Louise Labé



Quelle grandeur rend l’homme vénérable ?
Quelle grosseur ? quel poil ? quelle couleur ?
Qui est des yeux le plus emmielleur ?
Qui fait plus tôt une plaie incurable ?
 
Quel chant est plus à l’homme convenable ?
Qui plus pénètre en chantant sa douleur ?
Qui un doux luth fait encore meilleur ?
Quel naturel est le plus amiable ?
 
Je ne voudrais le dire assurément,
Ayant Amour forcé mon jugement :
Mais je sais bien et de tant je m’assure,
 
Que tout le beau que l’on pourrait choisir,
Et que tout l’art qui aide la Nature,
Ne me sauraient accroître mon désir.
 



Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 5 mai 2015 à 14h25

Propos printaniers
---------------------

-- Quel trait veux-tu, licorne vénérable ?
Quelle grosseur ? Quel bois ? Quelle couleur ?
Choisis la flèche, animal de valeur,
Par où viendra ton amour incurable.

-- Quel trait, dis-tu ? Nul ne m’est convenable !
Je sais qu’amour est source de douleur,
Je sais qu’on peut échapper au malheur
En n’ayant point de compagnon d’étable.

-- C’est une erreur, licorne, assurément,
Contre l’amour de porter jugement :
Il appartient aux lois de la Nature.

-- Si j’existais, sans doute ce désir
S’imposerait, ne me laissant choisir ;
Il n’en est rien ! Je suis illusion pure.

[Lien vers ce commentaire]

Déposé par Curare- le 5 mai 2015 à 19h40

C’est juste une impression ; une toile oppressante
un décor trop obscur d’allure envahissante
Et toi évanescent troublé un peu gommé
Toi qui est sclérosé perclus un peu paumé

Je t’aime malgré tout ! De douleur caressante
Malgré moi malgré nous cette lutte jouissante
Flagrant de notre sens ni noir ni consommé
Cet élan d’abandon qui n’est jamais nommé

Ici on trouvera notre éloge aguerrie
De mots enchevêtrés la tragique égérie
Dont le blason s’emmêle à un bonheur discret

Ô souffle du temps vieux qui fantasme l’emblème
Quand tu voudrais percer l’invariable dilemme
Nos esprits éreintés ne gardent aucun secret !

[Lien vers ce commentaire]

Déposé par Cochonfucius le 9 mars 2018 à 12h33

Chameau d’azur
---------------

D’azur se montre un chameau vénérable,
Ses deux parents eurent même couleur ;
Garde ton cap, animal de valeur,
Pour toi, le ciel n’est pas inexorable.

Tous les chemins sont pour toi convenables ;
Ton vaillant corps résiste à la douleur,
Ton bel esprit évite le malheur,
Car tu n’es point un animal d’étable.

-- J’aime la vie, poète, assurément,
Ta vive plume a fait bon jugement,
Point n’ai sujet de blâmer la Nature.

Mais en mon coeur, un reste de désir
Parfois me fait contre raison choisir ;
Mon âme craint de ne plus être pure.

[Lien vers ce commentaire]

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