La Fontaine


Le Chêne et le Roseau


 
            Le Chêne un jour dit au Roseau :
Vous avez bien sujet d’accuser la nature ;
Un Roitelet pour vous est un pesant fardeau ;
            Le moindre vent qui d’aventure
            Fait rider la face de l’eau,
            Vous oblige à baisser la tête.
Cependant que mon front, au Caucase pareil,
Non content d’arrêter les rayons du soleil,
            Brave l’effort de la tempête.
Tout vous est aquilon ; tout me semble zéphyr.
Encor si vous naissiez à l’abri du feuillage
            Dont je couvre le voisinage,
            Vous n’auriez pas tant à souffrir :
            Je vous défendrais de l’orage ;
            Mais vous naissez le plus souvent
Sur les humides bords des Royaumes du vent.
La Nature envers vous me semble bien injuste.
Votre compassion, lui répondit l’arbuste,
Part d’un bon naturel ; mais quittez ce souci :
      Les vents me sont moins qu’à vous redoutables ;
Je plie, et ne romps pas. Vous avez jusqu’ici
            Contre leurs coups épouvantables
            Résisté sans courber le dos ;
Mais attendons la fin. Comme il disait ces mots,
Du bout de l’horizon accourt avec furie
            Le plus terrible des enfants
Que le Nord eût porté jusque là dans ses flancs.
            L’Arbre tient bon ; le Roseau plie.
            Le vent redouble ses efforts,
            Et fait si bien qu’il déracine
Celui de qui la tête au ciel était voisine,
Et dont les pieds touchaient à l’empire des morts.
 

Fables choisies mises en vers [Livres I-VI], 1668

Commentaire(s)
Déposé par Cochonfucius le 8 avril 2013 à 11h31



Le chêne et le roseau sont rarement d’accord.
Ils n’ont pas le même art d’aborder les ruptures,
Ni la même présence au sein de la nature,
Aussi, chacun à l’autre a toujours donné tort.

Le vagabond qui va, ramassant du bois mort,
Sait que du chêne il peut tirer la flamme pure
D’un feu qui le réchauffe et toute la nuit dure ;
Il faut que le roseau soit enflammé d’abord.

Voilà ces ennemis rendus complémentaires,
Leurs cendres, cependant, n’en ont plus rien à faire,
N’entendant déjà plus les propos des oiseaux.

Toi, le plus vaillant arbre à la robuste tige,
Et toi, brave pipeau de fort peu de prestige,
La terre vous attend, chêne comme roseau.

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Déposé par Christian le 8 avril 2013 à 12h27

L’oraison d’un grand chêne
un jour de vent se plia
aux raisons d’un roseau
dans un rond-point

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Déposé par Christian le 8 avril 2013 à 13h47

Cet emploi du mot  "oraison" me semble douteux...  Mais si quelqu’un se sent l’âme d’un rewriteur...

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Déposé par Christian le 21 juillet 2013 à 12h53

aux raisons d’un roseau
un jour de vent dans un rond-point
un grand chêne se plia

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Déposé par pich24 le 6 avril 2016 à 14h01

LE  ROSEAU  ET  LE  CHÊNE …
Sur les rimes du Dormeur du val, d’Arthur Rimbaud.

Dans un pays lointain, au bord d’une rivière,
Est un frêle roseau fagoté de haillons,
Près de lui vit un chêne à la parure fière
Dressant devant Phébus un rempart aux rayons.

La cime du grand arbre atteint presque la nue,
Mais, du ciel, le roseau n’en voit guère le bleu
Et pour offrir un trait à sa peau pâle et nue
Il penche à hue à dia, sauf bien sûr lorsqu’il pleut.

Le chêne dit un jour : « Ne voyez-vous pas comme
Je fais tout simplement ce que le sort me somme ?
Si vous n’avez pas chaud, cela me laisse froid ! »

À peine ces mots dits, Zéphyr de sa narine
Souffle un air si puissant qu’il frappe la poitrine,
De l’arbre qui s’abat, rendant au jonc son droit.

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Déposé par pich24 le 31 janvier 2017 à 05h48

Le fatrable est une fable sous forme de fatras (la forme seulement) en :
A(vers1)B(vers2) - A(vers1)ABAABBABAB(vers2).

Un chêne face au vent oppose sa raideur,
Lors que le roseau ploie avec ruse et souplesse.

