Francis Jammes



 
Quelques personnes, cinq ou six, sous la tonnelle
Riaient, disant des mots que l’enfant que j’étais
Ne pouvait pas comprendre, et je m’en attristais :
Car l’innocence veut qu’on s’exprime pour elle.
 
L’esprit encore plein d’un sommeil où se mêlent
Des chansons de nourrice à des bourdons d’Été,
Je ne m’expliquais point cette feinte gaîté
Sous les lauriers aux bouts desquels le soleil grêle.
 
Que me voulez-vous donc, ô mes doux ennemis,
Vous qui lisez ces vers, les raillant à demi,
Comme d’autres faisaient de moi sous le feuillage ?
 
Lorsque je vous entends, je ne vous saisis pas,
Et vous ne pouvez point traduire mon langage,
Car votre voix est haute et je parle tout bas.
 

Commentaire(s)
Déposé par Cochonfucius le 28 novembre 2016 à 15h00

Arbre à phénix
----------------

Ce n’est point, dans la cour, une aimable tonnelle ;
Il n’est pas abreuvé par le fleuve Léthé,
Mais il pousse bien loin des plantations de thé :
Viennent mille phénix  y reposer leurs ailes.

Or, l’espoir en leur coeur et la crainte se mêlent,
Sachant qu’il faut brûler quand finit leur été ;
Vont-ils redevenir l’oiseau qu’ils ont été ?
C’est un mystère ardent que la flamme recèle.

Car le corps du phénix est son propre ennemi,
Et son âme, parfois, le comprend à demi,
Quand il se vient poser sur l’arbre sans feuillage.

Comment ce corps revit, l’oiseau ne le sait pas,
Sa conscience en ce jour le lui narre tout bas,
Jamais il ne comprit cet étrange langage.

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