Jules Laforgue

Le Sanglot de la Terre (et autres premiers poèmes)


Excuse mélancolique


 
Je ne vous aime pas, non, je n’aime personne,
L’Art, le Spleen, la Douleur sont mes seules amours ;
Puis, mon cœur est trop vieux pour fleurir comme aux jours
Où vous eussiez été mon unique madone.
 
Je ne vous aime pas, mais vous semblez si bonne.
Je pourrais oublier dans vos yeux de velours,
Et dégonfler mon cœur crevé de sanglots sourds
Le front sur vos genoux, enfant frêle et mignonne.
 
Oh ! dites, voulez-vous ? Je serais votre enfant.
Vous sauriez endormir mes tristesses sans causes,
Vous auriez des douceurs pour mes heures moroses,
 
Et peut-être qu’à l’heure où viendrait le néant
Baigner mon corps brisé de fraîcheur infinie,
Je mourrais doucement, consolé de la vie.
 

Octobre 1880.

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 10 juillet 2017 à 12h27

Ambijumart de gueules
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Le rouge ambijumart n’a besoin de personne,
La lune et le soleil sont ses seules amours,
Maîtresse de ses nuits et seigneur de ses jours.
Il ne connaît ni dieu, ni diable, ni madone.

Qui dira s’il est pur, et si son âme est bonne ?
Nous savons que sa robe est faite de velours
Et que ses fins sabots produisent un bruit sourd ;
Qu’il n’a pas un regard pour la jument mignonne,

Qu’il ne désire point contempler ses enfants,
Que jamais pour l’amour il ne prend fait et cause,
Vraiment, l’ambijumart est un bestiau morose.

Et peut-être, ce monstre appartient au néant
Qui procure à son corps la fraîcheur infinie,
Une vie dans la mort et la mort dans la vie.

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