« Un chêne, face au vent, oppose sa raideur ;
Ses racines plongeant à grande profondeur,
C’est gonflé de fierté qu’il se lève et se dresse
Pour braver les autans de toute sa hauteur ! »
Un porte-glands cherchait à peindre son bonheur
À son voisin roseau qui, lui lâchant la laisse,
L’écoutait se vanter de force et robustesse
Pour mieux railler du jonc sa taille et sa minceur.
Mais la bourrasque, un jour, lui prouve sa faiblesse
En l’arrachant du sol avec rage et fureur,
Lors que le roseau ploie avec ruse et souplesse.

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Déposé par pich24 le 31 janvier 2017 à 06h23

En haïku

Le jonc dit au chêne :
« L’ouragan ! » L’arbre fait : « Pfff ! »
Et voilà qu’il tombe.

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Déposé par pich24 le 27 août 2017 à 10h38

Connaissez vous le Coppée ? C’est un dizain d’alexandrins à rimes plates tel que l’employait François Coppée.

Le chêne se moquait de la délicatesse
Du roseau, son voisin, qui se pliait sans cesse
Pour le moindre zéphyr, en courbettes, flatteur,
Comme s’il s’inclinait devant un grand seigneur.
Longtemps, longtemps, longtemps, la plante sut se taire
Jusqu’au jour où le vent, déchaînant sa colère,
Fit rugir la tempête en grains prodigieux
Déracinant ce chêne un peu trop orgueilleux.
La souplesse du jonc, qui paraissait servile,
Avait donc mieux servi que la force inutile.

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Déposé par pich24 le 27 août 2017 à 10h40

Dans « Automne » d’Apollinaire, j’ai trouvé une forme intéressante pour la fable : deux tercets pour l’histoire, suivis d’un distique pour la morale.

Un roseau qui vivait sur les bords d’un étang
Jouant de sa souplesse ondoyait sous le vent ;
Le chêne le toisait se sachant plus robuste.

« Vous romprez avant moi ! » disait-il à l’arbuste
Quand soudain l’ouragan déchaînant son noroît,
L’arbre gît sur le sol quand le jonc se tient droit.

On peut, si fort qu’on soit, se révéler inapte ;
L’avenir appartient à celui qui s’adapte.

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Déposé par Christian le 27 août 2017 à 19h56

le « vieux coppée » cher à Verlaine... http://oulipo.net/fr/biblio/vieux-coppee-nouveaux

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Déposé par pich24 le 27 août 2017 à 20h07

Pas cher, je crois qu’ils se foutaient de lui.
Rien sur les trois tercets/distique ? Un nom ?

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Déposé par Christian le 27 août 2017 à 20h42

C’est la forme qui était chère à Verlaine et c’est ainsi qu’il la nommait...

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Déposé par Isis Muse le 27 août 2017 à 20h56

Auguste Dorchain écrivait en tercet -

Poète qui, veillant dans la nuit calme et noire,
Vois passer des lueurs de génie et de gloire,
Veux-tu pour un instant m’écouter et me croire ?  

Tu songes, n’est-ce-pas, tu songes, frémissant,
Combien, il serait beau, fût-ce au prix du bon sang,
D’être la voix qui parle au siècle finissant ;

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Déposé par Isis Muse le 27 août 2017 à 20h59

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k220855z.r=.langFR


Citons la source - je me suis amusée à recopier du livre mais tout est sur le net désormais-
Enfin presque tout-

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Déposé par pich24 le 28 août 2017 à 18h12

Isis Muse, oui ; mais avec le distique final ce n’est ni du triolet ni du terza rima, mais quelque chose d’approchant dont je n’arrive pas à savoir s’il a un nom.
Mais lire Dorchain Weigand ou Quicherat est toujours instructif. Merci.

Pour Christian, les vieux coppée sont un "pastiche infâme" (sic) de Coppée par Verlaine ; https://www.cairn.info/revue-romantisme-2010-2-page-91.htm
Il l’imitait pour s’en moquer. Je crois même que Cros et Rimbaud en faisaient autant. Mais bon, c’est vrai que la forme lui a servi. Amicalement.

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Déposé par Curare- le 28 août 2017 à 20h09

@ pich24

’’Isis Muse, oui ; mais avec le distique final ce n’est ni du triolet ni du terza rima, mais quelque chose d’approchant dont je n’arrive pas à savoir s’il a un nom.
Mais lire Dorchain Weigand ou Quicherat est toujours instructif. Merci. ’’

Nous avons posé votre requête à un oulipien-

Nous reviendrons vers vous, si plus d’éclaircissement..

Pourquoi tant d’acharnement sur cette fable,
Pour ma part, cette fin assommante sonne le glas ;)

’’Toi, le plus vaillant arbre à la robuste tige,
Et toi, brave pipeau de fort peu de prestige,
La terre vous attend, chêne comme roseau.’’ ______ Cochonfucius sur la toile -

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