Jehan Rictus


Épilogue


 
Paraît qu’y doit arr’venir, le Tzar.
Non, mais des fois... y faudrait l’ dire
Si qui s’ plaît pas dans son Empire,
Y pourrait t’nir un p’tit bazar,
Son peupe, y l’en f’rait eun’ tir-lire !
Ben, si qu’y r’pique au balthazar,
Gn’a pas d’erreur, on va rerire.
 
Yen avait pas encore assez
De grapeaux, de cérémognies,
De défilés par compagnies
Et d’un chahut des cinq cents diables
Et des gueul’tons substantiels,
Et d’ la galette des contribuables
Illuminant la tour Eiffel.
(Ça n’était pas encore assez
Les z’horreurs a vont r’commencer !)
 
Quoi ? nous r’verrons, c’est pas eun’ colle
Montjarret, f’sant d’ la Haute École
Qui pétarade et caracole
Dessus son canasson fougueux.
C’est vrai, on va r’voir l’ Protocole
Gaffer en s’arrachant les chueux ?
 
Et puis les Cosaqu’s de la suite
Qui sont Polonais pour la cuite
S’offrir un dessert clandestin
Avec les bougies du festin ?
 
Et on r’verra l’ Préfet de police
Empli de tristesse et d’horreur
À la pensée qu’un nihilisse
Ou quéqu’un d’ ces salauds en isse
Pourrait ben s’offrir el’ l’ caprice
D’agrandir l’ trou d’ bombe d’un Emp’reur !
 
Et dans Paris gorgé d’ troupiers
Où faut ben que j’ mèn’ ma vadrouille
Gn’aura ben vingt meillons d’ petsouilles
Qui viendront m’ piler les goigts d’ pieds !
Et on r’f’ra rendr’ par des soldats
Les grands z’honneurs aux p’tits cacas
D’ la p’tit’ Grand’ Duchesse Olga !
 
Et quand le Tsar pos’ra tepêt
Félix Faure instruit d’ la chosette
S’enfil’ra aux wouater-clozettes
Où pour pas troubler l’harmonie
Y rest’ra à s’ fair’ la causette
Jusqu’à c’ que l’Emp’reur ait fini !
 
De quoi, on va r’voir la Justice,
Les Colonies et l’Intérieur
L’Armée, l’ Clergé, l’Académie,
Le Théâtre, la Poyésie
Y compris les Travaux Publics
En un mot tout’ la République,
Sucer les doigts d’ l’Impératrice,
Ou s’user l’ nombril su l’ pavé ?
 
Spectacle admirabl’ pour l’Histoire
Et qui doit « flatter notre espoir »
On r’verra ça n’est pas douteux
Félix Faure et Nicolas Deux
Se retéter encor’ la poire
Et r’bouffer avec appétit ?
 
S’en sont-y collé des voitures
Tandis qu’ mes s’mell’s à forc’ d’usure
Se trottaient et m’ laissaient en plan
S’en sont-y foutu des bitures
D’ess’traordinaires nourritures
Pendant qu’ Bibi s’ grattait les flancs !
 
Gn’avait qu’ des gibiers, des ventrées !
D’ la bonn’ vinass’, pas d’ la bibine
Oh ! bon guieu d’ bois la bonn’ cuisine
Qu’aurait mieux fait dans ma cassine
Et les canapés d’ bécassines
Ou j’aurais ben amé m’ vautrer.
 
Enfin après l’apothéose
Relisons un peu leurs discours
Qui s’ils z’avaient l’ mérit’ d’êt’ courts
Signifiaient pas toujours grand chose
 
— Je bois — Tu bois — À toi — Z’à moi
 
L’Armé’ française et la Marine
Vous salu’nt ainsi qu’ la Tzarine
 
(Allons tant mieux — Vas-y mon vieux)
L’Emp’reur des Russ’s et la Tzarine
Salu’nt l’Armée et la Marine !
 
(Pis c’était tout ou ben encor)
(On s’ proposait des chos’s comm’ suit)
 
— J’ vous donn’ la Lune a n’ peut s’ défendre
— Vous êt’s ben bon... j’allais la prendre
— Ça n’ fait rien si j’ peux vous aider !
 
