La Fontaine

Fables choisies mises en vers [Livres I-VI], 1668


La Mouche et la Fourmi


 
La Mouche et la Fourmi contestaient de leur prix.
            Ô Jupiter! dit la première,
Faut-il que l’amour propre aveugle les esprits
            D’une si terrible manière,
            Qu’un vil et rampant animal
À la fille de l’air ose se dire égal !
Je hante les palais, je m’assieds à ta table :
Si l’on t’immole un bœuf, j’en goûte devant toi :
Pendant que celle-ci, chétive et misérable,
Vit trois jours d’un fétu qu’elle a traîné chez soi.
            Mais, ma mignonne, dites-moi,
Vous campez-vous jamais sur la tête d’un Roi
            D’un Empereur, ou d’une Belle ?
Je le fais ; et je baise un beau sein quand je veux ;
            Je me joue entre des cheveux ;
Je rehausse d’un teint la blancheur naturelle ;
Et la dernière main que met à sa beauté
            Une femme allant en conquête,
C’est un ajustement des Mouches emprunté.
            Puis allez-moi rompre la tête
            De vos greniers. Avez-vous dit ?
            Lui répliqua la ménagère.
Vous hantez les palais ; mais on vous y maudit.
            Et quant à goûter la première
            De ce qu’on sert devant les Dieux,
            Croyez-vous qu’il en vaille mieux ?
Si vous entrez partout, aussi font les profanes.
Sur la tête des Rois et sur celle des Ânes
Vous allez vous planter ; je n’en disconviens pas ;
            Et je sais que d’un prompt trépas
Cette importunité bien souvent est punie.
Certain ajustement, dites-vous, rend jolie.
J’en conviens : il est noir ainsi que vous et moi.
Je veux qu’il ait nom Mouche : est-ce un sujet pourquoi
            Vous fassiez sonner vos mérites ?
Nomme-t-on pas aussi Mouches les parasites ?
Cessez donc de tenir un langage si vain :
            N’ayez plus ces hautes pensées.
            Les Mouches de cour sont chassées ;
Les Mouchards sont pendus ; et vous mourrez de faim,
            De froid, de langueur, de misère,
Quand Phébus régnera sur un autre hémisphère.
Alors je jouirai du fruit de mes travaux.
            Je n’irai, par monts ni par vaux,
            M’exposer au vent, à la pluie ;
            Je vivrai sans mélancolie.
Le soin que j’aurai pris de soin m’exemptera.
            Je vous enseignerai par là
Ce que c’est qu’une fausse ou véritable gloire.
Adieu, je perds le temps : laissez-moi travailler.
            Ni mon grenier, ni mon armoire
            Ne se remplit à babiller.
 

Commentaire(s)
Déposé par Christian le 3 septembre 2016 à 07h50

Serait ce du Franc Nohain ? ...

[Lien vers ce commentaire]

Déposé par Alexandre Guinle le 1er septembre 2016 à 17h14

Le Fils de la Sarigue et la Caméléone     (1924)
----------------------------------------------

Un jour, le fils de la Sarigue
Qui revenait de l’Odéon,
Se sentant recru de fatigue,
Entra dans le logis d’un vieux Caméléon.
« Oh ! Oh ! dit la Caméléone,
Nous ne recevons plus personne,
Le temps de l’auberge est passé ».
« C’est que je me sens harassé,
Gémit le fils de la Sarigue.
Tout le ciel contre moi se ligue.
De grâce, ne refusez pas
Au pauvre hère qui la brigue
Une place à votre repas :
Quelques bananes, une figue
Suffiront à me contenter.
Voyez le trouble qui m’agite :
Je meurs si chez vous, au plus vite,
Je n’ai bon gîte
Et bon souper.
Exaucez donc ce voeu modeste,
Chère dame, car pour le reste...»
À ces mots, l’animal pervers
Joignit à la parole un geste
Qui brave la pudeur du vers...
« Je n’attends point qu’on me le donne ».
Et ce disant il se jetait
Sur la belle Caméléone.
Mais le jeune impudent comptait
Sans la vertu de la mignonne :
Un bon soufflet vous mit à mal
Le nez du méchant animal
Qui n’en croyait pas ses oreilles.
« Vit-on jamais façons pareilles ?
Dit-elle à ce petit nigaud.
Va-t-en, tu n’es qu’un sarigaud ».

[Lien vers ce commentaire]

Déposé par Cochonfucius le 3 septembre 2016 à 16h22


C’est Derennes, Moréas, Giraudoux, et, pour l’essentiel, leur copain Guinle.

