus grand âge,
Dit-il, boit au bonheur de ce futur ménage.
 
Il se tenait debout, son gros verre haussé
Ainsi qu’un diamant au front des fiancés.
 
Ceux-ci ne disaient rien mais ils baissaient la tête,
Consultant l’avenir, victoires et défaites.
 
Lorsque le tonnelier se fut tu et rassis,
Quelqu’un au matelot cria : Fils ! Réponds-lui
 
Il ne répartit point par des paroles vaines
Mais entonna le chant qu’on chante dans nos plaines.
 
Il s’était à son tour levé, la coupe en main.
Sa voix d’abord frémit comme le vent marin.
 
Il entonna l’hymne si triste : Ces montagnes
Sont si hautes qu’elles me cachent ma compagne.
 
C’était la même plainte, à plus de cinq cents ans,
Qu’après Gaston Phœbus poussait un paysan.
 
L’âme du peuple par ce beau chant remuée
Touchait-elle ce prince au fond de la nuée ?
 
Quand le couplet ployait l’aile comme un oiseau,
Sur la table on frappait du manche des couteaux.
 
Tous en chœur reprenaient : Tu chantes et tu chantes...
Même le tonnelier décharné comme Dante.
 
Le maître avec ses fils dans le lieu du festin
Allaient entrer, voulant en honorer la fin.
 
Tous quatre se tenaient sur le pas de la porte
Et mêlaient au refrain leurs voix graves et fortes.
 
Plus religieux l’air montait, et solennel,
De ce qu’y circulait un amour paternel.
 
La romance finit ainsi qu’un feu de brandes
Qui vacille. Et l’opaque nuit reprend la lande.
 
 

Chant IV


... Tandis qu’il préparait ce sol aux betteraves,
Le marin-laboureur releva son front grave.
 
Il regardait au loin un nuage s’enfuir,
Où la foudre semblait vaguement retentir.
 
Ce n’était qu’un troupeau dont murmuraient les cloches
Plus vaporeux d’autant qu’il se faisait moins proche.
 
Le pâtre repartait qui, depuis la Toussaint,
Pacagea ses brebis qui fumaient le terrain.
 
Il gagnait lentement, dégagé de la brume,
Ces océans massifs où les neiges écument.
 
Le mont faisait un geste aux pasteurs dispersés,
Et, le cœur plein d’amour, chacun obéissait.
 
C’était la lente, l’harmonieuse escalade
Qui mêle les sifflets aux tambours des cascades.
 
Le marin-laboureur comprenait le frisson
De ce berger pour qui grandissait l’horizon.
 
Je vous salue, bergers de ma contrée natale !
Près d’Argelès, Tournay où l’Arros clair dévale !
 
Bigorre devant qui s’abaissent tous les fronts :
Lourdes, rocher sacré par un honneur sans nom !
 
Ô Lourdes ! C’est vers toi que, sur son flls penchée,
Envoyait sa ferveur la nouvelle accouchée.
 
Par cet azur où s’entrouvraient les contrevents
Son Te Deum gagnait le pays des torrents.
 
Le sept Janvier, l’an mil huit cent quarante-quatre,
Bernadette éclaira le plus obscur des âtres.
 
Elle naquit des Soubirous dans un moulin
Qui ne suffisait pas à leur donner le pain.
 
Timide, souffreteuse, intelligente et sage,
Dès huit ans elle alla veiller aux pâturages.
 
Grotte de Massabielle ! À jamais des troupeaux,
Mais des troupeaux humains, remplacent ses agneaux.
 
Au lieu où, aujourd’hui, brûlent cent mille cierges,
Un pan du ciel s’ouvrit ; cette enfant vit la Vierge.
 
Ce qu’ici-bas refuse Dieu aux tout-puissants,
Il en a ébloui ce cœur de quatorze ans.
 
L’églantier s’embrasa sous les pieds qu’on honore.
Bernadette pâlit, les yeux vers cette Aurore.
 
C’est depuis lors qu’avec des sanglots dans la voix,
Toutes les nations tombent les bras en croix ;
 
Que le gémissement de la souffrance humaine
A remplacé le cri des brebis qu’on promène ;
 
Que la mère à la Mère offre son fils mourant ;
Que la lèpre guérit dans le flot transparent ;
 
Que la douleur intime, au fond de nous cachée,
Se fond dans le parfum pieux de la vallée ;
 
Que l’artiste, échappant à un dernier écueil,
Devant un art naïf dépose son orgueil.
 
Là j’ai vu dans la nuit solennelle et superbe
Un peuple qui campait et qui dormait sur l’herbe.
 
