La Fontaine

Fables choisies mises en vers [Livres I-VI], 1668


Le Pâtre et le Lion. Le Lion et le Chasseur


 
Les fables ne sont pas ce qu’elles semblent être :
Le plus simple animal nous y tient lieu de maître.
Une morale nue apporte de l’ennui :
Le conte fait passer le précepte avec lui.
En ces sortes de feinte il faut instruire et plaire ;
Et conter pour conter me semble peu d’affaire.
C’est par cette raison qu’égayant leur esprit,
Nombre de gens fameux en ce genre ont écrit.
Tous ont fui l’ornement et le trop d’étendue.
On ne voit point chez eux de parole perdue.
Phèdre était si succint qu’aucuns l’en ont blâmé.
Ésope en moins de mots s’est encore exprimé.
Mais sur tous certain Grec renchérit et se pique
            D’une élégance Laconique.
Il renferme toujours son conte en quatre vers ;
Bien ou mal, je le laisse à juger aux experts.
Voyons-l’ avec Ésope en un sujet semblable.
L’un amène un Chasseur, l’autre un Pâtre en sa fable.
J’ai suivi leur projet quant à l’événement,
Y cousant en chemin quelque trait seulement.
Voici comme, à peu près Ésope le raconte.
 
Un Pâtre à ses Brebis trouvant quelque mécompte,
Voulut à toute force attraper le Larron.
Il s’en va près d’un antre, et tend à l’environ
Des lacs à prendre Loups, soupçonnant cette engeance.
            Avant que partir de ces lieux,
Si tu fais, disait-il, ô Monarque des Dieux,
Que le drôle à ces lacs se prenne en ma présence,
            Et que je goûte ce plaisir,
            Parmi vingt Veaux je veux choisir
            Le plus gras, et t’en faire offrande.
À ces mots sort de l’antre un Lion grand et fort.
Le Pâtre se tapit, et dit à demi mort :
Que l’homme ne sait guère, hélas, ce qu’il demande !
Pour trouver le Larron qui détruit mon troupeau,
Et le voir en ces lacs pris avant que je parte,
Ô Monarque des Dieux, je t’ai promis un Veau ;
Je te promets un Bœuf si tu fais qu’il s’écarte.
 
C’est ainsi que l’a dit le principal auteur :
            Passons à son imitateur.
 
      Un Fanfaron, amateur de la chasse,
      Venant de perdre un Chien de bonne race,
      Qu’il soupçonnait dans le corps d’un Lion,
      Vit un Berger. Enseigne-moi, de grâce,
      De mon Voleur, lui dit-il, la maison ;
      Que de ce pas, je me fasse raison.
      Le Berger dit : C’est vers cette montagne.
      En lui payant de tribut un Mouton
      Par chaque mois, j’erre dans la campagne
      Comme il me plaît, et je suis en repos.
      Dans le moment qu’ils tenaient ces propos,
      Le Lion sort et vient d’un pas agile.
      Le Fanfaron aussitôt d’esquiver.
      Ô Jupiter, montre-moi quelque asile,
      S’écria-t-il, qui me puisse sauver.
 
            La vraie épreuve de courage
N’est que dans le danger que l’on touche du doigt.
Tel le cherchait, dit-il, qui changeant de langage
            S’enfuit aussitôt qu’il le voit.
 

Commentaire(s)
Déposé par Cochonfucius le 25 février 2017 à 14h36

Batrachochronie
-----------------------

Grenouille du passé, si stable dans ton être,
Tu sais que de nos vies, nous ne sommes point maîtres.
Tu notes nos succès, nos échecs, nos ennuis,
Le temps ferme ses yeux, et tu dors avec lui.

Grenouille du présent, cherches-tu à nous plaire ?
C’est louable intention, ce n’est pas mince affaire,
Le présent, si ténu qu’il échappe à l’esprit,
J’hésite à le décrire, et surtout, par écrit.

Et toi, de l’avenir proposant l’étendue.
Tierce grenouille,  au fond d’un délire perdue,
Tu dis n’importe quoi, je ne puis t’en blâmer,
Les trois temps de ma vie ont droit de s’exprimer.

[Lien vers ce commentaire]

Votre commentaire :
Nom : *
eMail : * *
URL :
Commentaire * :
pèRE des miséRablEs : *
* Saisie requise.
* Cette adresse ne sera pas publiée et ne sera utilisée que pour communiquer avec vous en cas de souci.
 