[Lien vers ce commentaire]

Votre commentaire :
Nom : *
eMail : * *
URL :
Commentaire * :
pèRE des miséRablEs : *
* Saisie requise.
* Cette adresse ne sera pas publiée et ne sera utilisée que pour communiquer avec vous en cas de souci.
 

Mon florilège

(Tоuriste)

(Les textes et les auteurs que vous aurez notés apparaîtront dans cette zone.)

Compte lecteur

Se connecter

Créer un compte

Agora

Évаluations récеntes
☆ ☆ ☆ ☆ ☆

Αpоllinаirе : Dаns lе јаrdin d’Αnnа

Μаllаrmé : Sоnnеt : «Sur lеs bоis оubliés quаnd pаssе l’hivеr sоmbrе...»

Αutrаn : Lа Βоhèmе

Rоnsаrd : «Jе nе sеrаis mаrri, si tu соmptаis mа pеinе...»

Βlаisе Сеndrаrs

Сеndrаrs : Соntrаstеs

Hеrvillу : Ρuérilités

☆ ☆ ☆ ☆

Αutrаn : Βibliоthèquеs

Αutrаn : Ρrudеnсе dе lа Grеnоuillе

Αubigné : Εхtаsе

Αutrаn : Sévigné

Νеrvаl

Μоréаs : Μusiquе lоintаinе

Μоréаs : «Ô mеr immеnsе...»

Lа Villе dе Μirmоnt : «Jе pоrtе аu grоs оrtеil un аnnеаu d’оr mаssif...»

Соppéе : «L’éсоlе. Dеs murs blаnсs, dеs grаdins nоirs, еt puis...»

Rоnsаrd : «Αmоur, је nе mе plаins dе l’оrguеil еndurсi...»

Cоmmеntaires récеnts

De Сосhоnfuсius sur «Si nоtrе viе еst mоins qu’unе јоurnéе...» (Du Βеllау)

De Сосhоnfuсius sur «Quаnd је vаis pаr lа ruе, оù tаnt dе pеuplе аbоndе...» (Du Βеllау)

De Сосhоnfuсius sur «Quiсоnquе, mоn Βаillеul, fаit lоnguеmеnt séјоur...» (Du Βеllау)

De Αmigо* sur Dаns lе јаrdin d’Αnnа (Αpоllinаirе)

De Ρоrсus Сum Librо sur Lupеrсus (Hеrеdiа)

De Μаlvinа sur «Quаnd l’оmbrе mеnаçа dе lа fаtаlе lоi...» (Μаllаrmé)

De ΜаdаmеСоnnаssе sur Lеs Ρоrсs : «Αvес lеurs grоins...» (Vеrhаеrеn)

De gаutiеr sur Lеs Αssis (Rimbаud)

De Lа Μusérаntе sur L’Éсhеllе (Αutrаn)

De Didiеr СΟLΡΙΝ sur «Αmоur, је nе mе plаins dе l’оrguеil еndurсi...» (Rоnsаrd)

De Μаriа sur «Αprès unе јоurnéе dе vеnt...» (Rilkе)

De Vinсеnt sur «Αu prеmiеr trаit, quе mоn œil rеnсоntrа...» (Τуаrd)

De Frаnçоis Соppéе sur Lе Соup dе tаmpоn (Соppéе)

De Gеоrgеs Соurtеlinе sur Lе Соup dе mаrtеаu (Соurtеlinе)

De vinсеnt sur «Ν’еs-tu lаssе, аussi, dе rêvеr d’hiеr ?...» (Viеlé-Griffin)

De Vinсеnt sur Lа Grеnоuillе blеuе (Fоrt)

De L’аmоr sur Αriаnе (Hеrеdiа)

De Ρiеrrоt sur Sоnnеt à lа nuit (Rоllinаt)

De Ρеrvеrs nаrсissе sur «Ρuisquе lеs сhаmps јоuissеnt dе mа bеllе...» (Τоurs)

De Vinсеnt sur «Εst-il riеn dе plus vаin qu’un sоngе mеnsоngеr...» (Сhаssignеt)

De Сhristiаn sur Lеs Ρоrсs (Vеrhаеrеn)

Plus de commentaires...

Flux RSS...

Ce site

Présеntаtion

Acсuеil

À prоpos

Cоntact

Signaler une errеur

Un pеtit mоt ?

Sоutien

Fаirе un dоn

Librairiе pоétique en lignе