Et on appell’ ça..... eune Alliance !
C’est vraiment un peu trop d’ prudence
Mais tout l’ monde va gueulant en chœur :
« Ah ! qu’il a ben causé l’Emp’reur ! »
 
Tous ces chichis et tout’ c’te joie
Ça fait penser à ces borgeois
Qui r’çoiv’nt un rasta à la manque
Et lui pass’nt le pèze et la planque
Pass’ qu’il s’ dit prince et monseigneur ;
Puis quand le mec s’est cavalé
L’ gésier gonflé de boustifaille,
 
Dans la famille on s’ fait une gueule,
On se r’luque et on s’aperçoit
Qu’ la fill’ qu’était p’tête encor vierge,
La mèr’, la sœur, la tant’ du père,
La grand-mère et la bisaïeule
Et l’ p’tit dernier d’ la concierge ;
Bref tout l’ mond’ se r’trouve enfilé,
Et les pus jeun’s, d’au moins dix sous.
 
Eh ben moi j’ veux qu’ Satan m’ patafiole
Si dans ces discours empruntés
Gn’a un mot qu’a l’air d’un traité
Aussi j’ crois ben qu’on s’ fout d’ ma fiole
Mais j’ me raisonn’, car tôt ou tard
Populo il aura la belle
D’jà Jaurès veut fair’ du pétard,
On verra comment qu’y s’appelle !
 
En attendant je l’ dis tout haut
Eh ben moi a m’ court la Russie
V’là trop longtemps qu’ l’Alliance a m’ scie
A n’aura pas mes capitaux :
 
Elle et pis ses meillons d’ soldats
Ses douan’s et leurs futur’s recettes
J’ n’ai vraiment d’ russ’ que mes chaussettes
Et encor vrai dans quel état !
 
Ça rendra-t’y l’Alsac’-Lorraine ?
« Ces trois couleurs dans cet ébène ? »
Ah ! pour ça non, j’ crois qu’y a pas d’ pet.
Ben alorss, faut-y s’ mettre en peine ?
Moi, j’am’rais mieux qu’on m’ fout’ la paix
Ou à son défaut l’ Canada,
(Car moi aussi j’ai mon dada).
 
Vous comprenez, moi, j’ suis dans l’ tas ;
Ces gueul’tons, ces fêt’s, ces galas,
Ousque les gros s’ sont cuités ferme
Dam ! ça n’a pas payé mon terme,
V’là l’Hiver... on m’a esspulsé
V’là l’Hiver... et on peut penser
Qu’y gn’en a des flott’s dans mon cas.
 
Et maint’nant que m’ v’là quasi nu,
Sans brich’ton, sans espoir d’ probloque
Avec el l’ taf d’êt’ mis au bloc
Pass’ que j’ n’ dors pus qu’ dans mes loques,
J’ai l’ droit d’engueuler mon Époque
Du crottoir ousqu’on m’a foutu !
 
Voui, j’ai l’ droit d’ la trouver saumâtre.
Et si je n’ l’ai pas... ben, je l’ prends.
Après tout, moi j’ suis du Théâtre,
J’ suis aussi un rouage influent.
 
Et j’ l’ gueul’, dût-il m’en cuire,
Que j’ m’en fous, quand j’ai rien dans l’ bide,
Des grapeaux, des cellunoïdes
Et de nos p’tits tzars, les ronds-d’cuirs
Qu’existent autant qu’ des androïdes
Et qui n’ont jamais pu produire
Aut’ chos’ que des z’hémorroïdes !
 
Si j’ l’avais seul’ment vu, le Tzar,
Hein ! si qu’il était v’nu me voir !
J’ crois qu’ j’y aurais montré l’escaïer
Avec la pointe ed’ mon souïer.
J’y aurais fait d’ la phizolofie
 
Et j’y aurais crié d’ mon sixième :
Tu fais ta poire et ta sophie,
Passque t’ es quasi un d’mi-Guieu !
Si seul’ment tu cherchais un peu :
Mais tu t’ balad’s, tu tir’s ta flemme.
 
Ben mon p’tit Pèr’ (ça c’est très russe)
T’ en as, d’ l’estomac et d’ l’astuce !
Moi, dans mon genre aussi, j’ suis Tzar :
L’Emp’reur des Beni-Bouffe-Hasard.
Mais j’ règn’ que su’ mes z’abattis,
Et toi sur des tas d’abrutis !
 
Allons ! caval’ de d’sous mon toit
Et quand tu s’ras rentré chez toi,
Ayant la Force, ayant le glaive,
Va-t’en trouver le grand Tolstoï
Et tâche d’appliquer ses Rêves !..
 

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