Jules Laforgue


Étonnement


 
Depuis l’Éternité j’étais dans le Silence,
Inconsciente nuit du possible, Océan
Que féconde l’Instinct et d’où l’Être s’élance,
Depuis l’Éternité j’étais dans le néant.
 
Soudain je nais. — Pourquoi ? — Rien ne répond. — Où suis-je ?
Autour de moi, partout, illimité, le bleu !
Partout des soleils pris d’un solennel vertige
Enchevêtrent, muets, leurs grands orbes de feu.
 
Dans leur rayonnement en aurores fécondes
Flottent des tourbillons de blocs peuplés ou nus,
Oasis de misère ou cadavres de mondes,
S’enfonçant à leur suite aux déserts inconnus !
 
Et je suis sur l’un d’eux. Et devant ces mystères
Je reste là, stupide, interrogeant tout bas,
Tandis qu’autour de moi la foule de mes frères
Va, pleure, espère, et meurt ! Mais ne s’étonne pas !
 
Mais moi je veux savoir ! Parlez ! Pourquoi ces choses ?
Où chercher le Témoin de tout ? Car l’Univers
Garde un cœur, quelque part, en ses métamorphoses !
Mais nous n’avons qu’un coin des immenses déserts !
 
Un coin, et tout là-bas déroulement d’Espaces
À l’infini, peuplés de frères plus heureux !
Qui ne retrouveront pas même, un jour, nos traces
Quand ils voyageront à leur tour par ces lieux !
 
Et j’interroge encor ! fou d’angoisse et de doute !
Car il est une Énigme au moins ! J’attends ! j’attends !
Rien ! J’écoute tomber les heures goutte à goutte...
Mais je puis mourir moi ! Nul n’attendrit le Temps !
 
Mourir ! n’être plus rien. Entrer dans le Silence !
Avoir jugé les Cieux ! et s’en aller sans bruit,
À jamais, sans savoir ! Tout est donc en démence !
Mais qui donc a tiré l’Univers de la Nuit !
 
Et rien ! ne pouvoir rien ! Ô rage ! et qui m’assure
Que je ne serai pas, dès demain, étendu,
Cousu dans un drap propre, en proie à la Nature,
Au fond d’un trou creusé sur ce globe perdu ?
 
Non ! Je veux être heureux ! Je n’ai que cette vie !
J’irai vivre, là-bas, seul, dans quelque forêt
D’Afrique, brute épaisse, et la chair assouvie,
J’oublierai le cerveau que les siècles m’ont fait.
 

16 novembre.

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