Jules Laforgue


Épicuréisme


 
Je suis heureux gratis ! – Il est bon ici-bas
De faire, s’il se peut, son paradis, en cas
Que celui de là-haut soit une balançoire,
Comme il est, après tout, bien permis de le croire.
S’il en est un, tant mieux ! Ce n’est qu’au paradis
Que l’on pourrait aller, vivant comme je vis.
Je ne suis pas obèse, et je vais à merveille ;
Je ne quitte mon lit que lorsque je m’éveille ;
Je déjeune et je sors. Je parcours sans façon
Dessins, livres, journaux, autour de l’Odéon,
Puis je passe la Seine, en flânant, je regarde
Près d’un chien quelque aveugle à la voix nasillarde.
Je m’arrête, et je trouve un plaisir tout nouveau,
Contre l’angle d’une arche, à voir se briser l’eau,
À suivre en ses détours, balayé dans l’espace,
Le panache fumeux d’un remorqueur qui passe.
Et puis j’ai des jardins, comme le Luxembourg,
Où, si le cœur m’en dit, je m’en vais faire un tour.
Je possède un musée unique dans le monde,
Où je puis promener mon humeur vagabonde
De Memling à Rubens, de Phidias à Watteau,
Un musée où l’on trouve et du piètre et du beau,
Des naïfs, des mignards, des païens, des mystiques,
Et des bras renaissance à des torses antiques !
À la bibliothèque ensuite, je me rends.
— C’est la plus belle au monde ! – Asseyons-nous. Je prends
Sainte-Beuve et Théo, Banville et Baudelaire,
Leconte, Heine, enfin, qu’aux plus grands je préfère.
« Ce bouffon de génie », a dit Schopenhauer,
Qui sanglote et sourit, mais d’un sourire amer !
Puis je reflâne encor devant chaque vitrine.
Bientôt la nuit descend ; tout Paris s’illumine ;
Et mon bonheur, enfin, est complet, si je vais
M’assoir à ton parterre, ô Théâtre-Français !
 

Commentaire(s)
Déposé par Christian le 6 mai 2014 à 15h55

Chonfe est un banlieusard de cinquante-et-huit ans.
De Saint-Denis il va chaque jour en Essonne
Rejoindre un vil bureau dans lequel il s’adonne
À deux-trois vieux projets, rien de bien reluisant.

Son long temps de transport il le tue en surfant
Ou alors en tchattant avec d’autres personnes
Qui sachent muettement user de cet iPhone
Où tant de passagers s’épanchent bruyamment.

Le soir, il fait un tour sur unjourunpoème
(Mais juste une incursion : il y passa l’aprème
Déjà) le temps d’y pondre un ou deux commentaires.

Puis, debout au comptoir, il savoure un demi
Retapotant encor, mais rêvassant parmi
Des buveurs qui un peu le ramènent sur terre.

(fiction ! cf. http://www.unjourunpoeme.fr/poeme/epicureisme )

[Lien vers ce commentaire]

Votre commentaire :
Nom : *
eMail : * *
URL :
Commentaire * :
pèRE des miséRablEs : *
* Saisie requise.
* Cette adresse ne sera pas publiée et ne sera utilisée que pour communiquer avec vous en cas de souci.
 

Mon florilège

(Tоuriste)

(Les textes et les auteurs que vous aurez notés apparaîtront dans cette zone.)

Compte lecteur

Se connecter

Créer un compte

Agora

Évаluations récеntes
☆ ☆ ☆ ☆ ☆

Τаvаn : Lаssitudе

Hаrаuсоurt : Αu tеmps dеs féеs

Νоuvеаu : Lеs Μаlсhаnсеuх

Νоuvеаu : Humilité

Τаvаn : Lаssitudе

Τаvаn : Sоir d’été

Lа Villе dе Μirmоnt : Ρrоmеnаdе

Βruаnt : Lézаrd

Ρеnquеr : Lе Vаllоn dе Kеrsаint

Hugо : Εt nох fасtа еst

Hugо : Guitаrе : «Gаstibеlzа, l’hоmmе à lа саrаbinе...»

☆ ☆ ☆ ☆

Vеrlаinе : Lе Μоnstrе

Lаfоrguе : Ρiеrrоts : «Εllе disаit...»

Βаudеlаirе : Déјà !

Νоuvеаu : Lа Ρоudrе

Τаvаn : Lаssitudе

Hаrаuсоurt : Αu tеmps dеs féеs

Νоuvеаu : Fêtеs gаlаntеs

Vеrlаinе : «Âmе, tе sоuviеnt-il, аu fоnd du pаrаdis...»

Τаvаn : Lа Rоndе dеs mоis

Dеrèmе : «Νоus nоus tаisоns. Lе vеnt bаlаnсе...»

Cоmmеntaires récеnts

De Сосhоnfuсius sur «Μаgnifiquеs mоndаins...» (Fаvrе)

De Vinсеnt sur Lеs Βiеnfаits dе lа nuit (Rоllinаt)

De Сосhоnfuсius sur Sоnnеt : «Lе mаtin, dès mоn œil оuvеrt...» (Ρоnсhоn)

De Сосhоnfuсius sur «Ô bеаuх сhеvеuх d’аrgеnt mignоnnеmеnt rеtоrs !...» (Du Βеllау)

De Siхtе sur «D’un оutrаgеuх соmbаt...» (Αubigné)

De lасоtе sur «Jе sаis biеn qu’оn dirа quе је suis témérаirе...» (Βirаguе)

De mdrlоl sur Lеs Léprеuх (Βеrtrаnd)

De Vinсеnt sur Ρаrsifаl (Vеrlаinе)

De Vinсеnt sur «Μаdаmе, si tu vеuх mе prêtеr tоn оrеillе...» (Βirаguе)

De Lа piаnistе sur Αlmаnасh (Сrоs)

De Jеаnnе-d’Αrс sur «Се quе ј’аimе аu printеmps, је tе vеuх dirе Μêmе...» (Μаgnу)

De vinсеnt sur «Un pеu dеvаnt quе l’аubе аmеnât lа јоurnéе...» (Gоdаrd)

De Ρiеrrоt sur «Sеs purs оnglеs très hаut dédiаnt lеur оnух...» (Μаllаrmé)

De Lа Μusérаntе sur Sоnnеt : «Hа ! nе mе blâmе plus, mаis blâmе mоn dеstin...» (Viviеn)

De Ρiеrrоt sur Ρsеudо-sоnnеt quе lеs аmаtеurs dе plаisаntеriе fасilе (Fоurеst)

De Βеnеdеtti еt Sаundеr sur «Ô musе inсоrrigiblе, оù fаut-il quе tu аillеs !...» (Rоllinаt)

De sуnсhrоniсité sur Lе Rоi Rеnаud (***)

De Jоhn Kеаts sur «Sur lе bоrd d’un bеаu flеuvе Αmоur аvаit tеndu...» (Μаgnу)

De Lа Μusérаntе sur Lеs Αspеrgеs (Rоllinаt)

De Αllis sur Épitаphе (Νоuvеаu)

De Μаrl’hаinе sur Соnаssе (Βruаnt)

Plus de commentaires...

Flux RSS...

Ce site

Présеntаtion

Acсuеil

À prоpos

Cоntact

Signaler une errеur

Un pеtit mоt ?

Sоutien

Fаirе un dоn

Librairiе pоétique en lignе