J’ai vu dans cette nuit un évéque à l’Autel
Officier sous les feux que charriait le ciel.
 
J’ai vu ce peuple se lever comme un seul homme,
La bouche vers ce Dieu où la mort se consomme.
 
C’était vous, Bernadette, Ô pauvresse à genoux !
Qui, morte, à votre tour, vous révéliez à nous.
 
Donc une jeune femme après sa délivrance
Remercie fervemment l’Arche de l’alliance.
 
Tantôt son hymne ailée se mire dans les eaux
Et tantôt réfléchit de solides tableaux.
 
Elle effleure les bois dont les feuilles se foncent
Et vers Lourdes toujours de plus en plus s’enfonce.
 
Elle longe au-dessus du bourg de Castétis
Le Clamondé tout plein d’yeux de myosotis.
 
Elle suit maintenant le gave de Lendresse
Tout imprégné d’azur et que ses bords caressent.
 
Voici dans la saulaie le clocher d’Abidos ;
Là, les vergers primés de Monein et d’Abos.
 
Voici, et ses villas, la plaine de Billère,
Leurs jardins, leurs ronds-points constellés de fleurs chères.
 
Voici les maraîchers des environs de Pau :
Les bassins, l’arrosoir, les touffes d’artichauts.
 
Copiant le mois de Mai dans leur toilette habile
Voici les promeneurs de l’exotique ville.
 
L’hymne l’a traversée. Sur les bords du Lagoin,
Elle loue l’épaisseur éclatante des foins.
 
Elle voit çà et là des gens courbés qui sèment
Le maïs célébré l’Automne au chant deuxième.
 
On les dirait ainsi en méditation,
Gonflant leurs chapelets à ces futurs sillons.
 
Mais elle n’oublie point parmi tant de merveilles
Qu’elle prie pour la mère et l’enfant qui sommeille.
 
La Vierge dont fleurit la souche d’Abraham
Commence d’apparaître au pont de Bétharram.
 
Cette Vierge en son cœur recueille la louange
De l’heureuse accouchée et la confie aux anges.
 
Lourdes alors surgit toute pleine de foi,
Bâtie du marbre pur des Tables de la Loi.
 
 

*


 
... Le maître de la ferme avait trouvé la veille
Son père évanoui à l’ombre d’une treille.
 
Quand le vieillard sentit battre à nouveau son cœur
Il demanda qu’on fît venir les serviteurs.
 
Ils se tinrent ainsi qu’on se tient sous les armes
Devant la couche sainte, et ravalant leurs larmes.
 
Il leur serra la main et leur dit : j’ai fini,
Alors que recommence à gazouiller le nid ;
 
Priez, mais seulement afin que je demeure
Jusqu’à la Fête-Dieu qui vient, et que je meure.
 
Ils furent exaucés et, de son lit, l’aïeul
Vit la procession poindre sous les tilleuls.
 
Le cœur tendu au Christ comme pour un échange
Il se sentait partir ivre du Pain des anges.
 
Il savait que ne peut mentir la Vérité
Et qu’il n’est pas d’ami meilleur que la Bonté.
 
Quand un père nous dit de croire en sa parole
Et quand il meurt pour nous le doute est chose folle.
 
La Parole sacrée soudain avait pris Corps
Et vivait au milieu de cet ostensoir d’or.
 
Le beau déroulement se faisait avec calme.
La fanfare inondait de lumière les palmes.
 
Seigneur, Tu nous touchais du doigt le cœur ! Seigneur,
Tu nous touchais du doigt le cœur de tout Ton cœur !
 
Le coteau que gonflait l’ombre des jeunes pousses
Semblait, être un Autel fait de paquets de mousse.
 
C’était une fraîcheur montant d’un arrosoir ;
Un enfant trébuchait au poids de l’encensoir.
 
Un papillon flotta, fils de la canicule,
À mes pieds sur les fleurs gonflées des campanules.
 
J’admirai l’équilibre ineffable de Dieu
Dans ces ailes liées au système des cieux ;
 
Dans ces ailes, les sœurs de nos nuits constellées
Ou des journées d’azur de cerises criblées.
 
Qui donc a mesuré le vol de l’univers,
Celui de cet insecte et celui de mes vers ?
 
Ce papillon venait prendre part à la fête
Et sa couleur chantait la joie comme un prophète.
 
Une brise presque insensible le poussait
Dans la procession aux gracieux lacets.
 
Des bannières penchaient à l’avant du cortège
Sur les voiles creusés, tels des flocons de neige.
 
