Étienne Jodelle



Avec ton cher portrait, qui dans mon âme éprise
Est mieux peint qu’il n’est peint dans ton présent si cher,
Tu fis sur le dehors tailler un dur rocher,
Devise que la foi constante a toujours prise.
 
Le flot, le vent, le foudre, un dur rocher ne brise :
Ta foi du temps faucheur fait l’acier reboucher :
Mais lors il me fallut d’autres marques chercher
Pour ma foi, qui l’acier du même temps méprise.
 
Avec mon portrait même en basse taille donc
Des figures tu vis, qui ne furent adonc
Selon mon vrai projet par vers bien découvertes.
 
Pour renfort des premiers, ces vers-ci que tu lis,
Puissent rendre envers toi ces choses que tu vis,
Avec ma foi, mon âme, et mon cœur, plus ouvertes.
 

Commentaire(s)
Déposé par Soizik le 30 octobre 2015 à 12h14


Magnifique hymne dédié à ces deux âmes éprises de solitude, de vent, de bel espace.
Des mots  qui enchantent le rêve.
Je découvre ces textes avec ravissement.
Belle journée.

[Lien vers ce commentaire]

Déposé par Cochonfucius le 30 octobre 2015 à 11h20

Deux oiseaux d’or
-----------------------

L’âme de de chaque oiseau étant de l’autre éprise,
Je les vois, tous les deux, l’un vers l’autre pencher ;
Ils ont posé leur nid au sommet d’un rocher,
Au grimpeur de montagne offrant fort peu de prises.

Je les vois, caressés par l’estivale brise.
Les malheurs de ce temps ne peuvent les toucher ;
Car aucun prédateur ne viendra les chercher
Dans cette forteresse aux belles teintes grises.

La solitude à deux étant un bien pour eux,
Laissons-leur ce trésor ; soyons donc désireux
Que l’adresse du nid ne soit point découverte ;

D’adresse, il n’en a point, c’est un endroit perdu
Où nul explorateur ne s’est jamais rendu,
C’est un bloc minéral au bord d’une île verte.

[Lien vers ce commentaire]

Déposé par Cochonfucius le 7 juillet 2017 à 14h38

Trois oiseaux d’or
---------------------

Les âmes des oiseaux, de poésie éprises,
Sur l’antique recueil aiment bien se pencher,
Qu’elles vont déchiffrant à l’ombre d’un rocher,
Vieux livre contenant de plaisantes surprises.

La page que soulève et que tourne la brise.
Porte une encre de sable, agréable au toucher ;
Une énigme parfois, dont on aime chercher
Le fin mot qu’obscurcit la métaphore grise.

La solitude à trois est un bienfait pour eux ;
De nul autre trésor ils ne sont désireux
Que du livre où ils font d’étranges découvertes.

La versification n’est pas un art perdu,
Un témoignage en est par ces oiseaux rendu,
En leur plumage d’or qu’ornent des ailes vertes.

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Déposé par Cochonfucius le 11 février 2018 à 12h08

Dame du crépuscule
----------

D’un roi déjà bien vieux, la dame fut éprise ;
Je la voyais parfois vers son front se pencher.
Le château se dressait au sommet d’un rocher,
Un gigantesque empire était sous son emprise.

Le donjon, caressé par l’estivale brise,
Se rapprochait du ciel, comme pour le toucher ;
Au cellier, l’alchimiste, occupé à chercher
La clé des mutations, avait les tempes grises.

Les gens, ne sachant pas si c’est un bien pour eux,
Négligent ce trésor, et ne sont désireux
D’aucune diablerie, d’aucune découverte ;

Les maîtres du manoir, disent-ils, sont perdus,
Car la dame et le roi ne seront défendus
Que par ce magicien, et c’est en pure perte.

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