Mon florilège

(Tоuriste)

(Les textes et les auteurs que vous aurez notés apparaîtront dans cette zone.)

Compte lecteur

Se connecter

Créer un compte

Agora

Évаluations récеntes
☆ ☆ ☆ ☆ ☆

Βеrtrаnd : Μоn Βisаïеul

Siеfеrt : Vivеrе mеmеntо

Diеrх : Lеs Νuаgеs

Diеrх : Lа Ρrisоn

Gérаrd : Lа Rоndе dеs mоis

Lа Villе dе Μirmоnt : «Lе rirе сlаir, l’âmе sаns rеprосhе...»

Régniеr : Lе Μаrаudеur

Hеrvillу : Sur lеs bоrds du Sаubаt

Riсhеpin : Sоnnеt mоdеrnе

Hеrvillу : Βuсоliquе Νоirе

☆ ☆ ☆ ☆

Βеrtrаnd : Μоn Βisаïеul

Rоllinаt : «С’еst vrаi quе dаns lа ruе еllе impоsе à сhасun...»

Diеrх : Εn сhеmin

Vеrlаinе : Rеdditiоn

Régniеr : Élégiе

Riсhеpin : «Quе tа mаîtrеssе sоit оu blоndе, оu rоussе, оu brunе...»

Sаmаin : Εrmiоnе

Lеfèvrе-Dеumiеr : L’Étinсеllе élесtriquе

Μilоsz : À l’Αmоur

Frаnсе : Lеs Αrbrеs

Cоmmеntaires récеnts

De Сосhоnfuсius sur Ρrièrе pоur lе mаtin (Drеlinсоurt)

De Сосhоnfuсius sur Ρоur lе јеudi 9 јаnviеr 1913 (Ρéguу)

De Сосhоnfuсius sur Νuit dе Ρаris (Vаlаdе)

De Сhаrlеs Ρоrnоn sur Vоуеllеs (Rimbаud)

De Сhаrlеs Ρоrnоn sur Lа Viе аntériеurе (Βаudеlаirе)

De Сhаrlеs Ρоrnоn sur Βаllаdе [dеs dаmеs du tеmps јаdis] (Villоn)

De Vinсеnt sur Sоnnеt à mоn аmi R... (Αrvеrs)

De Vinсеnt sur Lеs Étоilеs blеuеs (Rоllinаt)

De lасоtе sur Lа nеigе еst bеllе (Riсhеpin)

De Vinсеnt sur Lа grоssе dаmе сhаntе... (Ρеllеrin)

De Сurаrе- sur «Si је pоuvаis pоrtеr dеdаns lе sеin, Μаdаmе...» (Αubigné)

De Сurаrе- sur «Lа vоiх qui rеtеntit dе l’un à l’аutrе Ρôlе...» (Gоmbаud)

De Ρhèdrе sur «Се mirоir оù сhасun соntеmplе sа figurе...» (Μаllеvillе)

De Kеinеr sur «Βоnnе аnnéе à tоutеs lеs сhоsеs...» (Gérаrd)

De Αnnа ΑKHΜΑΤΟVΑ sur «J’еrrаis еn mоn јаrdin, quаnd аu bоut d’unе аlléе...» (Rоnsаrd)

De Сhristiаn sur «Βiеnhеurеuх sоit lе јоur, еt lе mоis, еt l’аnnéе...» (Μаgnу)

De Rilkе Rаinеr Μаriа sur J’éсris (Νоаillеs)

De Сurаrе- sur Épitаphе d’un сhаt (Du Βеllау)

De Сhristiаn sur «D’un sоmmеil plus trаnquillе à mеs Αmоurs rêvаnt...» (Viаu)

De Gаrdiеn dеs Αlbаtrоs sur «Lе mаl еst grаnd, lе rеmèdе еst si brеf...» (Rоnsаrd)

De Gаrdiеn dеs Αlbаtrоs sur Сlаudе Gаrniеr

Plus de commentaires...

Flux RSS...

Ce site

Présеntаtion

Acсuеil

À prоpos

Cоntact

Signaler une errеur

Un pеtit mоt ?

Sоutien

Fаirе un dоn

Librairiе pоétique en lignе