On voyait osciller, quelque enfant la portait,
Une Croix comme un mât par la mer rejeté.
 
Sainte Anne qu’ont courbée les tâches les plus basses
Suivait, l’extase au front, toute pleine de grâce.
 
Enfin et dans la marche sèche du tambour
S’avançait sous le dais le Maître de l’Amour.
 
Et l’aïeul fut au Ciel lorsque l’Eucharistie
S’éleva en tremblant au-dessus de la vie.
 
 

Chant V


... Le chef de la maison voit ces plaines immenses
Qui sont aussi des traits de feu, mais bien plus denses.
 
Il est dessous un arbre aussi large que haut
Qui dicte à son esprit les pensers les plus beaux.
 
Tel Jacob dans un songe aux images réelles
Quand tous les siens montaient à une grande échelle ;
 
Tel ce père évoquait ceux qui sortaient de lui
Et semblablement ceux dont il était sorti.
 
Les racines de l’arbre habitaient des cavernes
Ainsi qu’aux temps premiers les existences ternes.
 
Puis son tronc s’élevait, encore confondant
Les cent rameaux qui vont ensuite en divergeant.
 
Le chef de la maison voyait là ses ancêtres
Tous pareils d’un seul bloc à la base apparaître.
 
Ils chassaient, ils pêchaient, ils allumaient du feu,
Cultivaient quelques fruits, mais n’adoraient pas Dieu.
 
Cependant ce besoin faisait croître les branches
De tendre au ciel les bras et aux colombes blanches.
 
Le plus grand des rameaux au milieu persistait
Où les agriculteurs étaient représentés.
 
Chaque division formait la souche d’autres :
Maçons, forgeurs de fer, boulangers ou apôtres.
 
On entendait quand son feuillage ruisselait
S’égoutter des pêcheurs primitifs les filets.
 
L’arbre semblait encor lié comme une gerbe
Que l’on aurait posée toute droite sur l’herbe.
 
Des humbles artisans revivaient les métiers
Dans l’effort sous le vent de ce tronc tout entier.
 
Enfin sa cime murmurante de prières
Bénissait l’étendue de ses palmes légères.
 
Ainsi travaillait-il à l’illustration
De ce qu’avaient parfait les générations.
 
Tandis que rêve ainsi le noble patriarche,
Sa fille bien-aimée vers lui se met en marche.
 
Elle arrive sous l’arbre où l’ombre fait un rond
Et sous la barbe vénérable met son front.
 
Ma fille, dit celui dont elle est née, tu pleures ?
Mon père, répond-elle, en effet ; voici l’heure.
 
Ma fille, lui dit-il, de quoi veux-tu parler ?
Mon père, répond-elle, il me faut m’en aller.
 
Ma fille, lui dit-il, tu vas là-bas sans doute ?
Mon père, répond-elle, il est une autre route.
 
Ma fille, lui dit-il, quelle route veux-tu ?
Mon père, répond-elle, où marche la vertu.
 
Ma fille, lui dit-il, n’est-ce point ma demeure ?
Mon père, répond-elle, il est vrai : mais tu pleures.
 
Ma fille, lui dit-il, penses-tu trouver mieux ?
Mon père, répond-elle, il faut que j’aille à Dieu.
 
Ma fille, lui dit-il, mes champs sont-ils stériles ?
Mon père, répond-elle, ils rendent cent pour mille.
 
Ma fille, lui dit-il, renies-tu mon froment ?
Mon père, répond-elle, il sert au Sacrement.
 
Ma fille, lui dit-il, renies-tu mes abeilles ?
Mon père, répond-elle, aux cierges elles veillent.
 
Ma fille, lui dit-il, renies-tu mes doux fruits ?
Mon père, répond-elle, en croix ils ont mûri.
 
Leurs sanglots ineffablement se répondirent
Comme les vers sacrés qui montent de deux lyres...
 
 

*


 
... Le pauvre que l’on vit passer au chant troisième,
Tel un ruisseau réapparaît, reprend son thème.
 
Il arriva la nuit dans le stérile Hiver ;
Il nous revient le jour dans cet Été de fer.
 
Il franchit d’un pas sûr la porte grande ouverte
À l’heure où le soleil rend la plaine déserte.
 
Le maître avec les siens achevaient leur repas.
Quand il parut chacun se levant se signa.
 
Personne n’ignorait de Qui était l’image
Cet errant qui parlait comme du miel sauvage.
 
Il s’avança vers celle au cœur fidèle et doux
Qu’avait choisie le Christ pour Être son Époux.
 
Et lui tendant la main il lui dil : jeune fille,
Il paraît que bientôt tu quittes ta famille.
 
Absent j’étais le seul dont te manquât l’adieu,
Mais reçois aujourd’hui mon vœu avec tes vœux.
 
Il se saisit d’un peu du blé sur une table
Et : j’ai vu, reprit-il, des contrées admirables ;
 
Les jardins ne sont plus que de vastes paniers
Et déjà la moisson fait ployer le grenier ;
 
Pour le remplir des bœufs couronnés de fougères
Tournent dans le soleil constellé de poussières ;
 
Ils meuvent la batteuse et ils la font gronder
Et le grain comme un flot qui s’épand est ridé ;
 
Surplombée de ciel bleu et de chênes antiques
La ferme danse au son de la large musique ;
 
Vers les bestiaux parfois une interjection
S’envole accompagnée d’un coup vif d’aiguillon ;
 
Et que dirai-je aussi des prochaines vendanges ?
Des calices profonds chargent les bras des anges ;
 
Dans les ports qu’ont ornés les marins on entend
Frémir les ailes des vaisseaux impatients ;
 
Ils veulent emporter entre leurs flancs splendides
Et ce Pain et ce Vin dont Dieu même est avide ;
 
Et l’on croirait, lorsque la voile parle au vent,
Que la foudre encor bout et que ronfle le van :
 
Pour qui ce remûment de la ruche du Monde ?
Il est pour celui-là dont la foi est profonde ;
 
C’est afin que le sang circule dans son cœur
Et c’est afin qu’il puisse adorer le Seigneur !
 
L’immensité des Mers, leur solennel empire,
Tout concourt au dessein de l’homme qui respire ;
 
Et les docks, les marchés, ô fille de Sion !
Préparent ton Hostie de consécration.
 
Il dit. Et aussitôt comme pleurent ensemble
Des fleurs lorsque la brise passe et qu’elles tremblent :
 
Cette rosée qui prend sa source dans les Cieux
Goutte à goutte tomba des pétales des yeux.
 
La professe future alors au misérable :
Soyez béni, dit-elle, et mettez-vous à table ;
 
Devant ceux-ci qui sont les miens je vous dirai
Ce qui fit que pour Dieu désormais je vivrai ;
 
Je n’étais qu’une enfant dans le champ de mon père ;
Un jour qu’on moissonnait j’ai su votre misère ;
 
Je m’amusais au pied de quelque arbre tandis
Que devant moi la terre offrait un paradis ;
 
L’aïeul, morl au Printemps dernier, parmi les gerbes
Commandait, la récolte avec un front superbe ;
 
El l’on voyait penchés comme des anges d’or
Les épis sur les chars que traînaient des bœufs forts ;
 
Les joues des nourrissons, telles des pommes rondes,
Demeuraient suspendues à des gorges fécondes.
 
Tout n’était que liesse et que gloire et qu’amour
Et de l’éther tombaient des cascades de jour ;
 
Une outre se perça tout autour de laquelle
Bondirent à l’envi les pieds des jouvencelles ;
 
Tout à coup au tournant du stérile chemin
Vous surgîtes sans même un bâton à la main :
 
L’aïeul vous ayant vu trancha de sa faucille
Du pain et le tendant à sa petite-fille :
 
Va, me dit-il, donner de quoi manger là bas
À celui-là qui passe et n’a point de repas ;
 
Et moi j’allai vers vous parmi tant de richesses,
Triste que vous fussiez dans cette sécheresse ;
 
Je vous tendis le pain et, le cœur palpitant,
Vous demandai : ami, dites où sont vos champs ?
 
De la main restée libre alors vous indiquâtes
Les cieux nus où de Dieu la pauvreté éclate ;
 
Et vous voyant ainsi entouré de lueur
J’oubliai la moisson et tous les moissonneurs.
 

Commentaire(s)
Déposé par Mireille Newman Jammes le 6 juillet 2012 à 09h54


Je vous remercie pour donner à redécouvrir les "Géorgiques Chrétiennes" de Francis Jammes.

Nous célébrons, cette année le Centenaire de la parution de l’oeuvre au Mercure de France en 2012. A l’occasion de cet anniversaire un bulletin spécial est édité par l’Association Francis Jammes. Ce bulletin contient des articles sur la réception contemporaine des "Géorgiques Chrétiennes". Une Exposition sur l’oeuvre se tient actuellement à la Maison Chrestia à Orthez.

Cordialement,
Mireille Newman Jammes

http://www.francis-jammes.com/

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